Archive pour août 2009

Ton amie chômeuse a vu Né dans la rue, Graffiti

Jeudi 20 août 2009

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Né dans la rue Graffiti, à la Fondation Cartier
(Initiative personnelle, personne ne me demande plus rien, les vacances ont mis MAC au chômage)

Monter une exposition sur le graffiti, c’est un peu comme mettre des poissons dans un aquarium : ça fait plaisir de pouvoir les observer à loisir, mais dans le principe, c’est quand même un peu triste. Ton amie chômeuse a trouvé que la Fondation Cartier ne s’en était pas mal sortie. Tout d’abord parce que pendant le week-end, il y a des graffeurs en liberté qui travaillent sur des grands panneaux installés devant le musée. Et aussi parce que la Fondation a joué le jeu en acceptant que les artistes ne s’expriment pas seulement sur des toiles mais également sur les murs du musée (ton amie chômeuse a même déniché un A anarchiste sur la porte de secours).

De toutes façons, la récupération du street art par les institutions n’a rien de nouveau. On apprend dans la salle qui retrace l’histoire du graffiti que les acheteurs d’art new-yorkais se sont très vite intéressés aux « writers », et Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat étaient à leur manière des traits d’union entre l’art des galeries et celui de la rue. Les graffeurs n’en étaient pas moins de fervents contestataires de l’ordre établi, prêts à prendre le risque de se faire couper en deux pour décorer un wagon (si).

Pour nous qui connaissons New-York à l’ère de Gossip Girl, c’est toujours agréable de se plonger dans cette ambiance délabrée de la fin des années 70, en ce temps où les gettho blasters crachaient leur premier hip-hop dans un Alphabet City mal famé et pas encore décimé par le Sida. En revanche, les graffitis eux-mêmes n’échappent pas au parfum kitsch que leur donnent les années qui passent. C’est là qu’intervient la seconde partie de l’exposition.

Dans la salle de projection, on s’installe de façon anti conventionnelle pour faire honneur à la thématique. Ton amie chômeuse a choisi l’option allongée par terre rien à foutre si c’est pas propre, et j’ai bien fait parce que c’était tellement bien que j’y suis restée 1H30. Le 1er documentaire est filmé à Sao Paulo : armés de leurs bombes de peinture, les « pixadores » escaladent des immeubles de 30 étages et se pendent par les pieds au-dessus du vide pour poser leur marque aux endroits les plus inaccessibles. Sao Paulo est littéralement recouverte de ces inscriptions noires qui ressemblent à d’antiques alphabets gothico-mystiques : les habitants des favelas ont colonisé l’espace urbain par l’écriture, et c’en est presque beau tellement c’est moche.

Un autre de ces artistes m’a plus émue encore : en effaçant la crasse déposée par les gaz d’échappement, un brésilien (again) d’inspiration hygiéniste dessine des milliers de crânes sur les parois d’un tunnel, le transformant en véritable couloir de catacombes. C’est magnifique, et je n’ai jamais été aussi triste à la vue d’un karcher nettoyant un tunnel (non pas que ce soit un spectacle très familier mais tu vois ce que je veux dire).

On termine la visite par quelques toiles exposées au rez-de-chaussée et dans le jardin, des œuvres qui n’ont plus rien de commun avec les Donald Duck géants sur les métros new-yorkais, si ce n’est leur caractère novateur. Et on sort de là beaucoup plus content qu’après Very bad trip, en se disant que la provocation intelligente est encore de ce monde.

Lien et infos d’une utilité quasi-incontestable :
Jusqu’au 29 novembre (pas le feu)
Fondation Cartier
Les soirées nomades organisées par la fondation, que si t’es au chômage aussi ça vaut vraiment le coup en plus tu m’y croiseras certainement et ça c’est pas rien.

Ton amie chômeuse a vu Very bad trip

Mardi 18 août 2009

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Very bad trip, de Todd Phillips

Ton amie chômeuse traverse une mauvaise passe cinématographique, et au contraire de Michael, elle blame it volontiers on the sunshine. « Ils ont chaud, ils sont prêts à avaler n’importe quoi pourvu que la salle soit climatisée», qu’ils se disent. Dans ce cas précis, j’y suis allée parce que je me transformais en flaque, c’est vrai, mais également parce que des personnes en qui j’ai confiance m’ont assuré que c’était le film le plus drôle de l’année.

Moi qui ai décidé d’être en phase avec le monde, qui ne mange plus d’animal mort, qui fais tous les efforts du monde pour ne pas considérer qu’autrui est un blaireau, comment se fait-il que je sois à ce point en désaccord avec des millions de frères humains ? Je n’ai rien aimé dans ce film, pire, il m’a mise en colère.

Je trouve qu’on devrait interdire aux américains de se marier, ou à défaut, leur interdire d’exposer leur débauche moraliste aux yeux du monde en faisant des films sur ce thème. Ça suffit les enterrements de vie de garçon, Las Vegas et ses mariages éclairs, les cérémonies sous une tonnelle, les demoiselles d’honneur… De grâce, on étouffe.

Le seul saut créatif du film vient en renforcer la pauvreté : l’amnésie des protagonistes a tout simplement dispensé les scénaristes de faire leur travail. Pourquoi y-a-t-il un tigre dans la salle de bain ? Ben parce qu’ils l’ont amené là. Pourquoi y-a-t-il un bébé dans le placard ? Ben parce que la strip-teaseuse avait un bébé. Pourquoi y-a-t-il une poule ? Ben pourquoi pas ?

Faire accomplir le geste de la masturbation à un bébé, lui coller une portière dans la tête, montrer une fellation : fausses provocations qui veulent déguiser un film tellement conventionnel qu’il en choquant.

Aujourd’hui, je porte le deuil de ma carrière de productrice de cinéma ; je n’aurais jamais misé un centime sur ce film.

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Allociné

Ton amie chômeuse a vu l’Age de de Glace 3 en 3D

Jeudi 13 août 2009

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(Requête de M, passionné d’images en 3D Relief)

Déjà très déçue par L’Age de Glace 2, ton amie chômeuse n’avait même pas songé une seconde à aller voir le 3ème volet.
« Mais c’est en 3Déééééé ! ».
Ce genre de prouesses techniques n’est pas un argument pour moi : je suis au cinéma, pas au salon de l’innovation. Si c’est un bon film, j’oublie au bout de 4 minutes que les monstres sont en images de synthèse ou que j’ai des lunettes sur le nez. Si c’est un film de merde (et pardon mais jusqu’à maintenant les films en 3D appartenaient majoritairement à cette catégorie), ça reste un film de merde.

Bon, en même temps, l’écureuil et sa noisette, les supplications de M., rien de mieux à faire… Bonne âme, j’ai accepté. Pour mettre toutes les chances de mon côté et montrer ma bonne volonté, j’ai même acheté une Ben & Jerry’s. Avec les 3€ de supplément pour les lunettes, ça faisait longtemps que je n’avais pas dépensé autant d’argent pour aller au cinéma. Heureusement, une petite lingette désinfectante était fournie avec les lunettes, j’ai trouvé l’attention délicate.

Vivement que la 3D se banalise, car il est assez déroutant de voir des adultes tendre le bras en poussant des cris pour essayer de toucher la langue du bonhomme qui explique comment utiliser les lunettes (une notice indispensable étant donné la complexité de l’opération). L’intérêt de la 3D, ce n’est pas le jaillissement spectaculaire à la Futuroscope/Vulcania, mais plutôt l’excellente qualité d’image que ça procure. Indiscutablement, on s’y croirait.

La tuile, c’est d’avoir tout investi dans le réalisme des poils des bestioles, et d’avoir écrit le scénario sous ectasy bon marché sur la nappe du restau en fin de déjeuner. Le bébé mammouth qui sort tout propre du ventre de sa mère et qui parle déjà ou presque, c’était la goutte d’eau. Oui, c’est un film pour enfants, mais non, les enfants ne sont pas (tous) des abrutis.

Je serais tentée de dire que tout cela est prometteur, que c’est l’avenir du cinéma, etc. etc., mais il y a un détail qui pourrait mettre l’industrie toute entière en péril, pire que le téléchargement illégal : les lunettes 3D sont tellement sombres qu’on ne voit plus rien à sa Ben & Jerry’s. On est obligé de plonger sa cuiller en bois merdique au hasard dans le pot, on en met partout, c’est complètement la fin de la glace au cinéma. Idem pour les roulages de pelle : impossible vu l’envergure du casque. Comment les générations futures vont-elles faire pour s’essayer à leurs premiers attouchements ? Autant d’interrogations que les instigateurs du 3D essaient d’étouffer. Quel monde va-t-on laisser à nos enfants ? Un monde sans Ben & Jerry’s et sans galoche. Heureusement, comme la fin du monde est pour 2012 (dixit Tobias, et aussi les Aztèques et les témoins de Jéhova apparemment), on n’aura pas le temps de faire de bébé mammouth. Sans regret les enfants, franchement, ça valait plus le coup.

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Les séances

Ton amie chômeuse a vu Calle Sophie aux Bozar de Bruxelles

Samedi 8 août 2009

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Calle Sophie, au Bozar de Bruxelles
(Requête d’Etienne, belge d’adoption)

Dans la série « la Belgique regorge d’activités pour meubler un dimanche pluvieux », ton amie chômeuse est allée voir la grande exposition consacrée à Sophie Calle au musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Je ne connaissais Sophie Calle que de nom, et de réputation. Je me souvenais de cette exposition (sans y être allée, car à l’époque je travaillais) où elle avait demandé à des femmes de répondre à la lettre de rupture qu’elle avait reçu. Bon. Pour tout avouer, j’avais dans l’idée d’aller visiter le musée Magritte qui vient d’ouvrir à Bruxelles, mais il fallait réserver, bref, c’était compliqué, du coup je suis allée voir Sophie Calle.

Sophie Calle expose des œuvres qui retracent sa vie selon une chronologie inversée. La visite commence par une série de photos accompagnées de textes : Sophie entreprend le voyage dans le Grand Nord que sa défunte mère a toujours rêvée de faire. L’artiste se munit d’un portrait et des bijoux de ladite maman et va les planquer quelque part sur la banquise.

Dans la seconde salle, Sophie Calle prend un train au hasard et téléphone régulièrement à sa voyante pour qu’elle lui indique la suite de son itinéraire. Les cartes lui ordonnent d’aller à Berck, dans le Nord (ce qui a plongé ton amie chômeuse dans une profonde réflexion: « Eh c’est pas là qu’ils sont dans les Chtis ? »), puis à Lourdes. Il faut croire que la voyante avait de l’humour. Là encore, le voyage est relaté par des photos illustrées de textes.

Rassure-toi ami lecteur, je ne vais pas détailler toute l’exposition. Elle est très longue, et j’ai fait l’erreur de lire tous les textes dans les premières salles, ce qui m’a amenée à terminer ma visite au pas de course, sans quoi j’allais finir par rater mon train. À mesure que l’on remonte le temps, on passe devant une photo de la maman sur son lit de mort, on traverse la salle sur le mariage de Sophie Calle, on admire des photos de détective (l’artiste a demandé à une agence de la prendre en filature), bref on voit Sophie Calle sous toutes les coutures, sur tous les supports et dans tous ses états.

Le tout est accompagné par des commentaires audio de notre nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui explique de sa voix nasillarde que ça le faisait chier de commenter l’exposition de Sophie Calle, mais qu’il l’a fait quand même, que Sophie Calle est une sorcière, mais qu’il l’aime et l’admire énormément, Sophie Calle donne un sens à la vie, Sophie Calle Sophie Calle Sophie Calle, on n’en peut plus d’entendre ce nom, de voir ce visage, d’être plongé dans une vie banale et conceptualisée jusqu’à plus soif. On se dit « tiens c’est original » parce qu’en effet c’est original d’inviter des inconnus à passer quelques heures dans son lit (encore que…), on se dit « tiens c’est intéressant » de poser une cabine téléphonique sur le pont Garigliano et de l’appeler deux fois par semaine pour voir qui répond, mais au final, tout ça est complètement creux à force d’être auto-centré. Le message que j’ai entendu pourrait se traduire par : je te donne ça, je te montre ça, ça et ça, pose pas de questions, c’est gratuit, c’est pour “donner à réfléchir”. Tiens, je me suis un peu énervée.

Drôle de projet que celui de faire de sa vie le sujet de toutes ses expositions. Encore plus drôle quand on sait qu’elle n’arrête pas de répondre « ça ne vous regarde pas » quand les journalistes lui posent des questions du type « et alors, l’homme qui vous avait envoyé la lettre, il a réagi comment ? ». Délicate attention, Sophie Calle traite ses visiteurs de voyeurs : « il s’agit d’Art Monsieur, et non de ma vie ». Ah bah ça va mieux quand on le sait.

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Site du musée Bozar

Ton amie chômeuse a vu Les Beaux Gosses

Vendredi 7 août 2009

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Les Beaux Gosses, de Riad Sattouf

(Alleluïa, gloria gloria)

Alors je me fiche que ce texte soit complètement obsolète et que le film ne soit plus à l’affiche depuis des semaines et que les blagues  en soient déjà has-been, la Belgique m’a fait un merveilleux cadeau : elle m’a permis de voir Les Beaux Gosses ! Si j’avais voulu, j’aurais même pu revoir Eden à l’Ouest, le film de Costa-Gavras avec Riccardo Scamarcio (sorti en février) ; c’est vraiment le pays où aller quand on a raté un film, le pays de la 2ème chance, comme les Etats-Unis d’autrefois.

Ceci étant dit, je suis bien embêtée. Il m’est arrivé le coup classique : tout le monde est dithyrambique à propos d’un film, tu meurs d’envie de le voir, les éléments conspirent contre toi, tu finis par y aller avec des semaines de retard, et tu es super déçu. J’ai trouvé les situations très justes, subtiles même, mais je n’ai pas ri, ou presque pas. Même pas à la réplique du petit Grégory que j’attendais sans doute trop fébrilement. Ma seule obsession pendant le film était d’essayer de comprendre pourquoi ils se masturbent avec une chaussette. J’ai fini par demander à mon voisin (je le connaissais, attention, ton amie chômeuse n’est pas du genre à poser des questions sur l’onanisme à des inconnus), qui m’a répondu d’un haussement d’épaules et d’un « Ptt » qui signifiaient sûrement « je ne sais pas ».

Passée la déception, les scènes qui me reviennent sont surtout celles où interviennent les personnages adultes : Noémie Lvovsky en mère dépressive et sexy et Emmanuelle Devos qui exerce toujours une drôle de fascination sur moi. Le film baigne également dans une ambiance un peu glauque à la Steak qui n’est pas pour me déplaire… Mais je ne sais pas, quelque chose n’est pas passé.

J’ai trouvé que tous ces ados boutonneux, si laids et libidineux qu’ils soient, ne s’en sortaient pas si mal. Même les très moches arrivent à leurs fins (rouler des pelles) et les très cools ne sont pas toujours vainqueurs puisque la fille cool prend la défense du très laid quand il se fait marave par le très cool. Et ça, ce n’est pas réaliste.

Laissez-moi vous dire que chez moi, ce n’était pas comme ça que ça se passait. Le collège, c’était le lieu le plus codifié de la planète, avec les bouffons (à ne fréquenter sous aucun prétexte), les-gens- avec-qui-on-a-le-droit-d’être-amis, et les coolos. Seuls les coolos se roulaient des pelles entre eux, et JAMAIS ils ne se mélangeaient au reste de la population. C’était comme ça, et personne n’aurait songé à se révolter. Les bouffons n’osaient pas se rouler de pelle entre eux, sans doute de peur d’enfanter une génération de supers-bouffons, et les-gens- avec-qui-on-a-le-droit-d’être-amis étaient coincés dans leur statut intermédiaire, attendant une intronisation chez les coolos qui n’arriverait jamais. L’adolescence, c’est horrible, c’est à vous dégouter de la vie. Peut-être que je n’ai pas ri parce que je suis encore entrain de m’en remettre.

Lien utile :
Les dernières séances, comme dirait Eddy