Archive pour avril 2010

Ton amie chômeuse a vu La Comtesse

Mardi 27 avril 2010

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La Comtesse
, de Julie Delpy

(Initiative personnelle)

Elzébeth, issue d’une noble famille hongroise, est préparée dès le plus jeune âge par sa mère à vivre dans la violence d’un monde d’hommes. Etre élevée à la dure au 17ème siècle, ça ne signifie pas être privé de Wii quand on a merdé son contrôle de math, mais assister aux supplices infligés aux voleurs de chevaux, être avertie qu’on sera bientôt vieille et sans intérêt, et devoir épouser un homme à qui on est promise dès la naissance.

Le mari en question n’est pas exactement un tendre, c’est un illustre guerrier qui aime manger son goûter assis sur une haute pile de Turcs démembrés. Elzébeth est réputée pour sa grande intelligence et sa gestion rigoureuse de leur immense fortune : le couple est craint et respecté de tous, jusqu’au Roi.

A la mort de son mari, Elzébeth tient à conserver son statut de femme de pouvoir. Elle découvre que sa faiblesse réside à l’endroit du cœur lorsqu’elle tombe éperdument amoureuse d’un jeune homme de 20 ans son cadet, Istvan Thurzo (PS : Daniel Brühl, I love you).

Quelle femme étonnante que cette Julie Delpy, qui nous avait gratifié il y a trois ans d’un Two days in Paris drôle et subtile, et qui nous revient avec l’histoire costumée d’une comtesse dont la vie a alimenté toutes les légendes (tout ça parce qu’elle aurait tué quelques vierges pour se baigner avec leur sang, bon… que celui qui n’a pas ses petites manies dégoûtantes lui jette la première pierre. Quand j’étais petite je mangeais mes crottes de nez. Voilà, tiens, j’ouvre le bal).

Le point commun entre ces deux films, c’est résolument l’intelligence de leur réalisatrice qui transparait dans le moindre dialogue au phrasé impeccable et si particulier. Elle brosse le portrait d’une femme à la fois aimante et sanguinaire qui souffre dans sa chair, et vraiment, elle le fait avec maestria, ton amie chômeuse en est restée bouche bée.

Lien et info utiles :
Allociné
Il y a litige sur l’orthographe du prénom de la Comtesse, mais il m’a semblé que c’était comme ça… Pardon si ce n’est pas le cas.

Ton amie chômeuse est allée au musée des arts déco

Lundi 26 avril 2010

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Exposition Histoire idéale de la mode contemporaine vol. I : 70-80 au musée des Arts décoratifs à Paris

(Requête de ma maman)

Selon le contexte et l’humeur, le terme « mode » peut appeler dans la tête de ton amie chômeuse des images très différentes. Si je suis en compagnie des gardiens actuels du fashion temple, ceux qui disent « ma chérie », « souliers » (et non « chaussures ») ou encore « elle ne sait même pas marcher sur du 12, la pauvre fille », je plonge dans une tristesse teintée de révolte. Les images du film Gomorra me reviennent, je pense aux mannequins de 16 ans/16 kg, je pense aux stylistes mégalomanes, je pense aux magazines féminins qui titrent « On craque toutes pour », et j’ai envie d’aller coller des bombes dans les défilés et aux sièges des rédactions.

Mais parfois, le mot « mode » retrouve les contours que je lui connaissais quand j’étais petite. La mère et la grand-mère de ton amie chômeuse travaillaient toutes deux à la maison, elles confectionnaient des tenues sur-mesure allant du simple tailleur à la robe de mariée la plus sophistiquée. Elles recevaient leurs clientes pour des essayages sous les yeux ébahis de ta jeune amie pas encore chômeuse et organisaient parfois quelques défilés privés pour montrer leurs dernières créations. J’ai grandi en prenant garde à ne pas marcher sur les épingles qui jonchaient le sol, j’appelais ma mère de toutes mes forces quand on montrait quelques images des défilés au journal de 13H, je récupérais les chutes de tissus pour improviser des robes à mes Barbie.

La mode, c’est la dextérité des mains de ma grand-mère lorsqu’elle coupait des patrons, c’est ma mère qui se baissait pour rectifier l’ourlet de la future mariée, c’est la douceur de ces après-midis passés à les regarder faire.

Comme pour raviver ces souvenirs enfouis, c’est en compagnie de ma daronne que je suis allée voir l’exposition intitulée « Histoire idéale de la mode contemporaine », au musée des arts décoratifs, rue de Rivoli.

Ce qui est curieux dans ce musée, c’est qu’on a toujours l’impression d’être entré par effraction pendant les heures de fermeture. Les éclairages très ponctuels donnent aux vitrines des allures un peu lugubres, et les vêtements qui y sont exposés ont l’air d’être morts depuis longtemps. Des tenues figées sur des mannequins en plastique, des images de défilés diffusées sur des petits écrans : on ne peut pas dire que l’exposition soit très moderne, gaie ou attrayante.

Les cartels relatent l’essor du « Prêt-à-porter » sous l’impulsion d’Yves Saint-Laurent et expliquent que l’introduction de la musique dans les défilés a constitué une mini révolution. Ton amie chômeuse a regretté que ces audaces ne soient pas davantage contextualisées et mises en rapport avec ce qui se passait hors des podiums à la même époque. Il est évident que la mode est le reflet de bien plus qu’elle-même, mais ce sera à chacun de déterminer dans quelle mesure.

Nous avons croisé Jean-Charles de Castelbajac, qui a l’air charmant, et une demi-douzaine de modeux déguisés en Sliimy qui l’étaient beaucoup moins. Mais comme j’étais accompagnée de mon filtre magique qui transforme le cirque des tendances en délicieuse madeleine de Proust, je n’ai pas eu d’envies terroristes cette fois-ci. Même j’ai complimenté l’ersatz de Mademoiselle Agnès sur son sac, tellement j’étais dans de bonnes dispositions. C’est dire.

Liens et infos utiles :
Exposition jusqu’au 10 octobre 2010, pas le feu
Photo : défilé Rykiel printemps été 2008 © DR

Ton amie chômeuse a vu Alice au pays des merveilles

Lundi 19 avril 2010

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Alice au pays des merveilles, Tim Burton
(Requête de Mathieu et Martin qui m’ont soudoyée avec une Ben&Jerry’s, c’est dégueulasse)

Oui, le film est sorti il y a près d’un mois, et heureusement que tu n’as pas attendu ton amie chômeuse pour prendre ta décision. Je serai brève, mon seul objectif est de dissuader les quelques lecteurs qui pourraient encore se laisser tenter par cette arnaque.

Depuis Big Fish, je n’ai rien aimé de Tim Burton, je trouve qu’il nous sert son univers burlesquo-macabre à toutes les sauces et que ça va bien comme ça. J’avais juré de ne pas y aller : Johnny Depp déguisé en moche (une fois de plus), une jeune femme prétexte habillée en couture, et quelques stars pour amuser la galerie, ça ne pouvait pas suffire à faire un film.

Pardon, mais alors vraiment, qu’est-ce que j’avais raison. C’est absolument ennuyeux, pour ne pas dire franchement pénible. Une mention spéciale à Anne Hathaway qui n’a pas baissé les bras une seule fois au cours du film (physiquement je veux dire), ce qui fait d’elle la reine la moins crédible de l’histoire du cinéma.

Le scénario est accablant, la 3D est ratée et laissera les spectateurs les plus robustes avec une migraine. Seule Helena Bonham Carter fait un effort, sans doute par égard pour l’homme qu’elle aime et qui s’est laissé embarquer dans ce bourbier signé Disney.

Bouh. Remboursez mon invitation.

Lien et info utiles :
Allociné
Attention à ne pas aller voir l’Immortel pour autant, malheureux.

Ton amie chômeuse a vu l’Enfer d’Henri-Georges Clouzot

Lundi 5 avril 2010

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L’Enfer d’Henri Georges Clouzot
Documentaire réalisé par Serge Bromberg, Ruxandra Medrea

(Requête de Capucine, comédienne, c’est bien une idée de comédienne d’aller voir ça)

Inutile de chercher dans vos mémoires de cinéphiles, amis lecteurs, l‘Enfer d’Henri-Georges Clouzot n’est jamais sorti en salles. En fait, il n’a jamais été monté, et il n’a pas vraiment été tourné non plus : c’est un non-film. C’est l’histoire de cet échec que Serge Bromberg a cherché à raconter à travers ce curieux documentaire.

En 1964, Henri-Georges Clouzot obtient de la Columbia un budget illimité pour tourner un projet qui lui tient à cœur : il s’agit de l’histoire de la jalousie maladive d’un homme, Serge Reggiani, pour sa femme (incarnée par Romy Schneider, 26 ans à l’époque).

Le réalisateur se lance dans des préparatifs interminables : chaque scène est dessinée, analysée, pensée et repensée jusque dans ses moindres détails, des musiciens électroacoustiques travaillent déjà à l’ambiance sonore que Clouzot veut révolutionnaire, les meilleurs techniciens testent de nouvelles façons de filmer et se lancent dans des effets surréalistes… Il faut que tout concoure à faire ressentir la déformation de la réalité dont souffre le personnage par jalousie.

Clouzot est insomniaque et exige une disponibilité totale de la part de ceux avec qui il travaille. Il épuise Serge Reggiani, le fait courir des heures pour filmer une scène de quelques minutes. Sous sa caméra, l’innocente Sissi se transforme en diablesse sensuelle et mystérieuse.

Le réalisateur multiplie les prises et semble lui-même se perdre dans les affres de la folie qu’il veut filmer, son équipe n’arrive plus à le suivre. Reggiani finira par quitter le plateau, et Clouzot sera victime d’un accident cardiaque : bref, pas franchement une réussite.

Des années plus tard, Bromberg décide de faire vivre les kilomètres de pellicules muettes abandonnées après le naufrage et d’en révéler les images que l’on annonçait incroyables. Les témoignages des anciens collaborateurs (et notamment Costa-Gavras et Catherine Allegret) se succèdent et brossent peu à peu le portrait d’un génie créateur qui glisse vers la mégalomanie.

Pour donner vie au texte, Bromberg a fait le pari audacieux de faire jouer certaines scènes par Jacques Gamblin et Bérénice Béjo, sans décor, très sobrement. On est un peu dérouté au début, on pense même au théâtre des Farfadets d’Elie Semoun pendant un instant (voir lien plus bas), mais en fait ça fonctionne.

Ton amie chômeuse s’est interrogée sur ce jusqu’au-boutisme qui a mené Clouzot (et son entourage) aux limites de la santé, et sur le danger qu’il peut y avoir à souhaiter livrer au monde ce qu’on a en tête. Le documentaire révèle la beauté brute de cet échec, comme l’expérience d’un trop-plein de sincérité qui aurait rendu impossible l’accomplissement final de l’œuvre.

Liens et infos utiles :

Le film a eu le césar du meilleur documentaire, on s’en fout mais on le dit quand même.
Il est disponible en DVD et visible dans quelques salles de cinéma.
Des extraits et photos ici.
Et surtout, le théâtre des Farfadets (un must).