Archive pour novembre 2009

Ton amie chômeuse a vu l’expo sur Brigitte Bardot

Jeudi 26 novembre 2009

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Exposition Brigitte Bardot, les années insouciance à l’Espace Landowski, Boulogne-Billancourt
(Requête de Muriel la psy, essaie de me faire passer un message sur ma gestion de la féminité)

Je ne veux pas faire de généralités, peut-être que l’exposition sur Brigitte Bardot attire un public varié et de tout âge, peut-être. Mais en pleine semaine, à l’heure de la fin de la sieste, ton amie chômeuse aurait juré être entrée dans une maison de retraite. Un public d’ailleurs bien cerné par les organisateurs qui ont inséré dans le guide d’exposition « les mots croisés de B.B. » : une façon ludique de visiter l’exposition tout en faisant travailler sa tête (ex : La plage de Et Dieu créa la femme en 10 lettres).

La magie de mon nouveau métier de chômeuse professionnelle me conduit sur des chemins inattendus, je crois que l’idée d’aller voir une exposition entièrement consacrée à Brigitte Bardot ne m’aurait jamais effleurée. J’en avais une image un peu triste de muse décrépite, défenseuse kitsch des animaux, fréquentant les infréquentables, raciste par bêtise.

Et bien j’ai changé d’avis. D’abord, je ne m’étais pas bien rendue compte de l’ampleur du phénomène B.B. et des véritables crises d’hystérie qu’elle a déclenché partout dans le monde. Les magazines dont elle a fait la couverture se comptent en milliers. J’en ai remarqué un qui titrait « Pour ou contre Brigitte Bardot ? » : elle était devenue un concept et non plus un individu. Elle était belle, certes, mais la beauté ne peut pas être la seule explication à des réactions aussi extrêmes, d’un côté comme de l’autre.

Au fil des témoignages (et les gens qui ont été fasciné par B.B. sont loin d’avoir tous des Q.I. de poulets : Sagan, Gainsbourg, Simone de Beauvoir, de Gaulle, pour ceux qui me reviennent en tête tout de suite), on découvre une femme dont la principale caractéristique était de ne pas savoir mentir. Chez B.B., pas de composition, pas question de transiger ou de jouer, ce qui peut constituer un handicap de taille pour une comédienne. Et en effet, tous (et elle la première) s’accordent à dire qu’elle n’était pas faite pour le cinéma.

Son premier mari, Roger Vadim, savait qu’elle incarnerait le personnage qu’il lui confiait sans le jouer, et ne lui faisait jamais répéter une scène plus de deux fois. Une pratique qui s’est révélée dangereuse par la suite : B.B. incarne un personnage au bout du rouleau qui met fin à ses jours, elle fait une tentative de suicide dans la vraie vie. Du coup, on a l’impression d’être face à de la sincérité brute et nue modelée dans un corps parfait. Brigitte Bardot se contente de vivre, presque sans conscience, comme un animal.

Pas étonnant dès lors qu’elle se soit lancée à corps perdu dans la défense de ceux qui lui ressemblent le plus. Son indignation face aux traitements que les hommes infligent aux animaux est criante de sincérité, sa voix se brise, elle est ulcérée, elle se jette sur un phoque et le prend dans ses bras, comme une enfant. Ton amie chômeuse a été touchée par ce drôle de destin, par cette erreur de la nature (une femme qui n’a pas vraiment conscience d’elle-même) livrée en pâture aux médias et à la meute des hommes qui se sont branlés sur elle (et les vieux bonshommes qui traînaient dans l’expo étaient sans doute entrain d’éprouver des sensations depuis longtemps oubliées).

L’expo est outrageusement chère (8 euros en tarif amie chômeuse), elle est conçue comme une attraction Disneyland, avec reconstitution d’un bateau et d’une place de Saint-Tropez, ton amie chômeuse ne te cachera pas que c’est un peu ridicule. Mais elle a changé mon regard sur Brigitte Bardot, dont j’ai trouvé la vie assez fascinante, moi aussi.

Bon après ça, quelqu’un m’a judicieusement fait remarquer qu’une expo à la gloire de quelqu’un, qui insiste sur sa fragilité et sa sincérité, qui présente des photos d’enfance et tutti quanti pouvait faire aimer n’importe qui. Ton amie chômeuse espère très fort qu’elle ne s’est pas complètement faite avoir, et qu’elle n’aurait pas été touchée de la même façon si ça avait été une expo sur Pol Pot ou sur Goebbels. Mais je ne crois pas.

Lien utile :
Le site Internet de l’exposition

Ton amie chômeuse a vu Les Herbes Folles

Mardi 17 novembre 2009

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Les Herbes Folles, d’Alain Resnais
(Requête de la collègue de JaySee, n’a rien compris au film, se sent un peu gênée)

Alors là, question : pourquoi cette ovation unanime de la presse, des « gendumétiers » et des intellectuels de tout poil aux Herbes Folles d’Alain Resnais ? Qu’on lui trouve des qualités, je comprends. Que certains crient au chef d’œuvre, pourquoi pas, le film est suffisamment bizarre pour provoquer des prises de position extrêmes. Mais n’y a-t-il donc aucune voix pour énoncer simplement la question qui s’impose : mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?!

Ton amie chômeuse se range du côté de sa cliente et l’admet sans rougir : je n’ai rien compris. Pas compris de quelle pathologie souffrait le personnage de Dussolier, ni de quel forfait il s’était rendu coupable. Pas compris ce que les personnages d’Amalric et Devos apportaient au Schmilblick, pas compris pourquoi Sabine Azéma soufflait le chaud et le froid, pas compris la placidité d’Anne Consigny, ni le sens de ce déjeuner dominical avec les enfants.

Mon interprétation du film, ce serait : je suis Alain Resnais, j’ai près de 90 berges, je me fais plaisir et je m’en tamponne le coquillard si vous n’y comprenez rien. Là oui, d’accord. Ton amie chômeuse a trouvé que certaines scènes étaient réussies et magistralement réalisées, notamment quand Dussolier se bat avec les voix qui résonnent dans sa tête, l’incitant à assassiner cette jeune fille qui a le mauvais goût de porter un slip noir sous un pantalon blanc. Mais dans l’ensemble, c’est quand même très long, très cérébral, voire carrément chiant.

J’imagine ceux qui sont allergiques au cinéma français, qui lui reprochent la faiblesse de ses scénarios, des acteurs qui sont toujours les mêmes, des parti pris esthétiques sans rapport avec le déroulé de l’histoire, des dialogues lents et énigmatiques… et je me dis qu’ils sortiront de la salle renforcés dans leur conviction. Sans parler de ce snobisme affiché qui peut aussi rester en travers de la gorge (le film s’ouvre sur les colonnes de Buren du Palais Royal et sur l’achat d’une paire de chaussures Marc Jacobs, Sabine Azéma vit dans un numéro de Marie-Claire Maison et porte, comme toujours, de somptueux manteaux à 10 000$ la pièce).

« Maman, quand je serai un chat, je pourrai manger des croquettes ? ». La dernière phrase du film est pour moi la preuve que Resnais s’amuse ; il met en scène sa meuf en héroïne de bande dessinée : il a bien raison. Mais lui attribuer un prix Exceptionnel, en faire le chantre de la modernité et voir en son film une allégorie de la vie de la mort des papillons et de la métempsychose, ça non. Quand même.

Ton amie chômeuse a vu À l’origine

Dimanche 15 novembre 2009

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À l’origine
, de Xavier Giannoli

De petites escroqueries en vols de voiture, Philippe Miller sillonne les routes de France, tel un VRP de l’embrouille. Il tombe un jour sur un chantier d’autoroute abandonné et décide de passer la nuit dans le patelin pour réfléchir à l’arnaque qu’il pourrait tirer de la situation. En quelques heures, le bruit qu’un ingénieur est venu évaluer la possibilité de reprendre le chantier fait le tour de la région. Des loueurs de machines viennent lui proposer une enveloppe juteuse pour participer aux travaux : Miller se laisse tenter.

La maire fait aménager des bureaux pour ce messie qui porte avec lui la promesse de redynamiser une région lourdement sinistrée par le chômage. Avant même que Miller ait le temps de réaliser l’ampleur de la supercherie qu’il est entrain de mettre sur pieds, les travaux débutent et une autoroute voit progressivement le jour.

L’histoire paraît invraisemblable, et pourtant, elle est inspirée de faits réels. Pourquoi pas, c’est une lapalissade de dire que la réalité dépasse parfois la fiction (on congèle bien des bébés, on décide bien d’éliminer des gens sur des critères d’une validité approximative - je vais faire buter tous les roux tiens, m’emmerdent les roux moi), mais arriver à porter à l’écran un scénario pareil et à le rendre crédible, c’était un défi. Et bien ça marche, on y croit, et complètement même.

François Cluzet, qui ne décroche pas le plus petit sourire pendant près d’une heure, est parfait ; quant à Emmanuelle Devos… Ton amie chômeuse ne te cache pas qu’elle est entrain de développer une admiration de groupie pour cette actrice, pour sa diction et sa voix, pour son regard bleu désabusé, pour ses dents un peu de traviole… De Desplechin à Audiard en passant par les Beaux Gosses, chacune des apparitions d’Emmanuelle Devos me laisse subjuguée ; son magnétisme est tel qu’elle me met souvent mal à l’aise, mais même ça, ça me plait.

Sans être bouleversant ou grandiose, À l’origine est un film juste du début à la fin : la réalisation est soignée, et j’ai déjà parlé de l’interprétation, impeccable jusque dans les plus petits rôles. Xavier Giannoli respecte son spectateur et lui livre un film finement ciselé, simple et touchant. On lui pardonne même l’apparition de Gégé Depardieu, même si elle était inutile et un rien hors sujet.

Lien utile :
A l’origine sur Allociné

Ton amie chômeuse a vu Micmacs à tire-larigot

Dimanche 1 novembre 2009

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Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet
(Requête de Sonia, hésite entre ça et Le Ruban blanc pour sa séance hebdomadaire)

Cette semaine, ton amie chômeuse n’avait envie de rien (en matière de cinéma, j’entends), ni du Petit Nicolas aux yeux bleus fluo, ni de Jean Dujardin, ni même de Jenifer’s Body (et pourtant Dieu sait que je suis scotchée par la puissance sexuelle de cette fille, God knows). L’idée de voir Dany Boon faire des grimaces dans un décors sépia ne me disait rien qui vaille, mais c’était ça ou Haneke, et je n’étais pas d’humeur à m’ouvrir les poignets en sortant du ciné.

Je me disais : Jeunet nous aura encore dressé une galerie de portraits de marginaux attachants, il nous vantera les mérites des petites joies simples à la Amélie Poulain, ce sera parfois drôle, parfois mièvre et on en sortira avec l’impression d’avoir vu un long épisode de ça cartoon. C’est ce que je me préfigurais du film, et c’est exactement ce que je pense maintenant que je l’ai vu.

Pourtant, le début de Micmacs à tire-larigot laissait espérer autre chose. Jeunet campe son personnage en retraçant les événements marquants de son enfance par quelques séquences très brèves où ton amie chômeuse n’a pu qu’admirer la maestria du cinéaste : on comprend tout en une seconde, les images sont belles comme des tableaux, c’est chargé d’humour et d’émotion. Oui, on dirait un peu une pub, mais alors une pub rudement bien faite, il faut le reconnaître.

Ensuite, je me suis prise d’une certaine affection pour Dany Boon, et ça, c’était inattendu. Le portrait qu’en faisait le Monde récemment (oui, ton amie chômeuse se la pète en lisant le Monde parfois, ça a le mérite d’occuper une bonne partie de sa journée) n’est sans doute pas pour rien dans ce revirement de sentiment à l’égard de celui qui m’avait fait perdre foi en l’humanité jadis avec ses Chtis.

On y apprenait que Dany Boon est en psychanalyse depuis des années, qu’il a du mal à aimer sa gueule un peu tordue et qu’il trouve le succès difficile à négocier (tu m’étonnes). Ton amie chômeuse a beaucoup de sympathie pour ceux qui doutent et qui ont le courage de mener une introspection sincère, Dany Boon venait de gagner 100 points.

Forte de cette nouvelle intelligence du comédien, je lui ai trouvé de la finesse, une drôlerie ni lourde, ni vulgaire… bref j’ai kiffé Dany Boon et j’assume (presque). De la géniale séquence du vidéo club aux premiers pas dans l’errance quand il perd son logement et son travail : toute cette première partie lui fait vraiment honneur. Ensuite, ça se gâte, Dany Boon est récupéré par Jean-Pierre Marielle, il rencontre Yolande Moreau, Dominique Pinon et quelques autres rebuts sympathiques qui vivent au paradis de la récup’, c’est le retour d’Amélie Poulain, et c’est énervant.

Une scène m’a particulièrement marquée : Bazil-Dany Boon, qui a perdu son père tout jeune dans l’explosion d’une mine antipersonnelle, assiste au brillant discours d’un fabricant d’armes. Au milieu des applaudissements et des vivats, le visage de Bazil s’effondre doucement, et une larme roule sur sa joue. J’ai trouvé ce plan magnifique, tout y était. Rien que pour cet instant, je me range du côté des pro-Micmacs à tire-larigot.

Lien utile :
Les séances