Archive pour mai 2011

Ton amie chômeuse a vu La Conquête

Jeudi 19 mai 2011

la-conquete
La Conquête, de Xavier Durringer

Xavier Durringer, c’est un ouf. Quoi ? Le cinéma français n’ose pas aborder l’histoire contemporaine ? Les auteurs ne sont qu’une bande de couilles molles infoutues de prendre le moindre risque ? You talkin’ to me ? Tiens, prends donc La Conquête dans la figure, vil pourfendeur d’artistes ! Ah, tu croyais qu’on ne savait parler que des frasques poudrées de Marie-Antoinette ? Et bien voici un film dont le personnage principal porte une chaîne en or, des Ray Ban et des talonnettes. Il n’est pas mort. Pire encore, il est en exercice… C’est notre vénéré président. NI-CO-LAS SAR-KO-ZY. Ca t’en bouche un coin, ami lecteur ? Xavier Durringer, c’est un gueu-din.

Dans La Conquête, les protagonistes s’appellent « Jacques Chirac », « Dominique de Villepin », « Bernadette » et « Cécilia ». Ca te dit vaguement quelque chose ami lecteur ? Ce n’est pas fini. Pour être bien sûr que tout le monde comprenne bien de qui qu’on cause, le directeur de casting a pris la peine de choisir des acteurs criants de ressemblance. Si tu ne les reconnais pas, on ne peut plus rien faire pour toi qu’est-ce-que tu veux que je te dise, fallait aller voir Pirates des Caraïbes.

Et là ? Avec le rouge à lèvre rouge, c’est Rachida Dati ? Oui oui. Sa présence apporte-t-elle quoi que ce soit au schmilblick ? Non non. Elle est juste là et c’est tout ? Genre elle sert à rien ? Ah oui, mais elle est ressemblante quand même !

Pour les personnages principaux, ceux autour desquels se noue la maigre intrigue de l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir (pas très palpitante, car hélas, on connaît la fin), la ressemblance physique est doublée d’une imitation vocale et gestuelle qui n’a rien à envier au “Plus grand cabaret du monde”. Aussi bien qu’Yves, Bernard Lecoq peut doubler la marionnette de Chirac dans les « Guignols de l’Info ». Denis Podalydès, s’il abuse quelquefois des mouvements d’épaule intempestifs, peut sans conteste faire des blagues téléphoniques à ses amis sans risquer d’être démasqué. Pour Dominique de Villepin, de loin, ça passe, mais de près, on hésite à y croire… peut-être parce que le modèle lui-même est moins caricatural ? Peut-être parce qu’il joue aussi mal que Zoé Felix ? Parce qu’on lui a teint les sourcils, et qu’on a l’impression de deviner Patrick Sebastien sous sa perruque ? Va savoir.

Ton amie plus vraiment chômeuse a trouvé que, passé le grand jeu concours d’imitation, on s’ennuyait sec. Il aurait fallu mettre mois d’argent dans les perruques, et un peu plus sur le scénar. Parce que là, on en apprend plus sur la politique en regardant la saison 1 de “A la maison blanche” ou le film sur Georges Frêche (le Président), ou même un épisode de “Spin City”. Ou même un bon documentaire animalier sur France 5.

La bande annonce sur Allociné

Ton amie chômeuse détient une vérité qui dérange

Jeudi 5 mai 2011

oeufcoque

(Auto-requête suite à une terrible engueulade dominicale avec M. le maudit)

Ton amie plus vraiment chômeuse s’enorgueillit d’un certain savoir-faire (voire d’une dextérité certaine) dans la préparation des œufs coque. C’est bien peu de chose ? Au contraire AU CONTRAIRE ami lecteur, car qu’existe-t-il de plus formidable que ce délicieux ovoïde, perché sur un support charmant (et parfois pittoresque), s’ouvrant par petits coups répétés sur le haut de la caboche ?

A t-on connu rien de meilleur que cette fine tranche de baguette tartinée de beurre salé, qu’il faut plonger dans le jaune encore cru -quand le blanc, lui, miracle de la nature, est déjà cuit - en veillant à ne pas faire déborder l’œuf taquin (pour deux raisons : de 1, c’est le jaune le meilleur, et il ne faut pas en perdre, et de 2, il n’y a rien de plus chiant à nettoyer que du jaune d’œuf séché sur un coquetier).

L’œuf coque, c’est l’élément indispensable du brunch réussi, du petit déjeuner à visée énergétique, et même du dîner coquillettes. J’y ai converti absolument tous les gens qui sont venus dormir chez moi un jour ou l’autre. Je dirais même que c’est à leur goût pour l’œuf coque que l’on reconnaît mes ex.

ET, chose hallucinante : ça n’existe nulle part ailleurs qu’en France. Sans même parler des anglais qui ne connaissent rien à la cuisine (quiconque a déjà subi le garlic bread sait de quoi je parle), ton amie chômeuse a déjà constaté, à Berlin par exemple, que les non-Français ne détiennent pas le secret du temps de cuisson. Ils servent la chose dans un coquetier, certes, mais c’est un œuf dur.

Et c’est là, ami lecteur, que je me permets d’intervenir en ma qualité de passionnée des œufs à la coque. Le temps de cuisson n’est pas de trois minutes comme le veut la légende. Celui qui a édicté cette loi n’est rien d’autre qu’un gobeur d’œufs crus (et d’enfants, sûrement). Car à trois minutes, le blanc n’est pas blanc, il ressemble encore à de la morve un peu pâlotte. Quatre minutes. Il faut laisser l’œuf dans l’eau bouillante pendant quatre minutes, l’ouvrir dès la sortie, reposer le capuchon pour le conserver au chaud et laisser le temps aux dernières traces de morve de blanchir. Pas longtemps, juste le temps de couper les mouillettes.

Ami lecteur, tu serais estomaqué du nombre de personnes qui doutent de mon expertise. C’est d’ailleurs à leur docilité sur ce sujet que l’on reconnaît, également, mes ex (« Bon, je te préviens, il faut que tu me fasses confiance, c’est un peu choquant au début, mais je les laisse QUATRE minutes. Si. » Réponses possibles : « Fais ce que tu veux », ou, variante « Mais de quoi tu parles ? »).

Combien d’autres ont tenté d’argumenter, de foutre en l’air mes 30 ans de pratique en affirmant de manière insupportablement dogmatique que personne ne saurait remettre en question la règle des trois minutes. Le problème quand on tombe sur quelqu’un qui ne-veut-pas-lâcher-l’affaire-nom-de-dieu, c’est que la bonne humeur que l’œuf coque charrie toujours avec lui s’en trouve annihilée.

L’impudent finit par cracher un « vas-y, on va bien voir ce que ça donne tes conneries » plein de menaces. On se dit que merde, si ça se trouve, la puissance de feu de cette plaque inconnue va tout faire basculer, et que l’humiliation sera terrible. Du coup, le brunch devient un calvaire, les convives vous attendent au tournant… L’ambiance est foutue, et même l’œuf coque parfaitement cuit ne suffira pas à rattraper le coup.

Le monde n’est pas prêt à entendre la vérité. Il reste encore beaucoup de pharisiens (et notamment E. de Bruxelles sans vouloir balancer) incapables de renoncer à la loi des trois minutes. A une époque, on condamnait des gens à mort pour des découvertes moins importantes que ça (qu’est-ce qu’on s’en tape que la terre soit ronde ? Alors que l’œuf coque, ça concerne les gens), je le sais, mais je tiendrai bon. Morituri te salutant. (Peu de rapport je sais mais je trouvais ça classe de finir en latin).