Archive pour juin 2009

Ton amie chômeuse a vu Amerikka

Lundi 29 juin 2009

amerikka

Amerikka, de Cherien Dabis
(Requête de Prunelle, ne voulait pas aller voir Les Beaux Gosses, décidément, le verrai jamais ce film)

Ton amie chômeuse n’évoquera pas la nouvelle qui a bouleversé le monde la semaine dernière, encore trop tôt pour en parler, les mots me manquent. Je parle bien sûr de la sortie du nouveau single de Mariah Carey. Pour essayer de penser à autre chose, je suis allée voir Amerikka.

C’est l’histoire d’une mère palestinienne, Mouna, et de son fils Fadi. Mouna accumule les tuiles : 1- elle vit en territoire occupé et doit subir quotidiennement l’humiliation des check points, 2- elle est si grosse que même sa mère lui glisse des remarques désobligeantes, 3- son mari l’a quittée pour une femme toute mince qui vient la narguer en faisant ses courses au même endroit qu’elle. Quand l’opportunité se présente d’aller vivre aux Etats-Unis, elle se laisse convaincre par son fils adolescent et va rejoindre sa sœur, déjà exilée depuis quinze ans.

Mais l’Amérique est loin d’être la terre d’accueil dont ils ont rêvé. Mouna et Fadi doivent d’abord faire face au manque d’humour légendaire des douaniers états-uniens et à leurs questions surnaturelles (« Do you carry a gun madam ? »). Sauf que pour eux, le poids du soupçon ne se limitera pas à l’enceinte de l’aéroport. Bien que ni Fadi ni Mouna ne portent la barbe, les américains s’acharnent à les assimiler aux islamistes, à Saddam, à Ben Laden et à tous ceux qui conspirent contre le pays de la liberté. La sœur de Mouna et son mari, médecin jadis respecté, sont eux aussi de plus en plus marginalisés ; ils partiraient sans doute s’ils avaient un pays où aller.

Le drame de la Palestine, l’exil, le racisme, le courage et l’amour d’une mère, le sourire malgré tout… Evidemment, on peut difficilement dire que tout cela n’est pas émouvant. Mais les personnages ont beau être brossés de façon assez fine, le film accumule les situations déjà vues 100 fois : la mère qui cache à sa famille qu’elle travaille dans un fast food, la cousine américanisée mais quand même très engagée politiquement qui sort avec un jeune noir très engagé politiquement également, le directeur de l’école juif polonais qui est le seul à ne pas stigmatiser Mouna et qui va jusqu’à lui dire qu’elle n’est pas grosse du tout, le jeune américain 2 de QI dont le frère est soldat en Irak et qui du coup nourrit une haine farouche contre tous les arabes… Autant de caricatures qui m’ont empêché de verser cette larme qui ne demandait qu’à couler.

Quand la lumière s’est rallumée, j’ai remarqué qu’un bon tiers de la salle était entrain de s’essuyer les yeux, et je me suis dit que peut-être, je n’avais pas de cœur.

Lien utile :
Les séances sur Allociné

Ton amie chômeuse est allée écouter Fredo Viola au café de la danse

Vendredi 26 juin 2009

fredoviola
(Requête de Jean-Michel, mon consultant musique)

Ton amie chômeuse sait s’entourer de personnes prescriptrices à qui elle accorde toute sa confiance dans un domaine particulier. Après quelques errements à propos de Jean-Michel, je l’ai nommé consultant musique (et non vacances).

Je n’avais jamais entendu parler de Fredo Viola quand je suis arrivée au Café de la danse, et à vrai dire j’avais plutôt été attirée par la présence du groupe Revolver en première partie. Revolver, ce sont trois petits chats qui font des blagues entre chaque morceau pour dissimuler leur malaise, et qui ont des voix qui personnellement me font beaucoup d’effet. On se croirait au fin fond des Etats-Unis, dans un vieux bar décati. Il y aurait le fils Radley, celui qu’on a chopé dans le foin avec la petite Linda, le fils de Finch l’apothicaire et le petit Scott qui se seraient mis à jouer ensemble, deux guitares, un violoncelle, trois voix. Et ça aurait été comme un petit miracle d’harmonie, à en déboussoler le shérif.

La tentation lorsqu’on a 20 ans et une très belle voix, c’est de reprendre des chansons de John Lennon en version Star Ac’ ou des chants de chorale de quand on était petits. Et là, l’écueil, bien entendu, c’est les Beegees. Mais quand ils chantent leurs propres compositions, il y a quelques moments qui tiennent vraiment de la magie.

Arrive ensuite Fredo Viola. Seul d’abord, ou plutôt seul avec son ordinateur. Je n’arrive pas à savoir s’il me fait penser à Björk ou à un chanteur traditionnel irlandais. Il est ensuite rejoint par tout un groupe, dont un type habillé en tablier de menuisier, pieds nus, qui jouera des percussions sur des instruments non homologués pendant tout le concert.

Fredo Viola m’a entraînée dans un univers inconnu ; j’ai complètement décroché, je n’ai rien compris, ni d’où venaient les sons, ni s’il faisait exprès de chanter presque faux par moments, ni si ses chansons étaient en anglais. J’étais comme dans un rêve (un beau, pas un rêve Antichrist).

J’ai eu le sentiment que ce type était bon et sincère. Il regardait le fou en tablier avant chaque morceau et lui demandait s’il était « ready », l’autre disait non, accordait ses drôles d’engins et puis acquiesçait enfin. Là tu te dis que ton amie chômeuse est entrain de virer mystico-chelou, mais j’ai eu l’impression que des ondes de gentillesse passaient entre ces musiciens, entre eux et le public, et qu’on était tous liés dans ce moment et dans cette salle. Et je me suis dit que c’était peut-être la fin de l’ère show-off, des artistes mis sur des piédestaux et qu’une trop grande distance séparait de leur public. Fredo et ses musiciens n’affichent pas leur supériorité (« vous êtes tous venus pour m’aduler, vous êtes une masse indistincte d’êtres inférieurs » Madonna pourrait dire ça, non ?), ils avaient envie de partager quelque chose, sans arrogance. Si j’avais eu un micro, j’aurais cité Enrico Macias et dit « nous sommes tous frères ».

Liens utiles
http://ladri.blogspot.com/
Site de Fredo Viola

Ton amie chômeuse a vu Antichrist, de Lars Von Trier

Lundi 22 juin 2009

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(Requête d’Agathe, fort penchant pour Charlotte Gainsbourg, mais pas le courage de la voir s’auto exciser)

Antichrist fait partie de ces films que l’on va voir en étant « prévenu ». On sait qu’il a été diversement accueilli par la critique, et qu’il a unanimement été jugé choquant par sa violence. Depuis Irréversible, je prends ce type d’avertissement très au sérieux. Je ne me sens nulle part aussi vulnérable et exposée aux délires d’un artiste que dans une salle de cinéma. Je peux interrompre la lecture de mon livre, ou passer mon chemin rapidement devant une exposition. Au théâtre, je peux complètement détacher mon esprit de ce qu’il se passe sur scène et penser à mon prochain repas. Mais sortir d’une salle, m’arracher à l’emprise magnétique du grand écran, dire « pardon, pardon » en bousculant mes voisins pendant une scène généralement cruciale, ça m’est plus difficile. Je ne le fais que quand je sens que je vais être malade (littéralement) ce qui a été le cas pour Irréversible, ainsi que pour Dancer in the Dark, deux films où les mouvements de caméra sont un vrai défi pour quelqu’un qui a l’oreille interne un peu déséquilibrée. Dans le film de Gaspard Noé, j’ai été furieuse contre le réalisateur de n’avoir stabilisé sa caméra que pour me faire subir une tête entrain de se faire démonter par un extincteur. « On ne m’y reprendra plus », m’étais-je jurée à l’époque.

Après une dernière hésitation en voyant l’affiche des Beaux Gosses, j’ai quand même fini par aller voir Antichrist. Plus que les fameuses scènes dont tout le monde a parlé, et qui du coup perdent 50% de leur effet traumatisant (ce que je ne regrette nullement), c’est surtout le propos du film qui est violent, dérangeant, et vraiment difficile à avaler. La situation de départ, exposée dans un prologue terrible et magnifique, est une sorte de cas d’école de la culpabilité : un enfant se défenestre pendant que ses parents font l’amour.

On partage vraiment la souffrance de cette mère (Charlotte Gainsbourg est trop balèze, elle était déjà très haut dans mon top 50, elle gagne au moins 3 places), et celle de son mari, Willem Dafoe, qui n’en peut plus de la voir souffrir et qui brave l’interdit fondamental du thérapeute en décidant de la soigner lui-même. Malgré la démence de certaines situations, la relation de couple (« je veux t’aider, je t’aime, mais aussi je te déteste et j’ai envie de te mettre des coups de latte dans les parties ») est subtilement décrite, et je la trouve juste.

À partir du moment où le couple va s’installer à  « Eden », dans la maison où la mère a passé le dernier été avec son fils, l’histoire prend une autre direction, difficile à interpréter. J’ai trouvé cette seconde partie moins réussie, plus brouillonne que la première. Il n’empêche qu’on ne peut pas reprocher au film d’être raté : c’est superbement filmé du début à la fin, l’histoire, quoi qu’on en pense, ne peut pas laisser indifférent, et les acteurs ont vraiment tout donné (vraiment).

Il faut croire que j’ai été marquée, car j’ai rêvé que le personnage de Charlotte Gainsbourg me disait qu’elle se sentait beaucoup mieux sans « tout ça » en faisant un geste flou vers le bas ventre. En somme je ne crois pas que ce soit la violence physique qui doive rebuter les âmes sensibles, mais plutôt la violence des questions que le film soulève. Mais après tout, quand on va au cinéma, soit on ne va voir que Oui-oui à la plage ou Harvey Milk, soit on accepte les règles du jeu et ses conséquences (pour moi, ce sera sans doute une bonne série de rêves de psychopathe et peut-être une ou deux occurrences chez ma psy).

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Les séances

Ton amie chômeuse a vu My own Private Idaho, de Gus Van Sant

Jeudi 18 juin 2009

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(Requête de Naomi, « film à voir absolument », un argument d’autorité difficile à contrer)

Autant on aimerait bien que Pedro se renouvelle (voir ici), autant on préfèrerait que Gus Van Sant se cantonne à ce qu’il fait le mieux (oui, ton amie chômeuse aime bien dire tout et son contraire). Soyons honnêtes, quand on dit qu’on aime Gus Van Sant, on pense à Elephant ou à Last Days, pas à Good Will Hunting. Sinon, on dit plutôt : « j’aime Steven Spielberg ». Depuis que j’ai vu le biopic plein de bons sentiments qu’est Harvey Milk, j’ai eu peur de devoir renoncer aux magnifiques plans sur le ciel, aux paysages désolés, à la lenteur exquise et au parfum glauque des scènes de Van Sant.

Heureusement, une solution existe : il s’agit d’aller fouiller dans les vieux films du réalisateur. My own Private Idaho est sorti en 1991, et les deux rôles principaux sont joués par Keanu Reeves (moyen bof) et par River Phoenix (que ton amie chômeuse a découvert ici). Mike (River) souffre de narcolepsie, et s’endort dès qu’il est confronté à une situation de stress. Pas de problème quand on est au chômage ou employé des postes, beaucoup plus ennuyeux quand on est prostitué. Lorsqu’il tombe inanimé aux pieds d’un client ou d’une cliente, il peut compter sur son ami Scott pour le récupérer. Scott (Keanu) est le fils rebelle du maire de la ville, il sait qu’il quittera les trottoirs dès l’instant que son père aura décédé et lui cédera sa fortune. Ce n’est pas le cas de Mike, qui n’a pas grandi dans une famille « normale »/« équilibrée » et qui ne s’est jamais remis de l’abandon de sa mère dans ses jeunes années. Les deux compères partent à la recherche de la maman de Mike, une épopée à moto qui les emmènera jusqu’en Italie où Scott fera la rencontre d’une jeune femme qui le conduira à abandonner son ami (toujours la faute des gonzesses).

L’ambiance du film, entre rêve feutré et épopée déjantée, est difficile à décrire ; on pense à Lynch autant qu’à Kusturica (les scènes dans le squat autour du roi des malfrats sont un véritable cauchemar burlesque). Mais surtout on y trouve cette façon toute particulière que Van Sant a d’aimer ses personnages… Il ne cherche jamais à expliquer leur comportement ou à les rendre transparents aux yeux du spectateur, mais il les suit avec tellement de bienveillance qu’on les aime sans condition et sans chercher à les comprendre. L’attachement aux personnages de Van Sant ne se loge pas dans le cerveau ; ce sont leurs émotions brutes qui nous sont directement transmises, comme par un effet de vase communiquant. La scène où Mike déclare sa flamme à son ami, ou pire encore, celles où il souffre du spectacle de Scott en aimant une autre, sont de magnifiques et inoubliables crève-cœurs. Quant à River Phoenix, je commence à comprendre pourquoi tant d’américains en ont fait leur icône et pourquoi le souvenir de sa mort est encore si douloureux.

Pas de lien utile cette fois, mais Naomi a le DVD (je dis ça je dis rien).

Ton amie chômeuse a vu du cirque contemporain à la Villette

Mercredi 10 juin 2009

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Des auteurs, des cirques : aux limites au Parc de la Villette
Spectacle (VOIR)3 - (Voir barré au cube)

(Requête de Nathalie, aime beaucoup le cirque, en a fait elle-même, ferait bien découvrir cet art à sa petite fille)

Je ne suis pas beaucoup allée au cirque dans ma vie (je me mettais à pleurer dès qu’un animal entrait en scène en disant “libérez-le !”), mais je croyais néanmoins en connaître le principe : des acrobates, des animaux déguisés, des clowns… comme dans le cirque de Calder. Laissez-moi vous dire que les choses ont bien changé.

Le spectacle Voir barré au cube (sic) a lieu à la maison de La Villette, un bâtiment en forme de maison (jusque-là tout va bien) situé à l’extrémité du parc, du côté de la porte de La Villette. La salle est très haute sous plafond, il n’y a pas de sièges. Au milieu de la pièce, un cube aux arrêtes métalliques est suspendu à un mètre du sol. Il est maillé de fils de nylon au bout desquels pendent des petits prismes en miroir. Au bout de quelques minutes, et comme il ne se passe rien, nous nous asseyons les uns après les autres autour du mobile. Les miroirs reflètent la lumière en tout sens, les prismes se balancent faiblement, c’est assez joli.

Puis on entend un raclement de gorge, un toussotement. Ce n’est pas mon voisin, mais une bande sonore. Des râles, une respiration caverneuse… Au bout de 5 minutes, je commence à trouver cette introduction un peu longue, je m’inquiète et me demande si les acrobates ne sont pas restés coincés dans le métro. Un enfant pète, ce qui me divertit quelques secondes. Je me rends compte que les prismes bougent de haut en bas, très lentement. On dirait une bête étrange, avec des yeux en miroir qui fixent l’audience. Il devient de plus en plus clair qu’aucun clown ne va venir faire des galipettes ; c’est bien la mystérieuse sculpture qui constitue le centre du spectacle. Déception.

Au bout de 15 minutes, les lumières s’éteignent. Des techniciens s’agitent et démontent le mobile. Ils le remplacent par un cube noir, opaque celui-ci, d’un mètre de diamètre environ. Ils l’attachent à des sangles et le hissent à 3 mètres de hauteur. Je commence à m’habituer à l’étrangeté de tout ça, et je m’attends à tout (c’est à dire à rien, puisqu’il semble que ce soit le parti pris du spectacle).

La lumière s’éteint, on entend des scratchs qui s’arrachent ; lorsqu’elle se rallume l’espace d’une seconde, c’est un cube aux parois de verre que l’on aperçoit. Il me semble avoir vu un corps à l’intérieur, mais est-ce possible ? La lumière s’allume à nouveau, c’est bien un humain qui est enfermé dans le cube suspendu. On entend des bruits sourds, des vibrations plus fortes que si un métro passait sous nos pieds. Des flashs éclairent l’humain qui change de position, appréhende les limites de sa prison de verre. L’éclairage vient tantôt de l’extérieur, tantôt de l’intérieur du cube. Une enfant gémit, elle a la trouille, tu m’étonnes. C’est comme si nous assistions à une séance de torture en direct, ou que nous regardions un singe dans un zoo. Il a des sparadraps sur les yeux et des bouchons dans les oreilles, je commence à être extrêmement mal à l’aise, les flashs me font mal aux yeux. Il est temps que ça se termine.

Au moins je n’ai pas endurer le spectacle d’animaux sauvages privés de leur liberté et domptés par les hommes, mais je ne sais pas si je suis très enthousiasmée par cette performance où c’est l’humain qui devient bête de cirque.

Liens et infos utiles :
Voir barré au cube : du 9 au 13 juin
Du mardi au samedi, 2 séances de 35 mn : à 20h et à 21h30
Gratuit sur inscription - Les places étant limitées, l’inscription est indispensable au 01 40 03 75 75.

Pour les autres spectacles Des auteurs, des cirques :
Site de La Villette