Archive pour septembre 2009

Ton amie chômeuse a vu Fish Tank

Samedi 19 septembre 2009

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Fish Tank, d’Andrea Arnold
(Initiative personnelle)

Quand on est prise de spasmes et de sanglots, qu’on s’entend dire « oh non » à haute voix (alors que bien sûr on est tout seul car il est 16H20), et que le soir venu, on raconte l’intégralité du film à M. qui n’a rien demandé (avec description des plans, dialogues, mimes et tutti quanti, ça m’a pris presque une heure), c’est qu’il s’est passé dans cette salle obscure quelque chose de vraiment fort.

Mia, 15 ans, ne connaît ni la peur, ni les limites.
Exemple 1 : sans une seconde d’hésitation, elle colle un coup de boule à une ex-copine un peu arrogante. Pas de question sur le caractère opportun ou risqué d’un tel geste, juste un coup de boule : qui n’en a jamais rêvé ?
Exemple 2 :  elle dit « You’re what’s wrong with me ! » à sa mère. Ça peut mettre 40 ans à sortir, et honnêtement, c’est vrai pour tout le monde.
Exemple 3 :  elle se présente à une audition de hip-hop alors qu’elle n’est pas plus douée que ton amie chômeuse.

Depuis que Ken Loach est passé à la comédie (Looking for Eric), on avait un peu oublié à quel point l’Angleterre qui craint ne fait pas semblant de craindre. La mère de Mia n’a que deux fois l’âge de sa fille aînée. Tel un lendemain de fête ambulant, elle traîne en sous-vêtements sexy, le rouge à lèvres qui bave, les cheveux sales, les seins qui débordent du débardeur, les cigarettes et la gnôle toujours à portée de main. Elle pousse, elle insulte, elle pince : son amour maternel s’exprime dans un langage de cour d’école.

Un jour la teenage-mom ramène à la maison Connor, un homme beau, qui parle gentiment, et qui s’intéresse aux deux filles comme un père. Chaque apparition de Connor est comme un hâvre de paix pour Mia. Les mouvements ralentissent, le son est étouffé, l’image se fait douce : on est apaisé, et on se laisse prendre avec elle à un début de sentiment amoureux qui noue l’estomac.

Ton amie chômeuse ne s’est jamais sentie aussi proche d’une adolescente anglaise en jogging qui cogne, picole, crie, couche avec son beau-père et enlève des enfants. Et oui, peut-être que j’en parlerai à ma psy.

Lien utile :
Les séances sur Allociné

Ton amie chômeuse a vu Inglourious Basterds

Samedi 19 septembre 2009

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Inglourious basterds, de Quentin Tarentino
(Requête de Chris, toujours isolé dans son pays sans cinéma)

Une fois n’est pas coutume, ton amie chômeuse n’a pas été déçue par le dernier Tarantino et s’est sentie plutôt en phase avec ce qu’elle en avait entendu : c’est un bon divertissement. Comme d’habitude, les dialogues arrivent à transformer une conversation autour d’un verre de lait en moment d’une tension insoutenable, les musiques sont bien choisies, et quelques acteurs sont vraiment remarquables (Christoph Waltz, effectivement, et même Mélanie Laurent qui ne s’en sort pas mal avec son personnage pourtant pas gé-gé). C’est déjà bien. Mais vraiment, c’est tout.

Après le clown décoloré chez les frères Coen (Burn after reading), Brad Pitt interprète le clown prognathe à l’accent du Tennessee. J’ai noté que les vieilles stars en fin de carrière aimaient bien faire des apparitions « clin d’œil » , en référence à leur propre mythe cinématographique. Le problème de Brad Pitt, c’est qu’il a statué sur sa position de légende un peu tôt ; depuis qu’il a joué dans Friends (« Wooooua ! Comment il est trop marrant, en plus c’est le mec de Jenifer Aniston dans la vraie vie, chanmé il se prend pas au sérieux, il joue un ancien obèse ! »), j’ai le sentiment qu’il a arrêté de jouer pour se consacrer uniquement au « Wouaaa ! Chanmé il se prend pas au sérieux, il joue un idiot/une brute prognathe, il est même moche : trop sympa Brad Pitt ».  Voilà pour la remarque aigrie (elle nous aurait manqué).

Notons tout de même que Tarentino a pris quelques libertés avec les faits historiques que ton amie chômeuse n’aurait jamais imaginé possibles. J’ai donc passé les dernières vingt minutes du film à attendre le rebondissement qui nous remettrait dans le droit chemin de ce que j’ai appris à l’école, mais non, Quentin a dit fuck et a réécrit la fin de la seconde guerre mondiale à coup de scalp. Bon.

Lien utile :
Les séances sur Allociné

Ton amie chômeuse répond à : que lire pour se détendre sans finir décérébré ?

Jeudi 17 septembre 2009

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(Requête de JC, ne sait pas quoi lire, mais a des critères d’exigence très précis)

Ami lecteur, laisse moi te rassurer : ce n’est pas parce tu t’endors au bout de trois pages que tu es condamné à lire Grazia. Ton amie chômeuse comprend bien que ceux qui travaillent n’aient pas envie de lire Du côté de chez Swann (bien que ce soit son livre préféré de la Terre entière), comme JC, qui aime les phrases courtes et incisives, ou les policiers qui ont le mérite d’être ponctués de meurtres (ce qui tient éveillé, toujours selon JC).

J’ai ce qu’il te faut, tu vas tout de suite comprendre : Laurent Chalumeau, c’est le type qui écrivait les textes d’Antoine De Caune à la fin de NPA, quand il était avec José Garcia. Si. Autant te dire que le point fort de Chalumeau (je renonce aux jeux de mots que pourraient inspirer ce nom, il ne m’en vient que de mauvais), c’est la langue dans laquelle s’expriment les personnages. On y trouve des formules d’argot incroyables avec lesquelles tu pourras épater tes amis.

En ce qui concerne l’histoire, voici le pitch d’Un mec sympa : Manu Bonal a 29 ans, et il est en liberté conditionnelle. Il a écopé de 32 mois de prison pour le braquage d’un musée d’horlogerie. Son conseiller d’insertion, à qui il doit rendre visite une fois par mois, lui impose un affreux chantage : Manu doit commettre un nouveau braquage pour son compte, sans quoi le conseiller le renvoie en prison.

Alors non, ce n’est pas exactement une lecture intellectuelle, mais ce qui est vraiment drôle est dispensé de l’être (décret n°635 de la charte MAC).

Info utile :
Laurent Chalumeau, Un mec sympa
File chez ton marchand de livres

Ton amie chômeuse a vu Un prophète

Samedi 12 septembre 2009

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Un Prophète, de Jacques Audiard
(Requête de Chris, exilé dans un pays où il n’y a pas de cinéma)

La séance était à 17H. Devine à quelle heure je suis sortie, ami lecteur ? À 19H45 (parce qu’en plus j’avais promis de rester jusqu’à la fin du générique pour faire plaisir à mon client). Soit presque 3 heures dans une salle obscure : ce film aurait pu être un motif de suicide pour ton amie chômeuse, qui en ce mois de septembre est impatiente, énervée, plus Schtrumpf-grognon que jamais. Et bien non.

On ne peut pas dire qu’Un prophète soit un film facile. Outre la longueur, la liste de ses handicaps est interminable, un peu comme si Audiard avait pris à revers tous les éléments qui assurent le succès d’un film, un par un :
- Ça se passe en prison (casse-gueule, difficile à décrire sans misérabilisme et potentiellement chiant comme la pluie)
- L’acteur principal est inconnu
- La seule apparition féminine du film est d’une durée d’environ 50 secondes ( = pas de nichons affriolants, pas de romance, pas de douce main dans les cheveux du héros, jamais)
- Quand le spectateur a bien compris qu’il était face à un film du genre réaliste, bim, voilà que surgissent quelques éléments fantastiques (un mort qui revient, et qui prend feu de temps en temps) : déconcertant.

Et pourtant. C’est tellement réussi que c’en est inexplicable.

Malik est tout juste majeur, c’est son premier séjour à la prison « pour les grands » ; il doit y purger une peine de 6 ans pour avoir agressé un policier à l’arme blanche. Il n’a pas de parents, il a été élevé en foyer, il ne sait ni lire ni écrire, il ne pratique pas de religion, personne ne l’attend dehors : vierge de tout contexte, Malik est un terrain d’expérimentation parfaitement neutre qui fait son entrée dans un univers carcéral qui ne l’est pas du tout.

Dans cette prison de la région parisienne, ce sont les Corses qui règnent en maîtres. César Luciani, le parrain, décide que Malik sera l’homme de main qui exécutera un nouveau venu qui dérange. Après quelques vaines tentatives pour échapper à l’ordre qu’il a reçu, Malik tue le détenu à grand peine, armé de sa seule lame de rasoir. Cette « faveur » au clan Corse en fait le protégé, mais aussi le larbin. Préposé aux tâches ménagères au début, il se voit confier des missions plus délicates et plus stratégiques quand lui sont accordées des permissions de sortie.

Et le jeune homme vierge du début développe peu à peu une intelligence du crime fulgurante, il devient caïd avec une aisance et une élégance toute naturelles, comme s’il était touché par la grâce des méchants.

Qu’est ce qui fait qu’un film est réussi ? Ton amie chômeuse s’est vraiment posé la question. Je ne crois pas qu’on puisse accuser un Honoré (au hasard) d’être moins sincère ou moins impliqué qu’un Audiard. Et on ne me prendra jamais à dire qu’un homme est meilleur qu’un autre, ah ça non, jamais. Alors quoi ? Le talent ? Il me semble qu’on met derrière ce mot tout ce qu’on ne sait pas expliquer, en tout cas, perso, je ne sais pas donner de définition au talent. L’audace peut-être ? Ses acteurs inconnus qui sont tellement bons qu’ils nous laissent imaginer les légions de gens talentueux qui sont derrière eux et qu’on ne connaîtra jamais, il fallait certainement de l’audace pour décider de les mettre au devant du film. Mais Honoré (toujours au hasard) n’a-t-il pas lui aussi fait preuve d’audace avec ses bigoudens ? On peut toujours se dire qu’un film réussi pour certains ne l’est pas pour d’autres, que chaque œuvre trouve son public. Mais enfin il faut bien admettre que certaines œuvres trouvent un public plus nourri que d’autres. Alors je ne sais pas. Pttt. Mais Un prophète, j’ai trouvé ça génial.

Lien utile :
Les séances

Ton amie chômeuse a vu Animal’z, d’Enki Bilal

Vendredi 11 septembre 2009

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Exposition Animal’z, d’Enki Bilal, chez Artcurial
(Requête de Prunelle, fan de bande dessinée)

Artcurial, c’est un espace de vente aux enchères situé en bas des Champs-Elysées dans un joli hôtel particulier. Ton amie chômeuse ne savait pas qu’il s’y tenait des expositions et s’y est rendue pour la première fois le week-end dernier.

Les dessins originaux du dernier album d’Enki Bilal sont exposés dans un ordre un peu étrange, sans texte, et sans indication sur le sens de lecture. Ne sachant pas si c’était un choix délibéré de la part du commissaire ou si le chômage avait enfin eu raison de mes capacités intellectuelles, j’ai choisi de considérer Animal’z comme une expo ordinaire et de m’intéresser aux œuvres pour elles-mêmes, sans chercher à en comprendre l’évolution narrative à tout prix.

Certains agrandissements rehaussés au pastel permettent de voir à quel point chaque dessin est finement travaillé : le trait, la hachure, les célèbres contrastes de couleurs entre le gris bleuté et le rouge d’une bouche… Bilal a créé un univers reconnaissable entre mille, dans lequel on navigue comme dans un rêve. De même qu’on ne peut pas dire d’un rêve qu’il est de la science fiction, l’œuvre de Bilal serai plutôt comme une version poussée de la réalité, un authentique point de vue sur le monde, dont le dessin serait le meilleur vecteur. Bilal est également l’auteur de trois long-métrages dont l’exposition présente une sorte de « medley » mais la transposition à l’écran est moins réussie, précisément parce qu’elle ne sort pas de sa condition de simple transposition.

Enfin, une longue interview de Bilal est projetée dans une salle. Le côté conversation de salon entre l’intervieweur et l’interviewé est un peu agaçant (« Vous êtes un véritable génie cher ami, vous me faites penser à Gericault » « Je vous en prie, vous me flattez, permettez-moi néanmoins de vous donner raison… ») ; mais Bilal y parle de son rapport à la création et à l’imagination, et il le fait bien.

Lien utile et mise en garde non moins utile :
Artcurial
Sur le site, l’expo est annoncée jusqu’au 10 septembre, sur le dépliant, ils disent que c’est jusqu’au 18 septembre, ton amie chômeuse en perd son latin. En tout cas, les dessins seront vendus aux enchères le samedi 19 septembre à 14H15.