Archive pour octobre 2009

Ton amie chômeuse a vu du flamenco qui ne ressemble pas à du flamenco

Jeudi 29 octobre 2009

boryQUESTCEQUETUDEVIENS ? d’Aurélien Bory, au théâtre des Amandiers de Nanterre et en tournée en France

(Requête de Jérôme, a entendu beaucoup de bien du scénographe Aurélien Bory, mais ne sait pas bien ce qu’il scénographie, au juste)

C’était la première fois que j’allais au théâtre des Amandiers à Nanterre. Dès la sortie du RER, ton amie chômeuse s’est fait un tas d’amis : nous étions en effet une dizaine à chercher où s’arrêtait la navette qui fait le lien avec le théâtre et qui a été détournée de son chemin habituel par des travaux. On se perdait en conjectures et exercices de déduction, on envoyait deux personnes en éclaireur, on demandait à un passant, le tout dans une ambiance Fort Boyard très conviviale.

Le théâtre des Amandiers ressemble à un grand hall de gare, on y trouve un bar-restaurant qui sert du vin et des parts de flan, des centaines de personnes discutent et s’interpellent avant que le haut-parleur n’appelle à se rendre dans telle ou telle salle. Pour ce qui est du spectacle d’Aurélien Bory, un certain flou régnait autour du genre auquel il appartenait ; l’ouvreuse me dit que c’était du flamenco, en ajoutant immédiatement que c’était « plus que ça », pour conclure par un « vous verrez bien » énigmatique.

Et en effet, je vis bien. Danse, musique, théâtre et cirque : c’est tout à la fois. Une femme entre en scène et entame un jeu de mimes avec son vêtement pour seul partenaire. Ce n’est que quand la robe rouge et froufroutante la quitte (au sens propre, la femme cherchera en vain à la retenir) que la danseuse s’éveille.

Un chanteur de Flamenco entre et sort du décor, un guitariste traverse la scène sur une chaise de bureau à roulette : ils ne sont pas seulement d’extraordinaires accompagnateurs, ils sont les acteurs d’une véritable pièce, d’une histoire qui se raconte à coups de claquements de talon, d’éclaboussures d’eau et de lumière, de fumée diffuse et de reflets. C’est d’une beauté à couper le souffle, tout simplement.

Les représentations de QUESTCEQUETUDEVIENS au théâtre des Amandiers sont terminées, mais le spectacle se joue à nouveau en début d’année à Toulouse et à Montpellier, ton amie chômeuse se paierait bien le voyage pour assister à ce moment de poésie deux, trois fois encore (à défaut je vais demander un abonnement au théâtre des Amandiers et espérer faire d’autres découvertes aussi somptueuses).

Lien utile :
Programmation des spectacles de la compagnie d’Aurélien Bory, la compagnie 111, sur spectacles.fr.

Ton amie chômeuse a vu Casanegra

Lundi 26 octobre 2009

casanegra1

Casanegra, de Nour-Eddine Lakhmari
(Requête de Parissa, besoin d’un deuxième avis)

Quelques minutes avant d’entrer en salle, ton amie chômeuse apprenait que Casanegra était un véritable phénomène de société au Maroc et que le film avait bon espoir d’être sélectionné dans la catégorie meilleur film étranger aux Oscars. «Ca t’alors » m’étais-je dit (en faisant une erreur de liaison), « et moi qui n’en ai pas entendu parler ». Peut-être que cette information a relevé mes attentes d’un cran, et sans doute est-elle à prendre en compte dans ma (relative) déception.

Nous sommes loin des images d’Épinal du Maroc : ici, pas de petits villages pittoresques, pas de paysages exotiques, pas d’Ingrid Bergman. Lakhmari nous donne à voir une Casablanca polluée, impitoyable avec ses habitants, où l’extrême pauvreté côtoie une richesse minoritaire mais tape-à-l’œil dans un climat de tension permanente.

Karim et Adil ont une vingtaine d’années, ils vivent de petites combines, et portent tous deux une charge familiale écrasante : le père de Karim est handicapé, atteint de la maladie de Parkinson, Karim s’en occupe comme d’un enfant. Le beau-père d’Adil est une sorte de brute écervelée qui frappe tout ce qui l’entoure, et surtout sa femme.

Karim a du mal à se résoudre à suivre le même chemin que son père, qui a écaillé des poissons toute sa vie pour finir avec un shaker imaginaire entre les mains, et Adil rêve d’émigrer en Suède. En attendant, ils traînent tous deux leurs guêtres dans la cour des miracles casablancaise, véritable inventaire au grand jour de tous les problèmes de dents qui peuvent frapper l’espèce humaine.

Ton amie chômeuse n’a rien à redire à cette peinture sans doute fidèle, en tout cas sincère, du Maroc d’aujourd’hui : violent, aride, mais aussi attachant et drôle. Tous les fous, les infirmes et les très laids que croisent les deux héros posent un œil goguenard sur ce qui les entoure, et les dialogues sont souvent plein d’humour.

À bien y réfléchir, je crois que c’est la forme qui m’a empêché d’aimer vraiment ce film. À toujours osciller entre réalisme et burlesque, Lakhmari m’a perdue. Pendant 10 minutes on est dans une version sud méditerranéenne de Ressources Humaines, et l’instant d’après on est chez Jean-Pierre Jeunet, avec images sépia et visages déformés, pour passer à Emir Kusturica avec fanfares et hurlements de dessins animés.

Je n’ai pas réussi à m’habituer au jeu d’Omar Lofti, qui incarne Adil, j’ai souvent eu l’impression de le « voir jouer », attendre la réplique, etc. Et enfin j’ai été allergique au personnage du caïd avec son yorkshire dans les bras, caricatural à l’excès ; et voilà j’en ai fini avec le liste de mes griefs. Ton amie chômeuse pense que ce film aurait gagné en subtilité s’il avait été plus sobre : il m’a semblé que des couches inutiles recouvraient l’intelligence des personnages et des situations, et j’ai trouvé ça frustrant de ne l’aperçevoir qu’à quelques instants fugaces. Mais ce n’est que mon avis.

Lien et infos utiles :
Les séances
Ressources humaines, de Laurent Cantet, sorti en 1999

Ton amie chômeuse a testé les soirées nomades de la Fondation Cartier

Jeudi 22 octobre 2009

denoyez

Les soirées nomades sont organisées par le musée à l’occasion de l’exposition Graffiti, Né dans la rue

(Requête de Prunelle, se demande si ça vaut le coup de s’inscrire une prochaine fois)


Souviens-toi, ami lecteur, quand ton amie chômeuse avait visité l’expo Graffiti à la Fondation Cartier, elle s’était dit que ce serait sympa d’aller à une des « soirées nomades » organisées par le musée. Pas folle, ma cliente s’est méfiée de la météo capricieuse de ces dernières semaines et m’a envoyée en éclaireur pour vérifier que ça valait la peine.

Et bien, ce jour-là, il pleuvait, et il faisait froid. Bon. Le rendez-vous était à 19H sur un terrain en friche près du métro Belleville, rue Ramponeau, pour ceux qui aimeraient aller vérifier. L’endroit est sympathique et laissait augurer le meilleur : nous n’étions ni dans la rue à proprement parler, ni dans une propriété privée, mais dans une sorte d’espace intermédiaire, un no man’s land investi par les graffeurs.

Il y avait là un artiste plasticien qui fumait la pipe, un vrai graffeur en chair et en os, et un monsieur qui était (peut-être) sociologue mais qui était surtout de très mauvaise humeur. Nous étions une vingtaine, chacun sous son parapluie, attendant fébrilement que ces spécialistes nous révèlent leur savoir.

Le fumeur de pipe a pris la parole et expliqué qu’il y avait longtemps qu’il ne graffait plus, et que d’ailleurs il n’avait jamais vraiment graffé. Allons bon, me dis-je. Il était néanmoins fondateur d’une association, « le Mur », qui met à la disposition des artistes de rue le mur situé à l’angle de la rue Saint-Maur et de la rue Oberkampf, dans le 11ème arrondissement de Paris. Ton amie chômeuse connaît bien cet endroit puisqu’elle était allée y voir Sun7 y coller son œuvre, en bonne groupie qui n’a rien d’autre à foutre.

Le vrai graffeur en chair et en os a ensuite parlé des débuts du graffiti, ce qui a impatienté ton amie chômeuse qui après deux heures à la Fondation Cartier maîtrisait déjà bien le sujet. Il a évoqué brièvement le paradoxe de vouloir s’approprier la ville en utilisant les mêmes méthodes que la publicité (lui-même signant les murs d’un logo avec un chien), mais a tout de suite passé la parole à Grincheux, son voisin. Grincheux est parti dans une diatribe contre la Fondation Cartier, qui a sauvagement enfermé le graffiti, qui l’a réduit à un aspect strictement esthétique en oubliant sa dimension sociologique (dimension qui, décidément, ne serait jamais développée ce soir-là).

Entre-temps, la commissaire de l’exposition à la Fondation Cartier était arrivée : elle se défendit contre ces accusations en arguant que le musée était couvert d’inscriptions en tout genre, que le caractère éphémère des œuvres avait été respecté et que les films projetés donnaient un bon aperçu de la dimension politique de ces peintures urbaines. Ton amie chômeuse opinait vigoureusement du chef pour montrer son soutien à la commissaire, et aussi pour signifier que ça faisait déjà 20 minutes que le débat avait commencé, que nous avions de l’eau jusqu’aux chevilles et que ce serait sympa de commencer la « promenade » sociologique proprement dite.

Mais le débat continuait, chacun répondant poliment mais fermement aux arguments exposés par la commissaire (qui était la seule à prendre la peine d’argumenter). Le graffeur se plaignit d’avoir été « infantilisé » par la Fondation, mais ne sut pas développer son propos plus avant. Nous assistions à un règlement de comptes.

Un couple de retraités à côté de moi commençait à trépigner sévèrement, et n’y tenant plus, le monsieur prit la parole : « Excusez-moi, mais quelle est votre idée d’une promenade si nous restons ici à palabrer pendant une heure ? ». L’ensemble de l’assistance se rallia au retraité (« C’est vrai… » « Il a raison… » « Je suis tout mouillé… »), et nous partîmes sur le champ.

La promenade sociologique consistait à s’arrêter dans des rues présentant des graffitis, et notamment rue Denoyez, où il y en a beaucoup (et où il y a aussi une chouette petite paillote où on mange bien pour pas cher). Le monsieur à la pipe disait « vous voyez là-haut ? Et bien, c’est un graffiti ». C’était très décevant.

À la fin de la « visite », le graffeur nous a distribué à tous des stickers à son nom avec écrit « in dog we trust ». J’aurais bien relancé la discussion sur les méthodes publicitaires, mais le froid a eu raison de mon goût pour l’argumentation. Je suis rentrée chez moi mouillée, et pas plus instruite. Raté.

Infos et lienzutiles :
Site de la Fondation Cartier
L’expo dure jusqu’au 29 novembre, et pour le coup, elle vaut la peine
Le lien vers les soirées nomades
Photo d’illustration : rue Denoyez, 20ème

Ton amie chômeuse a vu le Maxi Monster Music Show

Vendredi 9 octobre 2009

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Maxi Monster Music Show en concert
(Requête de Maëlle, a adoré, et veut diffuser la bonne parole)

Pleine de sagesse, ma cliente me disait à la fin de son message-requête : « je ne t’en dis pas plus parce que c’est le meilleur moyen de te décevoir une fois sur place ». Du coup, ton amie chômeuse ne s’est pas du tout renseignée sur le spectacle, et je dirais même que je suis allée jusqu’à en oublier partiellement le titre, si bien qu’en m’asseyant dans la salle, je ne savais même pas si j’allais assister à un concert, à une pièce de théâtre, ou à du cirque. Il est vrai que l’installation d’une batterie, d’un piano, d’un violoncelle et d’un micro m’a rapidement donné un indice substantiel sur ce point.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu autant de générations différentes réunies dans une même salle (depuis Disneyland Paris en fait). Les enfants et les têtes blanches étaient nettement majoritaires dans les premiers rangs, alors que les générations intermédiaires, moins téméraires ou traumatisées par le Rocky Horror Picture Show (explications plus bas), occupaient des places plus reculées.

Avant que les lumières ne s’éteignent, un majordome genre Famille Adams se promène dans les rangs, échangeant des sacs à main, ébouriffant la tête d’un enfant, chipant un appareil photo…. Puis une sirène retentit, et le spectacle commence. Une voix explique que le régime politique s’est durci : les réunions festives sont prohibées, et les personnes présentant une différence physique ou mentale doivent être rééduquées ou éliminées (un peu comme les chômeurs).

Les phénomènes de foire s’installent devant leurs instruments les uns après les autres : un homme/femme, une femme-tronc, une danseuse glacée, un anarchiste aux yeux vairons, un homme fort, un fakir… Et un être couvert d’un voile qui commence à chanter d’une voix envoûtante… Cette scène d’ouverture a quelque chose de magique, et quand la chanteuse révèle son visage barbu au public, on est parcouru d’un frisson délicieux.

Entre Underground et Freaks (la monstrueuse parade), le Maxi Monster Music Show nous entraine dans un cabaret de l’étrange mené par la Poupée Barbue, sexy en diable malgré ses poils… Ton amie chômeuse a regretté que l’ambiance ne soit pas poussée plus loin : le show souffre de son positionnement intermédiaire entre le spectacle pour enfants et le concert classique. J’ai trouvé que ça s’essoufflait un petit peu vers la fin, et que les compositions étaient parfois légères (et surtout la rengaine du Maxi Monster Music show, qui consiste à répéter ces mots 150 fois, dans l’ordre).

Il n’empêche que l’énergie que ces énergumènes déploient sur scène est très communicative, et qu’on sort de la salle le sourire aux lèvres, avec une envie tenace de balancer son Epilady aux orties. Et c’est déjà pas mal.

Liens et infos utiles :

Le Maxi Monster Music Show, prochaines dates de concert

Le Rocky Horror Picture Show au Studio Galande
Tous les vendredis et samedis soirs, le Studio Galande à Paris diffuse le Rocky Horror Picture Show, le célèbre film de Jim Sharman. Sauf qu’une troupe de comédiens “anime” le film, et qu’on en sort un peu mouillé (au mieux). Voir ici le matériel recommandé aux spectateurs néophytes.
7,80€ au 42 rue Galande, 75005 Paris

Underground de Kusturica, 1995
Freaks de Tod Browning, 1932

Ton amie chômeuse est allée à la galerie Magnum

Jeudi 1 octobre 2009

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Abbas, In whose name, Galerie Magnum
(Requête de Parissa, débordée)

La galerie Magnum, qui abrite en ce moment une exposition qui intéresse ma cliente, se trouve exactement à deux minutes à pieds de chez moi. Quand ton amie chômeuse a fait cette découverte sur Mappy, elle s’est dit, ravie, qu’elle n’aurait plus jamais besoin de s’emmerder à aller à la Maison Européenne de la Photographie. Mais alors en fait, pas du tout : une galerie photo, ce n’est pas comme un musée.

Arrivée devant le bâtiment, aucun signe particulier pour indiquer au visiteur qu’il est à bon port. Téméraire, j’entre néanmoins, quitte à commettre une infraction (ton amie chômeuse est une gueu-din). La salle était déserte, et je n’ai pas tout de suite remarqué le monsieur derrière son comptoir, visiblement occupé à terminer un sudoku. Les photos accrochées au mur semblaient tout de même indiquer que je n’étais pas dans la salle d’attente d’un dentiste. J’ai tenté un tout petit « bonjour » auquel le monsieur a répondu par un « oui ? » souriant. J’ai expliqué que je venais voir l’exposition, il a eu l’air enchanté par cette nouvelle et m’a dit « Mais oui ! Bienvenue ! C’est par ici ! Bonne visite ! ».

J’ai donc commencé à regarder les photos, sentant le regard plein d’espoir du galeriste peser sur moi. Il devait s’imaginer que j’étais une acheteuse potentielle, le pauvre homme. J’ai déambulé de manière très étudiée, avec un mélange de détachement (rêve pas mon gars, j’ai pas un rond) et de concentration (mais quand même, je m’intéresse), plus soucieuse de mon image auprès du bonhomme que de celles que j’avais sous les yeux.

Je lui aurais bien demandé de sortir pour nous éviter à tous les deux cette pantomime, mais j’ai quand même quelques manières. Du reste, je n’ai pas trouvé l’exposition renversante. Intitulée « In whose name », elle présente des photographies du monde islamique, de Jakarta à Istanbul en passant par Jérusalem (et par l’Alabama aux US ?). J’ai eu du mal à reconstituer un fil rouge, certaines photos datant du début des années 80 et d’autres des années 2000. En effet, au nom de qui ce soldat patrouille-t-il, au nom de qui ces femmes sont-elles recouvertes de tissus, même à la plage, au nom de qui la guerre, la terreur, les auto-flagellations… Peut-être le photographe a-t-il voulu dénoncer tout ce qu’on peut faire d’absurde au nom de Dieu ? Ou mettre en avant le lien que constitue l’Islam entre des pays très différents les uns des autres ? Je ne sais vraiment pas.

Pendant ce temps-là il fallait trouver un moyen de s’éclipser sans avoir à donner un avis que je n’avais pas au monsieur plein d’espoir. Ce n’est pas glorieux, mais je m’en suis sortie en m’inscrivant à la Newsletter de Magnum.

Lien et info utiles :
Jusqu’au 31 octobre
L’expo sur Actuphoto
Galerie Magnum
19 rue Hégésippe Moreau
75018 Paris
France