Archive pour septembre 2010

Ton amie chômeuse a vu Mad Men et True Blood

Jeudi 16 septembre 2010

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(”Initiative”, si je puis dire, personnelle)

Récemment, ton amie chômeuse est un peu retombée dans un vieux travers, qui consiste à regarder des séries de façon complètement excessive, s’interrompant à peine pour aller faire une sieste ou se faire cuire des pâtes. Bien. Ca va me passer.

Pour l’heure, voici ce que je peux dire des deux séries qui m’ont occupée.

True Blood. Voilà une série qu’on m’avait légèrement survendue, en m’expliquant que si j’avais été fan de Six Feet Under (ce que j’ai été), j’adorerais cette histoire de vampires vivant parmi les humains également signée Alan Ball. Il faut avouer que le pitch est très convaincant : une firme japonaise a mis au point une boisson imitant les caractéristiques du sang humain, ce qui permet aux vampires de sortir de la clandestinité et d’évoluer parmi les vivants sans être tentés de leur sauter dessus tous crocs dehors.

L’histoire se déroule dans une petite ville de Louisiane, où la seule activité consiste à aller boire des coups chez « Merlotte », le seul et unique bar. C’est ici que travaille la jeune et innocente (comprendre “vierge”) Sookie, que son entourage prend pour une folle parce qu’elle a le pouvoir de lire dans les pensées des gens (ce qui agace tout le monde). Quand débarque Bill le vampire, les esprits s’échauffent entre les pro et les anti vampires, et une série de meurtres étranges déferle sur la ville (rien à voir avec Bill évidemment, mais enfin le timing fait que les soupçons pèsent sur lui).

Ton amie chômeuse a trouvé que les scénaristes avaient tendance à répéter la même recette à chaque épisode (et comme je les ai tous regardés d’affilée, ça m’a vite sauté aux yeux), que les personnages étaient creux et que l’intrigue tournait à vide. J’ai quand même tenu une saison et demi, pour une seule raison : l’incroyable tension sexuelle qui règne entre Sookie et Bill le vampire. J’ai retrouvé les sensations que j’éprouvais quand j’échappais à la vigilance de mes parents pour regarder le film érotique de M6 (ben quoi ?) ; Bill le vampire rentre directement dans mon panthéon de personnages hautement désirables (avec River Phoenix dans My own private Idaho et Daniel Brühl dans tous ses films).

Dans un tout autre registre : Mad Men. New York dans les années 60 : Donald Draper est un publicitaire de talent qui fait la gloire de l’agence pour laquelle il travaille, Sterling Cooper. Marié et père de deux enfants, Don est l’incarnation du self-made man, pli du pantalon toujours impeccable, trompant sa femme allègrement sans jamais se départir de son flegme quasi-britannique.

Mad Men, c’est l’anti True Blood ; l’action met du temps à se mettre en place, les personnages gagnent en épaisseur petit à petit, l’intrigue se resserre lentement autour de ces pionniers de la réussite professionnelle à tout prix, et l’atmosphère se fait de plus en plus pesante au fil des épisodes.

Ton amie chômeuse est devenue accro progressivement, sans même s’en rendre compte, jusqu’au jour où j’ai réalisé que je faisais régulièrement allusion aux personnages au cours de conversations privées bien réelles, sentant certaines connivences entre Betty Draper et moi (Betty étant la femme de Don, parfaite ménagère des 30 Glorieuses : un constat assez alarmant, donc).

Passionnante, déstabilisante, et au final, complètement addictive : la série réussie par excellence. À l’heure où j’écris ces lignes et après un bref détour par mon site de streaming préféré, je m’aperçois que la saison 4 est en ligne… J’y retourne.

Ton amie chômeuse a lu Les Versets Sataniques

Vendredi 10 septembre 2010

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Les Versets Sataniques, Salman Rushdie
(Requête d’Elise, a découvert récemment à quoi faisait référence le titre du livre et serait donc curieuse d’en connaître le contenu, et aimerait aussi savoir combien de temps il faut pour en venir à bout)

Quand ton amie chômeuse était lycéenne, elle déjeunait chaque semaine avec des amis fréquentant un lycée voisin du sien. Je me souviens de mes efforts pour éviter que la conversation ne dévie vers l’œuvre qu’ils étudiaient en cours de littérature : Les Versets Sataniques. Quand ils commençaient à en parler, ils étaient intarissables, et ma participation était exclue car chez moi, on en était aux Fleurs Bleues de Queneau (dont j’aurais pu parler des heures, mais étant en minorité, c’était difficile).

Je me suis donc réjouie de la requête de ma cliente qui allait peut-être me permettre de relancer le sujet, une dizaine d’années plus tard. Ou peut-être pas.

Disons-le d’emblée : ton amie chômeuse aurait bien aimé avoir un prof pour la guider dans cette lecture qu’elle a trouvé difficile. J’ai ouvert le livre aux alentours de la mi-août et ne l’ai refermé qu’avant-hier, ce qui est un temps extrêmement long pour ton amie chômeuse, qui, rappelons-le, n’a rien d’autre à foutre.

Première difficulté à surmonter : je suis une bille absolue en matière de religions. J’ai d’ailleurs accepté la requête d’une cliente me demandant de lire la Bible pour remédier partiellement à ce problème (elle est dans ma bibliothèque, pour l’instant on s’apprivoise, je l’ai feuilletée hier, peut-être que j’en entamerai la lecture la semaine prochaine). Si bien que j’ai mis un temps infini à réaliser que le personnage de Mahound était sans doute Mahomet et que heeeeeeeein, tu m’étonnes qu’ils soient vénères, les mecs qui lapident les femmes adultères et les homosexuels. Il est à peu près certain que je suis passée à côté de 60% de ce qui est raconté dans le livre et que quelqu’un de plus érudit en aurait fait une lecture toute autre.

Mais les Versets Sataniques sont avant tout un roman, avec une histoire romanesque et des personnages romanesques à qui il arrive des aventures romanesques, bon sang, j’allais donc pouvoir en retirer quelque chose. Second obstacle : Salman Rushdie écrit d’une manière très inventive, qui paraît déconstruite au début et qui s’avère vite extrêmement complexe et bien pensée. Il n’empêche, le fil de la narration est parfois tortueux (voire emmêlé), on revient souvent en arrière pour essayer de se souvenir de quoi/qui il parle, en un mot : c’est chaud.

Gibreel Farishta est une star de Bollywood spécialisée dans l’incarnation de tous les dieux du panthéon. Saladin Chamcha est né en Inde et installé à Londres, il est obsédé par l’idée de faire sienne cette île anglaise qu’il juge si parfaite et sophistiquée. Les deux hommes se trouvent côte à côte lors d’une prise d’otages dans un avion qui finit par exploser en vol, et survivent au prix d’une transformation radicale, puisque l’un devient l’archange Gabriel et l’autre, le Diable, avec sabots, queue et haleine pestilentielle.

Gibreel se débat avec ses rêves du prophète Mahound et de la naissance de l’Islam, il ne sait comment interpréter la trouble mission qui lui a été confiée. Chamcha pour sa part est recueilli par « les siens », ces indiens et pakistanais émigrés dont il a passé sa vie à essayer de se distinguer ; tous deux flirtent avec la folie (tu m’étonnes).

J’avoue avoir failli interrompre ma lecture plus d’une fois, mais je me suis mis un coup de pied au cul car je sais qu’en littérature, l’effort est souvent récompensé par de beaux moments d’émerveillement. Dans ce roman foisonnant, où l’histoire passe d’un siècle à l’autre, où les hommes veulent faire le bien moyennant quelques détours par le mal, le beau se niche partout, dans la richesse de la langue comme dans les histoires d’amour et d’ego qui sont décrites avec autant d’intelligence que d’humour.

En somme et pour répondre à ma cliente, ça vaut le coup, mais il faut se mettre en quête d’une bibliothèque à emprunt renouvelable.