Archive pour juin 2010

Ton amie chômeuse a vu Dog Pound

Vendredi 25 juin 2010

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Dog Pound, de Kim Chapiron

(Requête de Steph)

Ton amie chômeuse a appris un nouveau mot en anglais : dogpound, fourrière. Sauf qu’ici, ce ne sont pas des chiens mais des adolescents qu’on enferme : Davis, trafic de drogue, Angel, vol de voiture, et Butch, le seul dont on ignore le forfait, le vénère, celui qui n’a plus envie de déconner (il a été transféré pour avoir crevé les yeux du gardien de son centre de détention précédent).

Butch est un pur produit de la prison, une boule de haine qui fait régner sa justice à coup de mug en fer : comment se fait-il que ton amie chômeuse ait eu à ce point envie de le prendre dans ses bras, de l’emmener loin de tous ces crevards obèses et lubriques ? J’ai trouvé qu’il y avait une forme de pureté dans ce personnage, qu’il était beau, malgré ses épaules voûtées et son regard « si je veux je t’arrache une oreille avec les dents ».

Ton amie chômeuse a pensé à Animal Factory, à Un prophète, à tous ces films qui se passent en prison, ainsi qu’aux films d’adolescents en déroute, comme Boy A, et s’est demandée pourquoi tous lui avaient plu.

Pourquoi cette fascination pour les huis clos, pour ces univers de pauvres mâles où la peur et l’intimidation règnent en maîtres ? Moi qui (d’habitude) ne me passionne guère pour les rapports de force d’une bêtise crasse, pourquoi ces films m’ont-ils autant marquée ? (Ton amie chômeuse n’a pas de réponse pour l’instant, il ne faut pas attendre de révélation psychiatrique profonde de type « oh mon Dieu » dans ce billet, navrée).

Le film est rythmé, jamais manichéen, formidablement joué, poignant… Quand la lumière s’est rallumée, le regard de ton amie chômeuse a croisé celui de son voisin : on avait tous les deux le souffle coupé et je pourrais traduire notre échange muet par : « Ca va aller toi ? T’es sûre ? » « J’ai un peu envie d’éclater en sanglots » « Pareil » « Viens on va prendre l’air ». Je crois qu’on a tous les deux hésité à se parler avec de vrais mots pour partager nos impressions, mais finalement, on s’était déjà tout dit.

Lien utile :
Allociné

Ton amie chômeuse a vu Le soir, des lions de François Morel

Vendredi 11 juin 2010

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Le soir, des lions, chansons et interprétation de François Morel, mise en scène de Juliette, au théâtre du Rond-Point
(Requête de Prunelle)

Bon. J’avoue : je n’étais jamais allée au théâtre du Rond-Point. Voilà. C’est que c’est compliqué aussi, ce théâtre: il faut s’abonner en début d’année et choisir tous ses spectacles dans la foulée, c’est un truc pour les gens organisés, les gens rigoureux, pas les amis chômeurs dans le genre de ton amie chômeuse.

Heureusement que je suis bien entourée, parce que j’aurais détesté rater ce spectacle. Au théâtre du Rond-Point, ça commence avant même d’entrer en salle puisqu’on peut jouer à repérer les people gauche caviar. Très bon score ce soir-là puisqu’il y avait Marianne James, Catherine Jacob et (tiens-toi bien ami lecteur) Gérard Majax le magicien (si) (je te jure). Le tout dans une ambiance très conviviale, sur fond de François Morel et ses potes qui s’en collent un ou deux avant de monter sur scène.

Ton amie chômeuse n’étant pas abonnée au théâtre du Rond-Point (voir plus haut, essayez de suivre un peu merde), j’ignorais complètement que François Morel avait eu une vie après les Deschiens, qu’il avait déjà monté plusieurs spectacles et même poussé la chansonnette à quelques reprises. Quelle joie de retrouver sa silhouette impayable, son œil à moitié fermé, son sourire béat et tout ce qui faisait que je l’aimais tant sur Canal +, et de voir ajouté à cela un véritable talent de chanteur interprète.

François Morel chante la vie, la mort, l’amitié, imite Montand, rend hommage à Dalida, et (prouesse) il n’est jamais ridicule. Il nous soumet à une gymnastique émotive que ton amie chômeuse a eu du mal à suivre : très réceptive à l’humour du bonhomme, j’ai été pliée de rire à au moins deux moments (sur la chanson « oui, mais le mort je le connaissais » et « moi je mets les pieds dans une bassine avec du gros sel de cuisine ») alors que Morel enchaînait sans transition sur les sans domiciles ou les profanations de cimetière. Et là, t’as intérêt à maîtriser ton rire, à ne plus repenser à la rime géniale du dernier couplet, parce que sinon tu passes pour un salaud.

Ton amie chômeuse ne peut que te conseiller de traquer dans ton répertoire les amis susceptibles d’être abonnés au théâtre du Rond-Point, et de guetter les prochaines apparitions de ce type génial qui redonnerait le goût de la vie aux plus moroses d’entre nous.

Infozéliens :
Jusqu’au 27 juin au théâtre du Rond-Point