Archive pour décembre 2009

Ton amie chômeuse a vu Nosfell en concert

Samedi 19 décembre 2009

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Nosfell, à l’Alhambra
(Requête de Chris, estime que, pour le salut de mon âme, je ne dois pas mourir sans avoir vu ça)

La première chose que ton amie chômeuse a noté au concert de Nosfell, c’est la diversité des genres représentés dans la salle. J’ai été bousculée par une jeune fille serrée dans un corsage en vinyle noir, coupe de cheveux manga, silhouette surréaliste de femme fatale échappée d’une bande dessinée. J’ai croisé des dreadlocks, des calvities débutantes et confirmées, des couples de tous âges, des jeunes hommes solitaires. On me souffle à ma droite que dans le passé, Nosfell a joué à la Salle Pleyel, mais aussi en première partie des Red Hot Chili Peppers : pas de doute, l’artiste séduit un public hétéroclite.

L’explication ne tarde pas à venir : à l’intérieur de cet homme se cachent toute une population, tout un pays, tout un monde dans lequel chacun peut trouver écho à ses propres misères. Nosfell chante d’une voix haut perchée, mélancolique et angoissante car elle semble traduire un désespoir inconsolable, un peu comme celle d’Anthony. Il balade un œil inquiet sur la salle, il grimace, se tort les bras, on le sent gêné d’être là, il répond « merci c’est vraiment très gentil » aux applaudissements.

Et l’instant d’après, il chante d’une voix basse et sensuelle, on ne l’imagine plus du tout en enfant autiste mais plutôt en amant ténébreux. Lorsqu’il a enlevé son tee-shirt et dévoilé un torse impeccablement musclé et tatoué, ton amie chômeuse était plus émue qu’à un spectacle des Chippendales. Et c’est là que Nosfell s’est mis à danser. Emporté par les légendes de son pays fantasmé, quasiment en transe, il rampe, tourne et se plie avec la grâce d’un danseur étoile. Difficile de croire que quelques secondes auparavant, il m’avait fait penser à un mélange entre Eric Judor et Valérie Lemercier dans le sketch de L’Ecole des Fans Morts.

Que se passe-t-il dans la tête de Nosfell ? On croirait un fou, un enfant ou un sage. Il s’est inventé un pays qu’il n’a pas peuplé de Bisounours (c’est ce qu’aurait fait ton amie chômeuse) mais de villageois mangeurs d’enfants, de femmes à qui on coupe la langue, de jeunes hommes chassés par la famille ou le carcan des traditions et qui errent sans fin dans d’hostiles paysages… Il raconte ces légendes terrifiantes avec un décalage si charmant que l’on rie franchement, c’est le retour d’Eric Judor. Il est à la fois magnétique et dérangeant, énervant même, ensorcelant quand il surprend son audience avec un rythme bien senti (le couple devant moi se déhanche à mort sans pour autant se désolidariser d’un pouce, une performance).

Ton amie chômeuse a été séduite par le personnage. J’ai aimé sa musique quand elle était nuancée et changeante, pas quand il reste coincé dans sa voix de femme, mais c’est affaire de goût. Nosfell a une capacité étonnante à plonger dans sa tête, mais ce qui est remarquable, c’est qu’il emporte les autres dans son délire, ce qui le distingue résolument du fou, et fait de lui une sorte d’enfant messianique… Un sage peut-être.

Lien utile (un morceau sur Deezer, pas réussi à mettre le player dans le billet, suis une brêle) :
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Ton amie chômeuse a vu La Route

Mardi 15 décembre 2009

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La Route, de John Hillcoat
(Requête de Mela Nisette : hésite)

Oulala, lala, lala. Faut-il que je tienne à mon métier de chômeuse professionnelle pour m’imposer pareille épreuve. Ma cliente hésite à aller le voir, elle a raison. Attention ami lecteur, tu commences à me connaître, les lignes qui suivent n’ont pas vocation à être objectives ni même à remplacer une bonne vieille critique de cinéma. Je vais seulement te dire comment j’ai vécu la séance, et surtout comment j’en suis sortie.

The Road, c’est deux heures de cauchemar ininterrompu. Pas un souffle d’espoir, pas une seconde de lumière ne vient soulager le spectateur, des scènes d’apocalypse succèdent à des visions d’horreur, ton amie chômeuse a trouvé ça plus qu’éprouvant.

La fin du monde est arrivée, la vie a déserté la surface de la planète : plus d’animaux, de plantes, ni d’arbres, tout est recouvert de cendres, les couleurs n’existent plus, et les hommes qui ont survécu ont faim. Et qu’est-ce qu’on fait quand on a faim ? On bouffe de l’humain. De véritables battues sont organisées pour chasser ceux qui n’ont pas eu le courage de mettre fin à leurs jours pour échapper au viol, au meurtre et au cannibalisme.

Un homme qui n’a jamais pu se résoudre à loger une balle dans le crâne de son fils erre sur la route avec lui. Il sait qu’il ne peut rester immobile très longtemps sans risquer d’être découvert et chassé, il avance sans relâche, fouillant les maisons qu’il croise dans l’espoir d’y trouver quelque chose à donner à manger à son fils. En fait de nourriture, il trouve des hommes enfermés dans une cave qui sert de garde-manger à quelques autres.

Il pleut sans arrêt. Le père et le fils n’ont de sujet de conversation que celui qui consiste à débattre du moment opportun pour se donner la mort. Ils souffrent et vivent dans la terreur constante, et force est d’admettre que cette atmosphère insoutenable est très, très bien rendue par la mise en scène, la photographie, et le jeu des acteurs (Viggo Mortensen est-il le plus grand acteur de sa génération ? Ton amie chômeuse tape sur « 1 » sans hésitater).

Résultat : une nausée tenace, des jambes qui tremblent et un sentiment d’insécurité et de violence obscène rien qu’à marcher dans la rue (entre les vitrines de luxe et ceux qui commencent à se peler sévère dans leurs sacs de couchage). Ton amie chômeuse est sans doute une lopette (j’ai trouvé Le drôle de Noël de Monsieur Scrooge assez angoissant), mais j’ai mis trois bonnes heures à retrouver un rythme cardiaque normal, et pour l’appétit, il faudra repasser.

Lien utile :
Allociné

Ton amie chômeuse a vu La Famille Wolberg

Dimanche 13 décembre 2009

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La Famille Wolberg, d’Axelle Ropert
(Requête -indirecte- du journal Le Monde)

Ton amie chômeuse est à la bourre dans ses billets (c’est qu’à l’approche de Noël, on ne peut plus chômer tranquille), elle est sensée aller voir The Road pour une cliente, et elle ne s’est même pas encore exprimée sur ses sorties cinéma de la semaine, bref, c’est 2012 sur M.A.C. Voici donc une séance de rattrapage sur La famille Wolberg.

Comme tu ne le sais pas encore ami lecteur, ton amie chômeuse récupère Le Monde une fois qu’il a été parcouru par son abonné de voisin. L’homme en question est au courant bien sûr (pas depuis très longtemps, mais il l’est). En échange je lui fais une petite revue de presse quand on se croise dans l’escalier (« Alors ? Quoi de neuf dans le monde ? » « Bah, c’est le bordel, Copenhague, la grippa, le débat sur l’identité nationale… Et en plus les éoliennes filent la nausée aux riverains. » Il hoche la tête et file au boulot).

Or dans Le Monde, que je tiens pour un journal sérieux qui tache les doigts, il y avait un article dithyrambique sur le premier film d’Axelle Ropert, la Famille Wolberg. Quand on promet à ton amie chômeuse « un petit miracle de sensibilité et de drôlerie », elle ne fait ni une ni deux et file au Gaumont le plus proche.

À l’évidence, le film se veut décalé : les dialogues et les relations entre les personnages nous viennent tout droit de la 4ème dimension. Du jeune Benjamin qui discute avec son oncle du bien-fondé d’être ou de ne pas être dans la vie (ils joueront ensuite à sautiller d’un côté et de l’autre de la vie), au papa qui annonce calmement à sa femme et à sa fille qu’elle sont « deux idiotes ». Dans la famille Wolberg, pas de tabou : on gère l’adultère parental en famille, et on déteste ouvertement les blonds.

Tout ça dans un décor de petite ville sinistre, papier peint désuet et vieux vinyles de blues noir américain (« encore cette chanson triste ! » « mais j’aime bien être triste mon chéri »). Le film a tellement essayé d’être cool à force d’être kitsch et différent qu’il est complètement passé à côté de son objectif. C’est comme les vendeuses qui disent « c’est très tendance », ou pire « c’est in », sans se rendre compte qu’il n’y a pas plus ringard que d’essayer d’être tendance.

Ton amie chômeuse ne voit ni sensibilité ni drôlerie là-dedans, et surtout pas d’originalité. Pour ceux qui auraient néanmoins absolument envie d’assister aux déboires d’une famille juive, le film existe également en version new-yorkaise avec The Squid and the Whale (sorti en 2005).

Liens et infos utiles :
François Damiens, qui joue le père, est le pervers le plus hilarant de l’histoire du film belge dans Dikkenek, un film que ton amie chômeuse te recommande chaudement.
The Squid and the Whale sur Allociné (Les Berkman se séparent en français, 10/10 pour la traduction du titre)
La Famille Wolberg sur Allociné

Ton amie chômeuse devient érudite (en live dans ta télé)

Lundi 7 décembre 2009

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Dernier opus des aventures de ton amie chômeuse dans ta télé, et dernier chantier existentiel exploré grâce au chômage : devenir (enfin) érudite.

Aujourd’hui ton amie chômeuse s’enquille des films, des bouquins et des langues vivantes au kilomètre parce qu’elle sait tirer profit de son temps libre (et aussi parce qu’elle s’emmerde).

Infos et liens utiles :
- Attution, comme la 1ère fois, il y a trois vidéos d’affilée.
- Tu peux aussi revisionner toutes les vidéos jusqu’à plus soif sur Youtube : http://www.youtube.com/user/monamiechomeuse

Ton amie chômeuse apprend le chinois

Dimanche 6 décembre 2009

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(Requête de Spoke, projette d’apprendre le chinois en vue d’un possible séjour prolongé là-bas)

Parmi les regrets fréquemment formulés par les amis travailleurs qui courent après le temps, on trouve :
- Prendre soin de soi, pratiquer une activité sportive régulière, manger cinq fruits et légumes par jour (et fumer nuit à votre entourage) ;
- Passer plus de temps en famille, ne pas perdre patience au bout de 17 secondes quand Papy raconte une anecdote, apprendre par cœur les dates de naissance de ses cousins, noter une bonne fois pour toutes le prénom du petit Léon, non Jules (non Louis) ;
- Et enfin, apprendre une nouvelle langue, généralement l’arabe, l’hébreu, l’italien, ou le chinois.

Il ne t’aura pas échappé, ami lecteur, que ton amie chômeuse est obsédée par l’idée d’être compétitive sur le marché du travail. C’est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers le chinois, parce que la Chine va tous nous bouffer, comme le disait un professeur philanthrope quand j’étais encore à l’école du chômage.

Pour être parfaitement honnête, je n’étais pas tout à fait débutante. En classe de Seconde, l’incroyable pouvoir de conviction de mon amie N. m’avait amenée à m’inscrire en « Option chinois ». Son pouvoir fut néanmoins insuffisant sur le long terme, et j’abandonnai sitôt après avoir réalisé qu’il me faudrait quinze ans de travail pour arriver à héler un taxi à Shanghai.

Une dizaine d’années plus tard, j’étais enfin devenue chômeuse, je me suis inscrite au CNED pour reprendre mon ouvrage. Je peux dire avec une certaine satisfaction que les premières leçons m’ont paru très faciles, car enfin, il me restait tout de même quelque chose de ces heures sacrifiées à la nonchalance adolescente. Avec une volonté de fer, je me suis attablée tous les matins devant mes livres de chinois, répétant vaillamment la littérature sur CD qu’on voulait bien m’apprendre (« A qui est ce livre ? Ce livre est à Petit Ma. Ah bon, il est à Petit Ma ? Absolument, il est à Petit Ma »). Je dois prévenir mon client : cette aisance a été de courte durée.

Difficile de ne pas se décourager quand on a dessiné un sinogramme 70 fois d’affilée et qu’on ne sait plus le lire le lendemain. Car c’est bien là que réside la difficulté du chinois : il faut apprendre à dessiner les signes, à les reconnaître, mais surtout à les prononcer. Et laisse moi te dire ami lecteur que cette histoire de tons n’a rien d’une légende, le mot « ma » peut vouloir dire « maman », « cheval », « rugueux » et j’en passe, selon qu’on le prononce de telle ou telle autre façon. On est angoissé par le nombre de quiproquos potentiels au moment de mettre en pratique avec des vrais chinois de Chine, et on a raison.

Mais l’apprentissage d’une langue qui n’a rien à voir avec le français (inutile d’essayer de rajouter des O et des A comme en italien par exemple) permet surtout de découvrir une toute autre façon d’appréhender le monde. En chinois, pas d’alphabet, pas de conjugaison ni de grammaire : les mots deviennent des concepts qui prennent leur sens des parties qui le composent.

Dans l’écriture du mot « être » par exemple, on trouve le soleil, et le signe de ce qui est droit, juste. « Etre » devient : ce qui est juste sous le soleil. A défaut de pouvoir mener une conversation usuelle, ton amie chômeuse s’enrichit chaque jour du point de vue d’une autre civilisation. Et de temps en temps, on a une bonne surprise : le mot coca-cola s’écrit 可口可乐, mais se prononce kě kǒu kě lè. Ca n’a l’air de rien mais ça fait plaisir de savoir dire ça ; au moins ça.

Tu pourras mesurer la dévotion de ton amie chômeuse le  lundi 7 décembre, puisque je publierai une vidéo qui te donnera un aperçu du quotidien solitaire de l’apprentie sinologue (nb. l’auteur n’est pas certaine que ce mot existe, ou qu’il ait le sens voulu dans la phrase).

Infos utiles :
- Le CNED assure une formation très honnête pour 180€ pour un module de 60 heures (à valider en 8 mois maximum ) : ça ne remplace pas un prof, mais c’est la solution la moins onéreuse.
- L’Inalco (Institut National des Langues et Civilisations orientales, Paris 19ème) propose des cours à 540€ pour un semestre de 60 heures de cours. Je n’ai pas testé, mais l’institut est réputé.
- Mon conseil pour débuter, c’est ce livre absolument génial de Joël Bellassen, sobrement intitulé Méthode d’Initation à la langue et à l’Écriture chinoises. Il y a deux volumes accompagnés d’un support audio. Je n’ai pas trouvé mieux : c’est à la fois pédagogique et très intelligemment expliqué, on en ferait presque un livre de chevet.
- Tu peux aussi commencer par apprendre toutes les parties du corps humain, grâce au schéma qui illustre ce texte (il va te falloir décrypter cinq sinogrammes pour pouvoir commencer à faire des blagues avec le mot “pénis”. Un vrai défi.)