Archive pour mars 2010

Ton amie chômeuse a vu l’expo Turner

Lundi 29 mars 2010

turner

Exposition Turner et ses peintres, Grand Palais
(Requête d’Anne-Laure, se demande si ça vaut le coup de faire l’aller-retour de Montpellier )

Le vrai problème avec le Grand Palais, c’est le monde. Même à 16H30 un mercredi, ton amie chômeuse a fait la queue pendant pas moins de 45 minutes, pire que pour Space Mountain. Ce serait sans doute supportable s’il n’y avait pas ce joueur de clarinette qui s’évertue à faire de l’attente un calvaire auditif. Et cette dame qui, fatiguée d’attendre debout, nous a demandé de se souvenir qu’elle était avant nous dans la queue avant d’aller s’asseoir sur un banc un peu plus loin. « Vous vous souvenez de moi ? J’étais avant vous, regardez, vous vous rappelez de mon foulard à fleurs ? C’était moi, j’étais là ! ». Oui, oui, madame, nous nous souvenons, inutile de nous agiter votre carré de soie sous le nez.

Fatalement, une fois entrés dans le bâtiment, ce n’est pas mieux. Il faut se faufiler entre les groupes pour apercevoir les toiles, jouer des coudes pour lire les cartels. Cartels qui d’ailleurs sont très bien faits : ton amie chômeuse regrette souvent le manque de générosité des commissaires français à ce sujet, comme si nous étions tous historiens de l’art et qu’une simple date nous suffisait à contextualiser une œuvre. Les Anglais sont souvent plus loquaces, et il semble que les commissaires de l’expo Turner aient suivi leur exemple, c’est une bonne nouvelle.

Les explications fournies permettent de comprendre les influences de Turner : on retrace son parcours artistique en découvrant au passage les chefs d’œuvre qui l’ont inspiré. Ton amie chômeuse était accompagnée de son amie balèze en art, ce qui a rendu sa visite encore plus instructive. C’est elle qui d’un regard sélectionnait les toiles à ne pas manquer dans une salle et qui proposait d’en sauter d’autres prises d’assaut par les visiteurs. C’est grâce à elle que mon jugement sur un Rembrandt est passé de « bof, on comprend rien, en plus c’est sombre et le bonhomme est moche » à « c’est un truc de dingue ce ciel, ce mec est un génie ».

Certains seront peut-être déçus de ne trouver aucune aquarelle du peintre, et de voir peu des couchers de soleil qui laissent sans voix à la Tate Britain (oui ton amie chômeuse se la pète en insinuant qu’elle est une habituée de la Tate Britain, absolument). Il n’empêche que je n’ai pas trouvé inintéressant de voir les errances de Turner, la façon qu’il avait de vouloir rivaliser avec les plus grands, de suivre des « tendances » pour récolter un peu de gloire et de fortune. Bien sûr, il n’est jamais si extraordinaire que lorsqu’il peint la lumière. On est littéralement captivés par ses paysages sans contours, ses formes vaporeuses qui ne veulent pas illustrer la réalité mais faire ressentir la force d’un instant.

Ton amie chômeuse a voulu rentabiliser le prix du billet (8 € en tarif ami chômeur, 11 € en tarif normal, c’est le second inconvénient du Grand Palais) en assistant à la conférence « Turner et les maîtres français de Claude le Lorrain à Watteau ». Mais au Grand Palais, on ne trouve pas de répit : l’auditorium était bondé. Arrivés quelques minutes en retard, nous avons été regardés de travers par toutes les têtes blanches, installées depuis des heures sans doute, qui ont finalement consenti à nous laisser accéder aux quelques places restantes. La conférencière, anglaise de son état, a eu toutes les peines du monde à lire son texte en français. Elle butait sur tous les mots, et ton amie chômeuse, bercée par ses hésitations à répétition (sujet, verbe, verbe, verbe, complément), s’est endormie. J’ai voulu être trop zélée, ça m’apprendra.

En somme, si l’expo est intéressante et bien menée, ton amie chômeuse ne saurait recommander à sa cliente de se cogner 3H30 de train pour la visiter, tant le monde rend l’expérience sportive. Le site de la RMN propose un parcours virtuel auquel je n’ai rien compris, mais peut-être que quelqu’un de plus malin que moi s’en sortirait…

Infozéliens :

Illustration : Tempête de neige, 1842
Site de l’expo, avec visite virtuelle, dates des conférences, conditions d’accès, etc.


Ton amie chômeuse a vu l’Arnacoeur

Vendredi 26 mars 2010

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L’Arnacoeur, réalisé par Pascal Chaumeil
(Requête de Paul, « mais arrête d’être con je te dis que c’est super » )

Quand ton amie chômeuse a vu l’affiche de l’Arnacoeur, elle s’est dit qu’il fallait au moins saluer la transparence des intentions : « eh les gars, on dirait que ce serait une comédie américaine, d’accord ? ». J’en serais restée là si je n’avais pas fait face quelques heures plus tard à un intense lobbying en faveur du film. Monaco, vraiment ? “C’est une carte postale, le décor édulcoré idéal !” Vanessa Paradis, vraiment ?  “Son personnage est anecdotique, elle ou une autre, ce n’est pas le sujet, je t’assure !”.  Finalement, l’argument décisif (et pas très glorieux) est tombé : ça met de bonne humeur. Banco, c’est exactement ce dont manque ton amie chômeuse.

Amis lecteurs : ça marche. Tous les bons souvenirs de comédie romantique me sont revenus, les Clueless, les Pretty Woman, les Quatre mariages et un enterrement… Moi qui pensais que le temps du délicieux frisson juvénile au cinéma était derrière moi pour toujours, quelle surprise ! Ici, pas de message humaniste ou de finesse subtilement dissimulée. C’est drôle, et c’est tout.

Nous sommes à Monaco, Vanessa Paradis se chausse chez Céline, son futur mari est à la fois beau, riche et philanthrope : bref, nous sommes dans un monde qui n’a qu’un rapport lointain avec la réalité. Romain Duris est briseur de couples professionnel : irréaliste vous dis-je (et pourquoi pas une chômeuse professionnelle tant qu’on y est ?). Le décor ainsi posé, le réalisateur peut dérouler son histoire rocambolesque et neuneu à souhait, on est tout disposés à le suivre dans le monde merveilleux de la comédie romantique.

Ton amie chômeuse a ri de bon cœur, et elle est sortie de bonne humeur ; on ne lui avait donc pas menti. Quelques jours après néanmoins, je suis incapable de me rappeler ce qui m’a plu : le charme retombe comme un soufflé quelques heures après la fin du film, peu d’anecdotes juteuses ou de phrases choc me reviennent en mémoire. Mais il me reste le souvenir physique du moment agréable, un bénéfice du cinéma que j’avais oublié et qui pourtant est tout aussi valable que les autres.

Il me reste aussi le visage de François Damiens que je peux convoquer dans les moments difficiles (La Famille Wolberg, bouh, m’avait privée momentanément de ce plaisir, mais les choses sont rentrées dans l’ordre).

Infos et liens utiles :

Ton amie chômeuse n’est pas radicalement anti-Vanessa. J’arrive à imiter son timbre de voix, et j’amuse mes amis depuis mon plus jeune âge avec mon interprétation très réaliste de « Jo le taxi ». Je lui en sais gré.

Allociné

Ton amie chômeuse a vu Fleur du désert

Mercredi 17 mars 2010

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Fleur du désert, de Sherry Hormann
(Requête de JaySee, overbusy, intrigué par les affiches)

Comme son client, ton amie chômeuse ne savait rien de ce film. À vrai dire, je n’avais jamais entendu le nom de Waris Dirie non plus, bien qu’elle soit (je le sais maintenant) un ancien top model international et une ambassadrice de l’ONU.

Le film commence comme un Ushuaia Nature : nous sommes dans le désert somalien, la petite Waris semble chaleureusement entourée par sa famille, elle recueille les bébés moutons et gambade gaiement sur une musique entraînante. Un jour, son père lui annonce qu’elle sera la quatrième épouse d’un vieillard édenté : elle décide de fuir le village pour se rendre à Mogadiscio, à pied.

Après avoir survécu à la traversée du désert, Waris doit encore survivre à ce que lui réserve le reste de sa famille. Sa grand-mère l’envoie à Londres, où un oncle a été nommé ambassadeur. Pendant six ans, elle sera traitée en esclave par l’oncle et sa famille, avant que l’ambassade ne ferme. Waris a alors 18 ans, elle commence à errer dans les rues, et tombe sur une jeune femme rigolote et un peu déjantée, Marylin, qui l’héberge et l’aide à s’insérer progressivement dans la classe prolétaire anglaise.

Alors qu’elle nettoie le sol dans un fast-food, elle est repérée par un photographe de renom (qui mange chez Burger King, comme tous les photographes de renom), et bim, la voilà top model, le conte de fée débile, en somme.

Mais le film est censé traiter d’une question autrement plus importante : celle de l’excision. Il semble que la réalisatrice ne sache pas très bien comment s’y prendre pour concilier Le Diable s’habille en Prada avec la boucherie que Waris Dirie (la vraie) s’est acharnée à dénoncer toute sa vie.

La première évocation du sujet arrive à la faveur d’une partie de jambes en l’air que s’offre Marylin l’anglaise avec un homme rencontré en boîte. Waris, qui a été élevée dans d’autres conventions, s’offusque des pratiques de son amie. Une minute après néanmoins, elle comprend que ce qu’elle a vécu est anormal (ah, si vite ? Bon).

Honnêtement, ce n’est pas un bon film. Quand Waris parle enfin de ce qu’elle a enduré à une journaliste, puis lors d’une conférence à l’ONU, on filme les visages en larmes des femmes qui l’écoutent, des fois que le seul récit n’aurait pas suffi à faire comprendre le caractère insupportable de l’excision. On flirte aussi avec le romantisme dégoulinant quand Waris va sonner chez un homme qu’elle a rencontré brièvement dans une boîte de nuit à Londres, quelques années auparavant : il est avec une femme, déception, fuite, larmes, mais on apprend un peu plus tard que en vrai c’était sa colocataire et non sa gonzesse ! Ouf, le conte fée débile est sauf.

Malgré tout, le film parle d’excision. L’excision nom de Dieu, le fait de couper le clitoris, les petites et grandes lèvres des petites filles avec un rasoir plus ou moins rouillé, et de recoudre la plaie en laissant une ouverture de quelques millimètres à peine. Six milles petites filles par jour, dont peu survivront, entre celles qui se vident de leur sang, celles qui meurent de l’infection qui se développe et celles qui succombent plus tard aux complications liées à la mutilation.

Le tout pour garantir la virginité au futur mari, qui aura le privilège d’ouvrir sa femme avec un couteau le soir des noces. Dans ce film, l’héroïne est sauvée par le grand capitalisme qui lui permet d’exposer son corps nu pour le calendrier Pirelli. À la limite peu importe, pourvu qu’elle contribue à faire parler de ce qui n’est rien d’autre qu’un crime contre l’humanité.

Lien utile :
Allociné

Ton amie chômeuse a vu Mayday Mayday !

Lundi 15 mars 2010

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May Day May Day, au théâtre de la Passerelle, Paris 20ème
(Requête d’Isabelle Rigolo, habite aux États-Unis, c’est vrai que ça fait loin pour une soirée au théâtre)

Quand on attend dans le hall du petit théâtre de la Passerelle, on regarde les affiches des spectacles passés ou à venir : « Aventuriers des mers », « Pantin des bois »… Tiens. « Neuf mois dans ton ventre », allons bon. Ton amie chômeuse cherche des informations sur le spectacle qu’elle s’apprête à voir et lit sur un tableau noir « Pour l’organisation de vos goûters d’anniversaire… ». Je commence à me demander si je suis dans la cible. Je feuillette le magazine posé sur la table : c’en est trop, on me traite de « jeune maman » à toutes les pages. Pourtant, les gens qui sont assis autour de moi (la petite dizaine de personnes qui constituera le public) sont tous majeurs. Bizarre, me dis-je.

J’ai tout juste eu le temps de me rencarder sur le mythe de Médée sur mon Blackberry-oh-yeah (oui, ton amie chômeuse, dont l’activité est en plein boom, a dû s’équiper… Gros, gros succès du chômage en ce moment), puis nous avons été conviés (tous les dix) dans la salle.

Médée entre en scène, elle est drapée, et parle avec solennité. Elle a une très belle voix, qui porte loin, du type ‘j’ai avalé un ampli’. Ensuite, deux clowns arrivent sur scène et perturbent la représentation. Le spectacle est une “réinterprétation” du mythe de Médée. C’est à dire que les clowns interrompent la tragédienne à l’envi, brisent allégrement le 4ème mur en se promenant dans le public : bref, nous sommes dans le comique de situation et l’irrévérence.

Pour être parfaitement honnête, ton amie chômeuse doit préciser qu’elle n’a jamais eu de feeling avec les clowns (et qu’elle déteste le cirque, surtout quand il y a des animaux, les pauvres bêtes). Je ne suis donc pas une très bonne juge de l’univers burlesque et du comique de gestes, pour ne pas dire que j’y suis totalement hermétique.

Ton amie chômeuse ne nie pas l’inventivité du spectacle : la musique électro jouée sur scène et en direct devient un protagoniste à part entière, et Médée est aussi impliquée et captivante en tragédienne qu’en sorcière échevelée. Mais rien à faire, je n’aime pas tellement quand le public est pris à parti comme chez Guignol (surtout quand il est si clairsemé), et je n’ai pas été sensible aux jeux de mots des deux clowns que j’ai trouvé aussi indigestes que les déformations d’expressions populaires dans Micmacs à tire-larigot

Ton amie chômeuse retournera au théâtre de la Passerelle quand elle aura des enfants. Pour l’instant, toutes ces pièces revisitées (voir Phèdre ici)  m’ont donné envie d’aller voir des tragédies classiques, comme une grosse réac aigrie, absolument.

Liens et infos utiles :
MySpace du spectacle
Tarifs et réservations ici

Ton amie chômeuse a vu l’expo Soulages

Vendredi 5 mars 2010

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Exposition Pierre Soulages au centre Pompidou
(Requête de la pression sociale)

Il semblerait que quiconque vivant à Paris et n’ayant pas vu l’expo Soulages soit un tocard (amis parisiens, il vous reste jusqu’au 8 mars, magnez-vous donc). Ton amie chômeuse ne veut pas cumuler les tares : j’y suis allée aujourd’hui. J’admets que j’étais inquiète, car les échos que j’ai eus étaient tout bonnement dithyrambiques. Or, je me connais (un peu… enfin pas tellement, bon ce n’est pas le sujet), et je savais qu’il y avait une mini-probabilité pour que je passe complètement à côté de cet art monochromatique (« ouais bon c’est noir quoi… T’as vu la coupe du mec ? C’est un mullett ou pas ? Hein ? »).

Premières salles, « brous de noix sur papier » : je regrette de ne pas avoir pris d’audio-guide. À défaut, je me colle derrière un monsieur qui décrit chacune des œuvres à une dame qui ne doit plus voir très clair, mais c’est déjà trop tard, je suis captivée par la classe d’adolescents qui s’ébroue un peu plus loin. Leur professeur leur a donné une fiche avec une liste de questions, sans doute pour les forcer à se concentrer un peu. Ton amie chômeuse est désolée pour eux.

Salles 2, 3 et 4, « Années 50-70 et Noir sur Blanc », je suis le troupeau adolescent, fascinée par le sens du style des jeunes filles. L’un des élèves est en fauteuil roulant, il essaie de remplir sa fiche, mais le camarade chargé de le pousser le déplace toutes les secondes pour laisser passer des visiteurs. Il proteste (« mais arrête de bouger, putain ! »), il en est à sa quatrième rature, j’échange une œillade complice avec le camarade-pousseur.

Nous passons dans un couloir sombre, je me trouve face à trois toiles noires qui réfléchissent une lumière qui semble venue d’ailleurs. Je ne fais plus attention aux adolescents et m’attarde sur cet étrange triptyque, ses reliefs, ses lignes impeccablement parallèles… Puis j’entre dans la grande salle.

Je me suis sentie absorbée par l’immensité des toiles qui s’y trouvent. Le choc. Et voilà ton amie chômeuse en contemplation mystique devant une vaste étendue noire, simplement traversée par un profond sillon, comme une cicatrice. Elle prend des reflets dorés quand je tourne autour d’elle, je n’arrive pas à m’arracher à la puissance de cette vision. Je me sens bien, j’ai quelques frissons dans la colonne vertébrale (je me dis « ça alors »).

La réalité de l’exposition à succès me rattrape quand je m’assois dans la salle de projection un peu plus loin. Les gens sont assis par terre, serrés les uns contre les autres, une dame crie « Aïe ! » parce que quelqu’un lui a marché dessus, une autre fait tomber son sac et se retrouve à tâtonner à quatre pattes pour retrouver son téléphone portable. Il n’empêche, je sors de là agréablement étourdie, un peu stone, ravie de ces quelques minutes en tête-à-tête avec l’Outrenoir.

Dans le film, le peintre dit « Et c’est là que j’ai compris que c’est important, l’art ». Ton amie chômeuse est soulagée*.

* Ce jeu de mot est la propriété intellectuelle de M.

Lien et infos utiles :
Centre Pompidou
Jusqu’au 8 mars (vite).
Ton amie chômeuse te prévient néanmoins que le vendredi à 14H, il y a du monde, donc le week-end ça doit être pire que chez Ikea.