Archive pour octobre 2010

Ton amie chômeuse a lu un livre pour enfant (mais en anglais)

Dimanche 31 octobre 2010

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(Requête de Steph)

Décidément, ton amie chômeuse n’est pas prête de faire des enfants. Non seulement parce que je n’en veux pas (inutile d’insister), mais aussi parce que je suis ahurie par ce qu’on leur donne à lire, à tous ces petits chats innocents qui n’ont pas encore été en contact avec les horreurs du monde (PowerPoint, les colorations ratées, Bernard-Henri Lévy, etc. ).

Je me souviens de mon petit frère, qui dans sa grande sagesse, avait renoncé à achever la série des Harry Potter, parce qu’il faisait trop de cauchemars. Je me souviens de moi-même, pas encore chômeuse, dans un état de dépression profonde après la lecture de La Petite Sirène d’Andersen. Et maintenant que j’ai atteint l’âge adulte, je viens de terminer un livre pour enfants appelé The Hunger Games, et je me demande vraiment si on les aime autant qu’on le dit (les enfants).

Dans les ruines d’une Amérique du Nord dont plus personne ne se souvient, le tout-puissant Capitol impose sa loi aux 12 quartiers qui l’entourent. Il force notamment les habitants à se soumettre, une fois par an, aux « Jeux de la Faim ». A mi-chemin entre Loft Story et Battle Royale, les jeux consistent à envoyer deux enfants de chaque quartier dans une arène où ils devront s’entretuer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

Cette année-là, c’est la jeune Katniss qui est chargée de représenter son quartier. Comme ça fait 16 ans qu’elle crève la dalle et qu’elle chasse tous les jours pour nourrir sa mère et sa petite sœur, Katniss en connaît un rayon en matière de survie. Par ailleurs, comme tous les jeux sont retransmis 24H/24 sur les téléviseurs de la ville, elle connaît les erreurs à éviter pour ne pas être écrasée à coups de massue dès les premières minutes ou exploser sur une mine anti personnelle.

Si tu as des enfants amis lecteurs (d’abord, je compatis, mais ensuite), lis-leur plutôt le Club des Cinq. En revanche, pour toi-même, The Hunger Games présente une série d’avantages non négligeables : la couverture est rigide et son dessin est énigmatique, il est absolument impossible de deviner qu’il s’agit d’un livre pour enfant, ton secret sera sauf. Ensuite, même si l’intrigue est prévisible à 10 000, c’est très agréable et facile à lire. Mais surtout, c’est en anglais, ce qui permet de se la péter à mort, car encore une fois, personne n’est censé savoir que c’est destiné aux 8-12 ans. Un bon plan pour pratiquer ses langues sans trop se fatiguer.

Ici sur Amazon.

Ton amie chômeuse s’interroge sur Murakami à Versailles

Jeudi 14 octobre 2010

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(Requête de Lilas)

L’exposition des œuvres de l’artiste japonais Murakami au Château de Versailles a suscité beaucoup de réactions : ici on s’offusque, là on se pâme, de tous côtés on disserte sur le bien-fondé de la juxtaposition de grosses fleurs multicolores avec le lit de Marie-Antoinette. Que les choses soient claires, ton amie chômeuse n’est pas du tout fan de Murakami. Je trouve que ses œuvres sont grossières, infantilisantes et terriblement surestimées, qu’elles soient exposées à Versailles ou ailleurs. Ca n’engage que moi, et ce n’est pas de ça que je souhaite t’entretenir aujourd’hui, ami lecteur.

On aurait pu penser que la polémique s’estomperait avec les années, les discussions au sujet des œuvres de Jeff Koons ayant été rigoureusement les mêmes quand elles ont été exposées au château il y a deux ans. Mais non. Le débat sur l’art contemporain à Versailles suit un peu le même modèle que celui sur la réforme des retraites : Jean-Jacques Aillagon, directeur du château, ne veut pas lâcher le morceau, et les amoureux de ce vestige de la royauté manifestent leur opposition sans faiblir.

Mais peut-être que ces sempiternelles querelles viennent masquer des faits autrement plus énervants que les créatures manga-pop-mon-cul-sur-la-commode de Murakami. En 2008, le site Louvrepourtous rappelait qu’avant d’être directeur du château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon travaillait pour le compte de François Pinault en tant que conseiller mais aussi en tant que directeur et administrateur du Palazzo Grassi, sa fondation d’art contemporain à Venise. Or, Jeff Koons, premier artiste contemporain à avoir joui du privilège d’être montré à Versailles, est le chouchou de François Pinault, et l’une des stars de sa collection personnelle. Lequel, pour manifester son enthousiasme, a largement financé l’exposition Koons à Versailles et prêté six de ses œuvres signées de l’artiste.

L’ancien ministre de la culture s’était vivement défendu des accusations de conflit d’intérêt par l’intermédiaire de son blog, arguant qu’il avait quitté toutes ses fonctions (ou presque, on va pas chipoter) auprès de François Pinault au moment de prendre la direction du château. Deux ans plus tard, et sans vouloir à tout prix remettre en cause l’impartialité des choix artistiques de M. Aillagon, force est de constater qu’il a quand même une fâcheuse tendance à taper dans les artistes préférés de son pote.

Comme Koons, Murakami est très présent dans la collection du milliardaire, et il est évident que la cote de l’artiste, qui atteint déjà des sommets complètement délirants, va en bénéficier. Comble du pas de bol, Maurizio Cattelan, artiste italien pressenti pour succéder à Murakami à Versailles, est aussi collectionné par François Pinault. Il ne manquerait plus qu’on apprenne qu’il possède aussi quelques sculptures de Xavier Veilhan, l’artiste qui a été exposé après Koons et avant Murakami, et le tableau serait complet.

Certes, et comme le rappelle Jean-Jacques Aillagon sur son blog, les expositions doivent beaucoup à la générosité des collectionneurs privés. Mais pourquoi limiter le nombre de ces collectionneurs à un seul ? Comme Eric Woerth au sujet de « l’affaire B. », Jean-Jacques Aillagon est certainement de toute bonne foi, mais enfin nos élites ne pourraient-elles pas faire un effort pour détourner les soupçons en adoptant une conduite un peu moins suspecte ? À force, on va passer pour des paranoïaques…