
Exposition Pierre Soulages au centre Pompidou
(Requête de la pression sociale)
Il semblerait que quiconque vivant à Paris et n’ayant pas vu l’expo Soulages soit un tocard (amis parisiens, il vous reste jusqu’au 8 mars, magnez-vous donc). Ton amie chômeuse ne veut pas cumuler les tares : j’y suis allée aujourd’hui. J’admets que j’étais inquiète, car les échos que j’ai eus étaient tout bonnement dithyrambiques. Or, je me connais (un peu… enfin pas tellement, bon ce n’est pas le sujet), et je savais qu’il y avait une mini-probabilité pour que je passe complètement à côté de cet art monochromatique (« ouais bon c’est noir quoi… T’as vu la coupe du mec ? C’est un mullett ou pas ? Hein ? »).
Premières salles, « brous de noix sur papier » : je regrette de ne pas avoir pris d’audio-guide. À défaut, je me colle derrière un monsieur qui décrit chacune des œuvres à une dame qui ne doit plus voir très clair, mais c’est déjà trop tard, je suis captivée par la classe d’adolescents qui s’ébroue un peu plus loin. Leur professeur leur a donné une fiche avec une liste de questions, sans doute pour les forcer à se concentrer un peu. Ton amie chômeuse est désolée pour eux.
Salles 2, 3 et 4, « Années 50-70 et Noir sur Blanc », je suis le troupeau adolescent, fascinée par le sens du style des jeunes filles. L’un des élèves est en fauteuil roulant, il essaie de remplir sa fiche, mais le camarade chargé de le pousser le déplace toutes les secondes pour laisser passer des visiteurs. Il proteste (« mais arrête de bouger, putain ! »), il en est à sa quatrième rature, j’échange une œillade complice avec le camarade-pousseur.
Nous passons dans un couloir sombre, je me trouve face à trois toiles noires qui réfléchissent une lumière qui semble venue d’ailleurs. Je ne fais plus attention aux adolescents et m’attarde sur cet étrange triptyque, ses reliefs, ses lignes impeccablement parallèles… Puis j’entre dans la grande salle.
Je me suis sentie absorbée par l’immensité des toiles qui s’y trouvent. Le choc. Et voilà ton amie chômeuse en contemplation mystique devant une vaste étendue noire, simplement traversée par un profond sillon, comme une cicatrice. Elle prend des reflets dorés quand je tourne autour d’elle, je n’arrive pas à m’arracher à la puissance de cette vision. Je me sens bien, j’ai quelques frissons dans la colonne vertébrale (je me dis « ça alors »).
La réalité de l’exposition à succès me rattrape quand je m’assois dans la salle de projection un peu plus loin. Les gens sont assis par terre, serrés les uns contre les autres, une dame crie « Aïe ! » parce que quelqu’un lui a marché dessus, une autre fait tomber son sac et se retrouve à tâtonner à quatre pattes pour retrouver son téléphone portable. Il n’empêche, je sors de là agréablement étourdie, un peu stone, ravie de ces quelques minutes en tête-à-tête avec l’Outrenoir.
Dans le film, le peintre dit « Et c’est là que j’ai compris que c’est important, l’art ». Ton amie chômeuse est soulagée*.
* Ce jeu de mot est la propriété intellectuelle de M.
Lien et infos utiles :
Centre Pompidou
Jusqu’au 8 mars (vite).
Ton amie chômeuse te prévient néanmoins que le vendredi à 14H, il y a du monde, donc le week-end ça doit être pire que chez Ikea.



