Archive pour juillet 2009

Ton amie chômeuse a vu Whatever works, de Woody Allen

Mercredi 29 juillet 2009

whateverworks

(Initiative personnelle, Les Beaux Gosses n’étant plus à l’affiche)

La dernière fois que Woody Allen a eu la flemme de jouer son rôle dans un de ses films, c’était pour Celebrity, en 1999. Kenneth Branagh s’en était chargé, et ça n’avait pas tellement fonctionné. Larry David, que ton amie chômeuse connaissait déjà bien pour avoir été très fan de la série Seinfeld, et plus tard de Curb your enthousiasm, présente un certain nombre de caractéristiques qui faisait de lui le substitut idéal : new-yorkais, juif, cynique, malingre, chauve et binoclard, avec une forte tendance au monologue. (Je suis presque sûre qu’il porte un dentier, mais je ne saurais dire si c’est aussi le cas de Woody, donc je m’arrête là).

Le film s’ouvre sur un discours du personnage de Larry David que j’ai trouvé tout à fait euphorisant : il déplore la tendance de ses congénères à se lamenter sur les occasions manquées et à s’angoisser des événements à venir, « people make life so much worst that it has to be », dit-il. Évidemment, si Woody Allen avait fait de son personnage un sage indien satisfait de son sort, le ressort comique en aurait pris un coup. Ainsi donc, malgré une vision globale et pénétrante du monde qui l’entoure, Larry souffre des deux fléaux de la race humaine (selon moi) (et aussi selon mon sage indien préféré) : la peur et la comparaison. Larry est victime de terribles crises d’angoisse, il est obsédé par sa propre finitude, terrifié de devoir quitter une vie qu’il juge pourtant peu intéressante. En outre, il n’a de cesse de comparer les capacités extraordinaires de son cerveau aux médiocres performances des autres qu’il aime qualifier de crétins ou de vers de terre ; seul au sommet de la pyramide de l’intelligence, il est cafardeux au point de faire de sa robe de chambre sa tenue de prédilection. Le cynisme serait donc l’apanage des gens intelligents, malheureux parce qu’ils ont eu la révélation d’une vérité désespérante. Bon.

Par hasard, Larry fait la rencontre de Melody, une jeune fille de 21 ans fraîchement débarquée de sa campagne. La faible capacité intellectuelle de Melody la met à l’abri des angoisses qui empêchent Larry de vivre. Elle n’a peur de rien, ni d’arriver à New-York sans argent ni point de chute, ni de perdre sa virginité à un barbecue, ni d’épouser un vieil infirme hypocondriaque. Elle vit dans le moment présent et ne connait pas le sarcasme. C’est une greluche heureuse, et je me rangerais volontiers dans son camp si le côté théâtre de boulevard de son jeu ne me l’avait pas rendue parfois difficile à supporter.

Woody Allen a fait une comédie, et il a tenu à ce qu’il n’y ait aucune ambigüité là-dessus. Il n’a donc pas lésiné sur le burlesque, les caricatures et le happy ending. Contrairement à l’avertissement du début du film qui annonçait qu’il ne s’agissait pas d’un feel good movie, on en sort content et le sourire aux lèvres. Quelques heures après, je me suis demandée si quand même par hasard il n’y aurait pas moyen de conserver quelques neurones et d’être heureux malgré tout ? À l’évidence, ce n’est pas l’opinion de Woody, qui se range du côté des malheureux. Il dit dans une interview que si on avait continué l’histoire, ça n’aurait pas été drôle du tout puisque la vieillesse et la maladie nous guettent et qu’on finira tous par crever. Du coup, on est pas mécontent qu’il s’en soit tenu au happy ending, quitte à nous priver d’une réflexion plus subtile dont il aurait sûrement été capable.

Liens utiles :
Interview de Woody Allen sur Allociné
Les séances

Ton amie chômeuse a vu deux films de François Truffaut

Samedi 18 juillet 2009

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(Initiative personnelle afin d’enrichir ma culture cinématographique et d’augmenter mes chances aux questions roses au Trivial Pursuit)

Lors d’un dîner chez des amis, ton amie chômeuse est tombée par hasard (alors qu’elle était à quatre pattes entrain de regarder tous les DVD) sur la collection complète des films de François Truffaut. Ayant demandé la permission poliment (« Vous êtes pas le genre de relous qui refusent de prêter leurs DVD ? »), j’ai eu le droit de repartir avec quelques films sous le bras. À l’heure où j’écris ces lignes, j’en ai vu deux : La Peau douce, et L’Homme qui aimait les femmes.

La Peau douce, c’est l’histoire d’un homme marié, Pierre Lachenay, critique littéraire de profession, qui tombe amoureux d’une hôtesse de l’air. Partout où il va, cet homme est acclamé comme le messie, des affiches annoncent sa venue partout dans la ville, des centaines de personnes se bousculent à ses conférences. Les temps auraient-ils changé à ce point ? Je n’imagine pas une foule en délire acclamant Eric Zemmour aujourd’hui, des fans lui lançant des peluches, d’autres s’évanouissant à sa vue. Pierre Lachenay est spécialiste de Balzac, je veux bien que ce soit cool, mais tout de même. Peut-être que Truffaut avait dans l’idée de faire de son personnage une rockstar, et qu’il a changé d’avis au dernier moment ?

Quoi qu’il en soit, c’est lors d’une de ces « tournées » que Pierre Lachenay rencontre Nicole. Les deux auront une aventure qui les conduira jusqu’à une petite station balnéaire où ils passent quelques jours en amoureux, loin des regards indiscrets. Lachenay prend même quelques photos pour immortaliser cette escapade. Et bien entendu, les photos finiront par tomber entre les mains de sa femme, qui en ressentira la plus grande vexation.

Un personnage assez laid qui tire son charisme de la profession ultra-sexy qu’il exerce, une jeune hôtesse un peu lisse, une femme au foyer trompée… Une banale histoire d’adultère en somme. Rien de très exaltant côté réalisation, et le jeu des acteurs façon théâtre filmé est vraiment particulier. Alors peut-être qu’il faut remettre le film dans son contexte, peut-être qu’à l’époque 1- les critiques littéraires damaient le pion aux Beatles et que 2- personne n’avait jamais parlé d’adultère au cinéma de cette façon et que 3- c’était complètement novateur et que j’ai rien compris ma pauvre fille, peut-être. N’empêche que j’ai pas aimé.

Un jour de pluie (ton amie chômeuse ne sort pas de chez elle quand il pleut), j’ai remis le couvert avec Truffaut, sans rancune. J’ai choisi L’Homme qui aimait les femmes, en me disant qu’un peu de sexe par mauvais temps, c’était toujours ça de pris. C’est l’histoire d’un homme, Bertrand Morane, pas marié, qui multiplie les aventures avec des femmes (mariées ou pas).

Rebolote, j’ai été totalement allergique à Charles Denner, ce qui m’a formellement empêché de comprendre comment toutes ces femmes pouvaient tomber dans son escarcelle. Le personnage est complètement opaque, on ne sait rien de ses motivations, tout ça est très minimaliste et extrêmement pénible à suivre. Après un temps infiniment long, Bertrand Morane décide d’écrire ses mémoires. Elles finiront pas être publiées sous le titre « L’Homme qui aimait les femmes » (astuce ‘mise en abyme’) et il couche avec son éditrice. Bon.

Ami lecteur, je suis à deux doigts de dire que je n’aime pas François Truffaut, et je serais très reconnaissante si quelqu’un voulait bien me donner des raisons de ne pas rendre un jugement si définitif sur un réalisateur dont tant de gens se gargarisent.

Ton amie chômeuse a visité le château de Chantilly

Mardi 14 juillet 2009

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(Requête de Sandrine, et pourquoi pas après tout ?)

Ami lecteur, quand as-tu visité un château pour la dernière fois ? Quand as-tu dis « Tiens chérie, ce week-end, on prend la voiture et on va à Fontainebleau/Versailles/Chantilly » ? Peut-être ne l’as tu même jamais dit (quelque part, je te le souhaite). Peut-être le terme « château » te replonge-t-il immédiatement dans l’enfance, quand tes maîtresses te forçaient à écouter ce que racontait le monsieur alors que tu mourais d’envie d’aller jeter des cailloux par les fentes des meurtrières en criant « Sus à l’ennemi ! ».

Comme un effet secondaire de la présence du château, les villes qui les abritent ont toutes un petit côté Disneyland qui met tout de suite dans l’ambiance. Les rues sont pavées, les gens se saluent gaiement, tout est propre et coquet ; de même que le Mal n’existe pas chez Mickey, on ne peut pas imaginer de délinquance à Chantilly.

La visite commence par le château lui-même. On traverse la chambre aux singes (les murs sont couverts de singes dans diverses situations, des singes qui singent les hommes en somme, le conférencier nous a laissé médité là-dessus quelques instants), puis la bibliothèque, avant d’arriver à la galerie des peintures. On dirait un entrepôt, les murs sont entièrement tapissés de toiles (comme s’ils n’avaient nulle part ailleurs où les mettre).  Je m’arrête sur un tableau dont les couleurs vives contrastent nettement avec les autres. C’est une toile de Poussin, Le massacre des innocents : un bébé s’apprête à être sauvagement embroché par une épée sous les yeux épouvantés de sa mère. Je la trouve excessivement laide, et me demande si j’aurais eu le même avis si le tableau avait été à Orsay, accroché seul ou dans une pièce où il aurait véritablement été mis en valeur. Même le Delacroix un peu plus loin est écrasé par le nombre de toiles qui l’entourent. « De l’influence du contexte sur le jugement que l’on porte sur l’art » notés-je dans ma tête pour y réfléchir ultérieurement.

Ensuite nous avons visité  « la maison de Sylvie ». Sylvie en avait raz-le-corset d’avoir toujours des gens à la maison, et pour être un peu à la cool, elle s’est faite construire une maison un peu en retrait du château ou elle pouvait s’épiler tranquille, discuter aves ses copines et faire venir des gogo dancers quand ça lui chantait.  Très jolie, la maison de Sylvie. Personnellement c’est là que j’ai commencé à avoir envie que le conférencier nous laisse tranquilles pour que je puisse jouer à la princesse ( « Le vicomte de Valmont m’attend sur la terrasse, allons Marie, dépêchez-vous, il faut vite que je me talque le corps et que je prenne la mouche ».).

Enfin, nous sommes allés voir les Écuries. Autant dire que c’est autre chose que l’écurie de la ferme de tonton René. On y trouve toutes les sortes de chevaux (des touts petits chevaux, des moyens chevaux, mais également des très grands chevaux, pour ceux qui s’y connaissent). Il est formellement interdit de les toucher ou de leur donner à manger car ce sont des chevaux de princesse et ils ne mangent que du nectar et de l’ambroisie. Le cirque est magnifique, le conférencier nous apprend qu’il est à louer pour des conférences et des séminaires, ce qui casse légèrement l’ambiance.

Déception : nous n’avons pas vu de pigeonnier à Chantilly, ce qui m’aurait permis de placer l’anecdote de Caro que j’aime beaucoup. Au temps des princesses, le nombre de trous que comptaient les pigeonniers étaient proportionnel au nombre d’arpents des terres du château. Pour savoir si la princesse était un bon parti, les princes comptaient donc le nombre de trous du pigeonnier pour savoir si ça valait la peine d’épouser la demoiselle. Mais il arrivait que les parents de la princesse (qui voulaient s’en défaire à tout prix) trichent et rajoutent des trous pour faire croire que leurs terres étaient plus vastes, et figure-toi, ami lecteur, que c’est là l’origine de l’expression « se faire pigeonner ». Voilà qui aurait sans doute coupé la chique au conférencier et à ses séminaires d’entreprise, ce sera pour une autre fois.

Infos utiles :
Château et parc : 11€
Ouvert tous les jours sauf le mardi.
www.chateaudechantilly.com

Ton amie chômeuse a vu Les Vacances de M. Hulot, de Jacques Tati

Mercredi 8 juillet 2009

hulot(Requête de Chris, a déjà vu Les Beaux Gosses)

Souviens-toi, ami lecteur : suite à l’exposition à la Cinémathèque de Paris, ton amie chômeuse avait séché la projection des films de Tati en prétextant (encore) des problèmes de trésorerie. Mais maintenant que la moitié des salles de Paris diffuse Les vacances de M. Hulot en version numérique restaurée nickel chrome, je n’ai plus d’excuse (avec le sens pratique et la ruse qui la caractérisent, ton amie chômeuse s’est munie d’une carte Le Pass, donc c’est gratos).

Je me suis donc rendue au Max Linder à la séance de 13H. Curieuse vision que celle de cette salle de cinéma immense complètement vide ; mon ami chômeur (le phénomène a tendance à se répandre ces derniers temps, une sorte de crise paraît-il) et moi-même avons pris place au balcon. C’est alors qu’il m’a appris que nous étions devant le plus grand écran de Paris, et que cette salle était la seule à être équipée du son THX, et ça, on ne sait pas ce que ça veut dire, mais on se doute bien que c’est la classe. Toujours est-il que les publicités étaient diffusées en version désespérément muette, quelques voix (au moins deux) ont commencé à s’élever dans la salle pour protester (« On entend rien de ce que dit Nicole Kidman à la bouteille de Shweppes, c’est tout de même râlant »). Mon ami a été obligé d’aller réveiller le mec qui pionçait en régie pour légitimer ses propos.

Sur Allociné, Les Vacances de M. Hulot est classé dans les films pour enfants. Autant dire que si j’avais emmené ma petite sœur voir ça, elle m’aurait banni de ses amis Facebook. Je ne doute pas qu’en 1953 le film eût un certain succès auprès des jeunes, mais aujourd’hui, il est plus sûr de les emmener voir Transformers 2. Car un film comique 56 ans après, ça devient un film conceptuel : il faut un véritable effort de la part du spectateur pour détacher son attention d’une multitude de détails auxquels nous ne sommes plus du tout habitués. Les personnages, par exemple, ne parlent jamais en même temps que leur bouche, et vice-versa.

Le contenu est tout aussi déconcertant, par son caractère burlesque aujourd’hui passé de mode, mais aussi par l’extrême lenteur des scènes. Un passage en particulier m’a tellement plu qu’il justifie à lui seul le déplacement : un enfant minuscule, deux, trois ans tout au plus, achète deux cornets au glacier de la plage. Il en met un dans chaque main, et entreprend la pénible ascension d’un escalier, jetant sans arrêt des coups d’œil inquiets à sa droite et à sa gauche pour vérifier que les précieuses boules de glace sont toujours en place. Cette scène est à la fois drôle et délicieusement touchante, et ce petit garçon est d’une mignonnerie à pleurer. On le suit pas à pas jusqu’à ce qu’il s’asseye à côté de son compagnon à qui il cède l’un des deux cônes sans moufter.

Ce serait mentir que de dire que j’ai ri aux éclats, et je ne suis pas suffisamment instruite en la matière pour juger comme d’autres que « Tatie invente le cinéma à chaque plan ». Mais la touriste anglaise vieillissante qui visite la France chaque année, les annonces incompréhensibles du chef de gare, la dame qui s’extasie devant le moindre bateau et le plus petit coquillage, et ce petit bonhomme qui monte les escaliers sont entrés directement au panthéon de mes moments de cinéma préférés.

Lien utile :
Le film ne joue plus au Max Linder, mais il est projeté dans quatre autres salles parisiennes.