Ton amie chômeuse a vu D’amour et d’eau fraîche

20 août 2010

damouretdeaufraiche

D’amour et d’eau fraîche, d’Isabelle Czajka
(Initiative personnelle)

Récemment, ton amie chômeuse lisait une interview de Ludivine Sagnier au sujet de son dernier film Crime d’amour (que je n’irai pas voir, inutile de me réquisitionner, je n’aime pas le titre, je n’aime pas la bande annonce, je n’aime pas la distribution, je n’aime rien). Elle y disait que ça n’avait pas été évident de camper une employée, pour elle qui n’avait jamais mis les pieds dans une entreprise. Ca m’a énervée de lire ça, tu ne peux pas savoir ami lecteur.

Bien sûr que Ludivine Sagnier n’a jamais mis les pieds en entreprise, c’est une Artiste. Qu’irait-elle faire dans un univers aussi mesquin, parmi tous ces petits soldats du capitalisme sans imagination ? Elle n’a pas dit ça, j’interprète, je lui fais un procès d’intention, c’est déloyal, mais merde. L’humanité est-elle donc divisée entre les artistes qui interprètent le monde sans le connaître, et l’immense majorité des autres?

La littérature, qui paie moins bien que le cinéma, a le mérite d’être riche d’un peu plus d’interpénétration. Ludivine Sagnier a-t-elle donc toujours su qu’elle voulait être une artiste, alors même qu’elle ne connaissait encore rien à rien ? A-t-elle toujours su que ce petit morceau de miroir lui suffirait, que c’était bien celui-là qui lui plaisait le mieux ? Ton amie chômeuse, qui a le même âge (à quelques années près), est admirative devant tant de certitude, elle qui passe son temps à slalomer entre les différents chemins qui s’offrent à elle.  J’aimerais bien voir des acteurs et des actrices qui ont fait autre chose de leur vie que de la jouer.

Ça nous permettrait peut-être de voir à l’écran des gens qui travaillent en entreprise, et qui sont autre chose que des enfoirés finis ou de sombres et lâches crétins. Ça nous permettrait aussi d’apprécier une scène d’entretien d’embauche crédible : non Anaïs Demoustier, on ne se présente pas comme ça à un employeur quand on a fait un master de communication, ce n’est pas comme ça que ça se déroule, et il arrive même que les gens qu’on a en face de soi soient des êtres humains équipés de plus de trois neurones.

C’est malheureux que ces réflexions me viennent en sortant du film de Isabelle Czajka, car je lui ai trouvé beaucoup de qualités, et notamment celle d’être juste. Julie a fait cinq ans d’étude, on lui propose des postes merdiques qu’elle doit prétendre vouloir plus que tout, elle vit dans un appart trop petit et trop cher et lève des mecs en boîte pour faire passer la pilule.

Tout cela m’a paru très réaliste, jusqu’à la situation familiale : un père solitaire et décalé, une mère qui a lancé le compte à rebours de la dépression nerveuse, un frère un brin moralisateur, une belle-sœur sur la défensive… Finalement, c’est la seconde partie du film qui est la moins réussie, celle pendant laquelle Julie fuit dans le sud avec un jeune homme trop charmant pour être honnête. Le flingue, les petits trafics, le « loubard » au grand cœur : ton amie chômeuse n’y a pas tellement cru.

Mais le jeu des comédiens (impeccable, malgré ce que j’ai pu dire sur Demoustier et son entretien d’embauche) et la finesse des dialogues en font un film qui vaut le déplacement.

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Ton amie chômeuse a vu Inception

3 août 2010

inception

Inception, de Christopher Nolan
(Requête de Maelle, pardon d’être à la bourre, mais j’étais dans un endroit où il n’y avait pas de cinéma, la vérité)

Je cite ma cliente : « Inception cartonne au box office, et pourtant ca m’a l’air… d’être un truc qui va pas me plaire. Tout le monde a un avis différent sur la question, mais encore personne ne m’a dit “WAAAAH CA DECHIRE !” ». Et bien, j’annonce que c’est exactement ce que j’ai dit en sortant.

Ton amie chômeuse a un lourd passé d’insomniaque / somnambule, et encore aujourd’hui il n’est pas rare qu’on la retrouve en train de se laver les cheveux à 4H du mat’, profondément endormie. De La maison du sommeil (Jonathan Coe, chouette lecture pour l’été) à Fight Club en passant par ExistenZ, je suis très sensible aux histoires de rêves qui taquinent la folie. J’étais donc une cliente idéale.

Inception, c’est l’histoire d’une équipe de spécialistes de l’inconscient engagée pour faire germer une idée dans le cerveau de leur victime. Pour cela, ils utilisent le rêve, où tout est possible, où l’esprit invente à une vitesse fulgurante, et où les minutes deviennent des heures. Ton amie chômeuse trouve l’idée tellement géniale qu’on aurait pu lui servir n’importe quoi, elle aurait applaudi des deux mains.

D’après M. le maudit qui m’accompagnait ce soir-là, c’est ce qu’ils ont fait (servir n’importe quoi) : l’intrigue amoureuse entre Di Caprio et Cotillard est un peu faiblarde, rien n’est justifié, c’est une sorte d’Ocean’s 12 amélioré.

Il a même dit (je cite) : « J’en reviens pas que tu aies ri à la blague la plus pourrie du film »  -l’équipe met en place sa stratégie pour endormir la victime pendant un trajet en avion, ils conviennent qu’il faut acheter toutes les places de 1ère classe, ainsi que le personnel de bord. Le commanditaire de l’opération répond qu’il a acheté toute la compagnie aérienne, il s’est dit que ce serait plus simple. Bon, c’est vrai que c’est pas du Seinfeld, et c’est vrai que j’ai ri -.

De façon générale, j’étais comme ma petite sœur devant Shrek (le 2, pas le 3, faudrait pas non plus la prendre pour une teu-bé ma sœur) : à fond dedans, zéro recul.

Alors oui, effectivement, à bien y réfléchir, Christopher Nolan ne nous dit pas grand chose que l’on ne sache déjà sur les rêves, et il ne s’intéresse pas tant que ça au nœud traumatique de son personnage principal. Je répondrais simplement qu’on en a rien à foutre.

Il aborde un scénario compliqué avec beaucoup de maestria, sans jamais perdre son spectateur (et ça fait zizir de ne pas se sentir complètement con quand on va au cinéma). Les images sont dingues, le son donne vraiment l’impression de rêver, et les quelques pistes abordées sur la distorsion du temps, la perte du sentiment de réalité et les capacités de création décuplées du rêveur suffisent amplement à me faire tirer mon chapeau. Ce n’est certes pas de la philo, mais pour du cinéma, c’est quand même une sacrée réussite.

Lien et infos utiles :
Allociné

En plus, Inception m’a permis de revoir Joseph Gordon-Levitt dont j’étais tombée amoureuse dans Mysterious Skin, un film de Gregg Araki magnifique.
Et aussi (toujours dans la catégorie midinette Shrek), Cillian Murphy est canon. Voilà. (M’en fous j’assume).

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Ton amie chômeuse a vu Cordoba

26 juillet 2010

cordoba

Ton amie chômeuse a vu Córdoba, à l’hôtel Gouthière (Paris 10ème)
(Requête de Cap)

Il y a des gens qui vous marquent une adolescence, comme ça, en passant, sans jamais vraiment avoir fait partie des amis intimes. Plus matures, plus charismatiques que les autres… pour peu qu’ils vous aient croisé à un moment où vous étiez un peu poreux, ils ont laissé une trace indélébile.

A. était de celles-là. Nous faisions du théâtre ensemble, et ton amie chômeuse se souvient que son ancien comédien de père n’avait remarqué qu’elle lors de la traditionnelle représentation de fin d’année. J’aurais pu attacher une corde à la première poutre venue, désespérée que mon propre papa ait reconnu la supériorité indiscutable de cette fille.

Et bien pas du tout : malgré sa voix captivante, ses beaux cheveux et son incroyable assurance, A. ne m’a jamais inspiré que de bons sentiments (fait remarquable si on considère que j’avais 16 ans et que j’étais maladivement jalouse de tout ce qui avait de la poitrine). J’avais déjà compris que j’étais face à une comédienne, et une bonne en plus.

Alors forcément, il y avait quelque chose d’émouvant à la retrouver hier soir, sur scène bien entendu, dans une pièce qu’elle a également écrite et mise en scène.

C’est l’histoire d’une jeune femme qui vit et travaille à Córdoba, en Argentine. Entre deux humiliations de la part de son patron (pervers et misogyne, le duo gagnant), elle rêve de podiums et de paillettes, elle prend la défense de son glandu de frère (ton amie chômeuse s’est sentie très solidaire de ce personnage), et elle est courtisée par un collègue qui s’exprime comme une circulaire administrative.

C’est bien interprété et extrêmement bien écrit, mais ce qui a le plus emballé ton amie chômeuse, c’est la mise en scène. On passe d’un fragment de vie à l’autre en un éclair, à la faveur d’un jeu de lumière, les comédiens changent instantanément de peau et de ton sans jamais perdre le spectateur en cours de route. C’est du théâtre, mais c’est aussi dynamique que si l’on était au cinéma.

Ton amie chômeuse recommande chaleureusement cette sortie estivale, qui permet au passage de découvrir un hôtel parisien magnifique, planqué derrière la mairie du 10ème arrondissement. Au 3ème verre de vin argentin, on est même prêt à se lancer dans un cours de tango dispensé un peu plus loin. L’Argentine près de chez vous, même pas besoin de prendre l’avion.

Dates et infos pratiques :

Festival nuits d’été argentines
Hôtel Gouthière, 6 rue Pierre Bullet, 75010 Paris

Córdoba
Mardi 27 juillet à 20h30
Vendredi 30 juillet à 20h30
Samedi 31 juillet à 19h00
Dimanche 1er août à 19h
Mardi 3 août à 20h30
Vendredi 6 août à 20h30
Samedi 7 août à 19h
Dimanche 8 août à 19h

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Ton amie chômeuse est allée à la Maison de la photo

22 juillet 2010

russie

Photographie de la nouvelle Russie, à la Maison Européenne de la Photo
(Initiative personnelle, ça faisait longtemps)

Parfois, ton amie chômeuse se demande pourquoi elle s’acharne à aller voir des expos, si c’est pour les oublier deux mois plus tard. Moi qui me suis tant moquée de ma mère (« J’ai lu un très bon livre la semaine dernière… Mince j’ai oublié le titre. Je ne me souviens plus de l’auteur non plus, c’est idiot. ») et avant elle, de ma grand-mère (« J’ai vu l’actrice blonde dans la rue hier… Mais si tu sais, la blonde là, l’Américaine… »), le verdict est tombé hier : je ne vaux pas mieux.

En entrant à la Maison de la Photo, je me suis posée une question toute simple : tiens, qu’avais-je vu la dernière fois que je suis venue ici ? Trou noir. Pire : parmi toutes celles que j’ai vu ici, quelles expos suis-je capable de citer là maintenant tout de suite ? Georges Rousse. Ça oui, ça m’avait marquée, et je m’étais proposée de penser à Jean-Jacques Rousseau pour essayer de me rappeler de son nom, moyen mnémotechnique totalement débile mais efficace, la preuve.

Mais encore ? Un truc de Gus Van Sant, avec des ados toxicos ? Raté, c’était Larry Clark. L’autodidacte russe qui fabriquait ses propres appareils photo, et qui prenait des clichés des jambes des filles à la sauvette ? Il s’appelait Miroslav Tichý, il était Tchèque, et c’était à Pompidou. Consternant. Il m’a fallu aller sur www.monamiechomeuse.com pour me souvenir que la dernière expo que j’ai vu à la MEP, c’était Cartier-Bresson, un petit photographe pas connu du tout. Bon.

Je pensais donc à tout ça en regardant les photographies d’artistes russes, de la Perestroïka à nos jours, ce qui a fait sans doute de moi une spectatrice encore moins attentive qu’à l’accoutumée. Et au fil des clichés, je me suis dit que je n’avais pas à rougir de ce que je retiens d’une exposition. Bien sûr, j’aurais beaucoup plus la classe en soirée si je pouvais citer des noms sans l’ombre d’une hésitation ou si je resituais le contexte historique en un clin d’œil. Mais au final, je crois que ce que je préfère, c’est me souvenir d’une ambiance, et laisser ma pensée vagabonder d’œuvres d’art en réflexions personnelles plus ou moins intelligentes.

Par exemple, de cette expo là, je sais que je retiendrai :

- les portraits de familles russes dans leur salon (enchaînement de pensées consécutif à ces images : 2003 ?! j’aurais pensé que les photos avaient été prises dans les années 70 > la vache ils ont quand même pris cher au niveau vestimentaire sous le communisme > suis-je une saloperie de snobinarde parisienne de penser ça ?)

- le grand cliché en noir et blanc d’une foule extatique qui lève les yeux vers un spectacle inconnu, une communion dans la joie que j’ai trouvé émouvante (enchaînement de pensées consécutif à cette image : la ferveur > les effets de foule > les mouvements de liesse populaire > le sentiment d’un lien invisible avec son voisin > les stades de foot > la coupe du monde > Raymond Domenech > penser à recommander à mon père de se teindre les cheveux pour éviter qu’on ne le confonde avec l’entraîneur maudit -c’est déjà arrivé-).

C’était bien, et je suis incapable de citer un nom.

Infos :
Site de la MEP

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Ton amie chômeuse a vu Tournée

21 juillet 2010

tournee

Tournée, de Mathieu Amalric
(Requête de Brismontier, trouve toutes ces louanges assez suspectes)

Ton amie chômeuse ne fait plus partie des fans inconditionnel(le)s de Mathieu Amalric, de celles qui ont repéré l’endroit où il achetait ses clopes pour tomber sur lui inopinément par exemple. Je ne sais pas comment c’est arrivé, je crois que je l’ai trop vu (à trop tourner de films, on se retrouve dans le Grand Appartement avec Laëtitia Casta, et ça c’est vraiment la tuile), dans trop de rôles similaires, et que son sex-appeal a beaucoup souffert (dans mon esprit j’entends) de la comparaison avec Sergi Lopez dans Les derniers jours du monde.

Il n’empêche que je l’aime encore d’amour : sa diction, son drôle de regard, son humour… Pas si facile de se désintoxiquer, et il peut arriver que ton amie chômeuse fasse un minuscule détour par le tabac de Belleville pour être sûre qu’il n’y est pas. En gros, j’ai beau essayer de prendre un air détaché, bien sûr que je suis allée voir son premier film en tant que réalisateur : Tournée.

L’histoire, c’est celle d’un type grillé dans le milieu du show biz français qui tente un come-back avec une armada de strip-teaseuses dégotées aux Etats-Unis. Et à vrai dire, l’intrigue toute entière tient dans ces deux lignes de pitch : on sent bien que ce ne sont pas vraiment les péripéties et rebondissements scénaristiques qui intéressent Amalric, mais bien ses personnages.

Et quels personnages ! Des cheveux rouges ou blonds platine, des poitrines et des fesses à faire passer Dita Von Teese pour une pro-ana, de l’alcool, des cris, des blagues potache… Ton amie chômeuse a pensé à ses années londoniennes, aux filles ivres mortes à 21H qui sortent des pubs avec leurs chaussures à la main, qui débordent de leurs mini-jupes et mini-débardeurs alors qu’il fait -12° et que tout le monde est en doudoune Canada Goose, à ces petites scènes qui lui ont tant fait aimer l’Angleterre. Celles dont Mathieu Amalric est tombé amoureux sont américaines (+ 10kg sur la balance par rapport à leurs consœurs britanniques), et elles savent chanter, danser et emballer les foules. Filmer tout ça, c’était déjà un pari en soi, et le résultat est franchement jubilatoire.

Pour le reste, la « Amalric touch » (situations bizarres/glauques/on rit quand même) est plutôt moins réussie que dans les films qu’il n’a pas signés. Ton amie chômeuse a trouvé les personnages secondaires très faibles, du copain animateur télé à l’ancienne petite amie en passant par les deux enfants (qui ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là).

Finalement, c’est plutôt dans la courte chronique qu’on retrouve le talent d’Amalric, dans cette fugace et savoureuse scène de drague avec la caissière d’une station-service par exemple. Un moment gracieux et décalé, un échange quotidien très banal soudain nimbé de lumière magique : ça oui, Tournée en contient. Mais ce qui doit faire déplacer mon client (s’il se déplace), c’est vraiment l’envie de faire la rencontre de ces femmes euphorisantes qui font dire au personnage d’Amalric : « Tout est suspect, sauf vos corps, votre sens de l’humour et de la vie. » (citation de tête, peut-être un peu tronquée mais l’esprit est là, et c’est exactement ce que l’on ressent).

Lien utile :
Allociné

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