Archive pour mars 2011

Ton ami intermittent a vu “Si tu meurs, je te tue”

Jeudi 31 mars 2011

situmeurs

Si tu meurs, je te tue, de Hiner Saleem

Deuxième billet d’un ami glandu invité sur Mon amie chômeuse : voici le billet de mon ami intermittent (bien plus calé en cinéma que ton amie chômeuse)

Ton ami intermittent bosse dans le cinéma. A travers mes amis qui ont travaillé sur ce film, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres sur ce Hiner Saleem, caricature du réalisateur habité et alcoolique, jouant sur la culpabilité et l’exploitation de son équipe. Autant te dire que j’y suis allé en traînant des pieds, ayant toutes les raisons de détester ce 8e film d’un réalisateur infecte qui arrive néanmoins à toujours être produit et primé quelque part…

A vrai dire, je ne connaissais même pas le titre du film en arrivant au cinéma. “Bonjour, une place pour le film d’Hiner Saleem s’il vous plait - Si tu meurs, je te tue ?“. Bim, la claque. “Pardon ? - C’est le titre du film que vous voulez voir monsieur“. Hiner Saleem m’avait déjà à moitié conquis. Avoue… ce titre, il tue non ?

Je rentre dans la salle avec mon amie L. : elle s’était fait virer du film par Hiner lui-même avant le début du tournage car elle avait refusé de prolonger la journée de travail en soirée en tête à tête (”Mais enfin, il n’y a pas d’heure pour travailler. Tu aimes ton métier ou pas ?“…).

Le film commence. Aie aie aie mes yeux ! J’ai mal, c’est moche ! On voit même l’équipe dans le reflet de la vitre de la voiture. Mais après un début très mou (voire franchement inintéressant), Jonathan Zaccaï devient rapidement touchant en français maladroit sortant de prison, fauché et perdu. Il rencontre Adval, un Kurde lui aussi perdu à Paris. Et comme c’est du cinéma, Philippe (Zaccaï) lui ouvre les bras et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Mais voilà qu’Adval lui fait faux bon et meurt d’une crise cardiaque. Il va alors devoir gérer la situation, entre ses funérailles sans connaître la tradition musulmane, contacter la famille sans parler le kurde et l’accueil de la petite amie en pleine libération féminine … Il va chercher de l’aide rue du Faubourg St Denis (la quartier de ton ami intermittent : Hiner fait tout pour me plaire) auprès de la communauté Kurde. Et là… débute l’absurdité la plus délicieuse.

Car oui, avec un pitch pareil, on s’attend un à film social… mais Hiner Saleem a su y placer la dose d’humour nécessaire pour attraper quelques fous rire. Le burlesque de Tati avec l’incompréhension totale des différentes communautés et religions confrontés, la bizarrerie d’Otar Iosseliani (à découvrir absolument si vous ne connaissez pas) avec des frères Daltons Kurdes aux dialogues “politico-comiques”, et la fraîcheur d’Emmanuel Mouret dans le traitement d’un thème pourtant sérieux, font de ce film un bijou de la comédie décalée : drôle, sensible et intelligent à la fois.

Ton ami intermittent a donc compris pourquoi cet affreux (mais génial) Hiner Saleem a le luxe d’être toujours produit et primé, a laissé sa jalousie de côté et te conseille vite vite vite d’aller voir cet ovni qui fait du bien au cerveau.

Les séances sur Allociné

Ton amie chômeuse a vu Ma part du gâteau

Dimanche 20 mars 2011

klapisch

Ma part du gâteau, Cédric Klapisch
(L’illustration est une capture d’écran de la bande annonce : le patron de Gilles Lellouche le vilain trader le félicite pour ses bons travaux)

Le film de dénonciation serait-il le genre casse-gueule par excellence ? Après Ken Loach, au tour de Cédric Klapisch de se ramasser avec sa Part du gâteau. Son histoire de rencontre entre un trader et une ouvrière qui se remet péniblement de son licenciement ne convainc personne (sauf le spectateur qui s’est courageusement mis à applaudir frénétiquement à la fin de la séance à laquelle j’ai assisté).

Par égard pour le « réalisateur d’une génération » (en l’occurrence, la mienne) ton amie plus vraiment chômeuse a fait de son mieux pour détourner les yeux aux moments qui lui semblaient les plus franchement ratés. Quand l’ouvrier syndicaliste commence sa phrase par « Nous, les petits » par exemple, ou quand entre en scène un trader scrupuleux que ses collègues traitent d’ « humaniste ». Chacune des remarques de l’humaniste est douloureuse de lourdeur, et les réponses de son collègue, le « trader-requin » le sont, hélas, tout autant.

Evidemment qu’il faut en coller plein la gueule au système financier, ton amie plus vraiment chômeuse rêverait même de voir un film montrant des têtes sur des piques ! Bien sûr que quiconque est doté d’un système nerveux ne peut empêcher cette montée de colère face à une situation inchangée malgré la crise.

Mais ce qui m’a le plus gênée dans cette affaire, ce n’est pas tant le film (qui malgré tout, se laisse regarder au même titre qu’un épisode de Sous le soleil) que la présentation qu’en a fait sa principale interprète sur le plateau du Grand Journal de Canal + la semaine dernière. Karin Viard a passé les trois minutes qui lui étaient attribuées à expliquer à quel point elle avait eu du mal à se souvenir des paroles idiotes de la chanson « les Rois du monde » que son personnage chante à tue-tête en repassant du linge.

Voir cette actrice pomponnée à mort, dont Lellouche venait de faire un vibrant éloge (à l’aide des sept mots qu’il a réussi à mobiliser pour l’occasion), se moquer de son personnage prolo sur un plateau de télé, et ben ça m’a mise étonnamment mal à l’aise. La chanson est nase, c’est entendu. Mais la situation m’a parue au moins aussi indécente que ce que le film cherche à dénoncer. (Note pour moi-même : je remarque que plus encore que le travail, la présence d’une télé dans ma vie -une nouveauté- me rend souvent malheureuse. Billet à venir sur ce thème.)

Pourquoi suis-je allée voir le film, me demanderas-tu ami lecteur, dans ta grande sagacité ? Parce que je me suis dit que je devais bien ça à Klapisch, celui qui m’a offert Le péril jeune et Un air de famille. Disons qu’il a droit à un certain nombre de nanars avant que je ne cesse de lui être reconnaissante pour ces cadeaux. J’admets qu’entre ça et Paris, il tape dans sa réserve de crédits sévère. Mais enfin Tomasi quoi les mecs. Tomasi.

A noter tout de même que dans ce fatras de bons sentiments et de mauvais dialogues, Karin Viard (que je ne porte pourtant pas dans mon cœur) et Gilles Lellouche sonnent justes : une performance qui vaudrait de les césariser tous les deux.

Les séances sur Allociné

Ton amie chômeuse a vu “Route Irish”

Mercredi 16 mars 2011

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En voilà un, pour le coup, qui ne doute pas. Depuis 40 ans, Ken Loach fustige le capitalisme et défend “radio bière foot” sur tous les tons. La dernière fois, c’était sur le ton de la déconne avec Looking for Eric, et ton amie chômeuse avait applaudi des deux mains. Aujourd’hui, l’heure n’est plus à la poilade ; et ton amie plus vraiment chômeuse est moins emballée.

C’est l’histoire de Fergus et Frankie, respectivement ancien SAS et ancien para. Deux brutes épaisses qui s’aiment d’amour, des amis de toujours qui sautent joyeusement sur le dos l’un de l’autre, qui travaillent ensemble, qui se tape la même meuf, qui se font les mêmes tatouages… (bref des homos refoulés qui auraient été bien plus heureux à s’épanouir dans leur sexualité plutôt qu’en allant tuer des irakiens, mais passons, ce n’est pas du tout le sujet de Ken Loach). Une amitié virile donc, entre couilles.

Fergus persuade Frankie de devenir « contractor » en Irak, comme lui. C’est à dire de se faire embaucher par l’une de ses entreprises militaires privées qui proposent des fortunes à d’anciens soldats pour assurer une mission de protection des ingénieurs, journalistes ou politiciens qui œuvrent à la reconstruction du pays. Un sale boulot, qui consiste à dézinguer tout ce qui ressemble à une menace (et certains contractors développent une authentique paranoïa) en bénéficiant d’une totale impunité auprès de la loi irakienne.

Ses patrons ont envoyé Frankie une fois de trop sur la Route Irish, « véritable stand de tirs » pour autochtones en embuscade. Et l’ami de toujours revient de Bagdad dans un cercueil. Fergus devient fou. Il décide d’enquêter sur les circonstances du simple « wrong place wrong time » que la société militaire a avancé comme seule explication.

Sans vraiment se donner les moyens du film de genre (guerre, complot, enquête, explosions), Ken Loach ne prend pas la peine de sortir ses personnages de la caricature. Il y a les méchants qui-ont-encore-une-âme-quand-même, le vraiment très méchant qui veut « tuer du bougnoule », et les ordures en costume qui amassent l’argent sur le dos des innocentes victimes civiles.

Du coup, le propos perd de sa force, alors que (comme toujours chez Ken Loach), la dénonciation est juste et la révolte sincère. Dommage.

Ton amie chômeuse est “de gauche”

Lundi 14 mars 2011

droite-gauche

(Positionnement requis par le monde des grands)

Dans le monde des grands, celui des gens qui travaillent et appellent leurs conjoints « chéri(e) », il est de bon ton d’avoir un avis. Et un avis tranché encore. De celui qui vous permet de savoir que ceux qui le partagent sont des amis, et que les autres méritent d’être pendus. C’est comme ça. Quand on est adulte, on a emmagasiné de l’expérience, des connaissances même, pour certains, et c’est à l’aune de ce savoir que l’on s’est forgé « une opinion ». Et ben ça n’a l’air de rien, mais c’était jusqu’à aujourd’hui un vrai problème pour ton amie plus vraiment chômeuse.

De l’existence de Dieu au temps de cuisson des œufs coque, je pratique le doute systématique. C’est fatiguant (pour ceux qui attendent que je passe ma commande au restau par exemple) (mais surtout pour moi), mais mon amie N. -que je tiens en haute estime- m’a dit un jour que ça faisait de moi quelqu’un de particulièrement ouvert (si).

J’admets néanmoins qu’il y a un inconvénient massif au doute perpétuel : il empêche la prise de position a priori, et à bien des égards, il freine l’action. Exemple : bien qu’ardente défenseuse des baleines dans mon cœur, je n’ai jamais adhéré à Greenpeace (« Oui mais tu comprends, ce pouvoir non-démocratique que représentent les ONG, cette communication qui utilise les mêmes leviers marketing que pour n’importe quel autre produit, cette culpabilisation du citoyen… etc. etc.»).

Pas question pour moi de faire du prosélytisme (ce n’est pas avec des gens comme moi qu’on met des révolutions en marche), mais pour l’instant, je suis comme ça. Inutile de te dire ami lecteur que ça rend les choses un peu compliquées quand il s’agit de me situer sur un échiquier politique. Or ton amie chôme aujourd’hui dans un domaine professionnel qui ne tolère aucun flou dans le positionnement.

Ça ne pouvait plus durer, il fallait qu’à mon tour, je me colle une putain d’étiquette sur le dos, un label clair et simple qui pourrait enfin indiquer à chacun s’il devait m’aimer ou me haïr (ah on n’est pas là pour faire dans la nuance, hein). C’est alors que j’ai fait la découverte de ce merveilleux site : politest.fr ! Plus fort que le test Biba, mieux que la grosse conversation crasse en famille, Politest propose de répondre à 12 questions pour enfin cesser d’hésiter à aller voter et pour pouvoir toi aussi, ami lecteur, pourfendre l’enfoiré qui ne pense pas comme toi !

Vive Internet, et vive le monde du travail, je me sens tellement plus légère maintenant que je sais pour sûr que je suis DE GAUCHE. Je vais enfin pouvoir me joindre à la liesse et lancer des cailloux sur ceux que je soupçonne d’être DE DROITE, je vais participer gaiement à cette merveilleuse chasse aux sorcières qui consiste à essayer de démasquer les fachos qui s’ignorent !

Quelle fête que le monde des grands.