Archive pour mai 2012

Ton amie chômeuse a vu De rouille et d’os

Lundi 21 mai 2012

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De rouille et d’os
, de Jacques Audiard

Ton amie plus vraiment chômeuse avait au moins trois bonnes raisons d’aller voir De Rouille et d’os, le dernier film de Jacques Audiard :

1- c’est un film de Jacques Audiard (two words : Un prophète)

2- les orques. Quand on me demandait mon animal préféré, je répondais toujours que c’était l’orque (il y a longtemps qu’on ne m’a plus posé la question et c’est bien dommage). Je suis fascinée par cette bestiole, que ses grandes taches blanches près des yeux rendent aussi sympathique qu’un panda (inversé), mais dont on ne peut pas oublier la tendance à bouffer des phoques comme d’autres mangent des Chipsters. La scène du film qui se déroule à Marineland m’a rappelé le temps où mes grands-parents, croyant me faire plaisir, m’y avait emmenée. Le spectacle de ces immenses squales parqués dans des bassins et forcés à faire des cabrioles m’avait rendue infiniment triste (ta jeune amie pas encore chômeuse était très sensible à la souffrance animale, et refusait d’aller au cirque pour les mêmes raisons). Soyons honnêtes néanmoins : les orques occupent un rôle mineur dans le film.

3- le handicap. Depuis ses rencontres avec Aurélie et Ashem (ici le lien vers son blog qui vaut le détour), ton amie plus vraiment chômeuse est plus sensible au traitement réservé aux éclopés (pour reprendre un mot cher au myopathe anarchiste sus-cité). Tu le sais sans doute ami lecteur, dans le film, Marion Cotillard est amputée des deux jambes (suite à une maladresse de l’orque) (qui n’y est pour rien, le pauvre, y avait pas qu’à lui faire faire des conneries dans un aquarium trop petit pour lui). Les mois de déprime et les envies suicidaires, Cotillard les joue à merveille. On est avec elle quand elle sort pour la première fois après l’accident, hirsute, le soleil lui brûlant les yeux, réprimant une nausée quand on veut pousser son fauteuil à sa place. Audiard filme son corps mutilé de très près, quand elle se traîne sur le sol pour mettre ses assiettes dans le lave-vaisselle ou quand elle veut aller aux toilettes la nuit. La caméra nous force à interroger nos réflexes : quelqu’un qui se traîne par terre, c’est une image de déchéance ; pas là. C’est l’image de quelqu’un qui fait avec, ou plutôt sans, et ce n’est pas là que se loge l’aspect sordide du film.

Le sordide, ce serait plutôt ce bonhomme qui débarque à Nice avec un enfant dont il s’occupe mal, et qui aime se battre par dessus tout. Pour arrondir ses fins de mois, il participe à des combats où tous les coups sont permis, et il kiffe. Il tape dans le siège avant de la voiture avec sa tête pour se donner du courage, il crache du sang, il court quand il doit se défouler, bref, c’est une brute épaisse. Est-ce parce que son intelligence lui rappelle les poissons dont elle s’occupait, Stéphanie (Marion Cotillard) est séduite par sa virilité ras-les-pâquerettes. Elle aime bien le voir bomber le torse et éclater la gueule d’autres mecs : c’était ce que Simon, celui avec qui elle vivait avant l’accident, ne savait pas faire. Mais la délicatesse de l’animal, c’est de ne pas la considérer comme diminuée. Ils sont violents tous les deux, égoïstes (surtout lui), ils ont des loisirs douteux (les combats, et les boîtes de nuit cheapos pour célébrer les victoires), des boulots moralement répréhensibles… mais on est quand même embarqué par leur histoire, touché par ce qui se passe entre eux et qui échappe complètement à l’écueil neu-neu, sans doute en partie grâce à la force du jeu des acteurs (Cotillard et Schoenaerts, mais aussi tous les seconds rôles qui sont renversants, comme dans Un prophète).

Et pour finir, si tu vas le voir ami lecteur, dis-moi ce que tu penses des seins de Marion Cotillard (m’est avis que ça ne peut pas être naturel).

Ton amie chômeuse a vu Dark shadows

Vendredi 18 mai 2012

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Dark shadows, de Tim Burton

Phénomène étrange lié à Tim Burton : je me fous éperdument de son fameux “univers”, de ses personnages à moitié morts et de ses lumières qui font peur. A vrai dire, je n’ai aimé que Big Fish (et Mars Attacks, peut-être). Et pourtant, je vais voir tous ses films. Va comprendre Emile.

Et bien pour une fois, je n’ai pas regretté, et je vais même prononcer cette phrase horrible qui devrait être interdite pour quiconque se dit un petit peu cinéphile : j’ai passé un bon moment. Je me demande si c’est lié au fait que ton amie chômeuse travaille, mais elle doit bien reconnaître une inclinaison nouvelle pour ce “bon moment” qu’elle conchiait de toutes ses forces à la belle époque. C’est même en vertu de ce principe que je suis allée voir Sur la piste du Marsupilami (et ce n’est que le respect infini que m’inspire Alain Chabat qui m’empêche de dire que c’était à chier). Je sais, c’est triste, mais je te rappelle, ami lecteur, que Bullhead m’a coûté très cher (deux semaines au fond du seau).

Résumons l’intrigue : au 18ème siècle, le riche et beau gosse Barnabas est enfermé dans un cercueil par une sorcière très amoureuse de lui (et un rien susceptible). Il aurait pu mourir de faim, ou étouffé (de quoi meurt-on quand on est enfermé vivant dans une boîte ?), mais non, car la sorcière l’a transformé en vampire, le condamnant à une agonie éternelle. Les boules. 200 ans plus tard, il est déterré par des ouvriers infortunés qui constitueront son premier repas depuis un bail.

On pense aux Visiteurs quand Barnabas découvre une route goudronnée, la voiture et la télévision : c’est facile, mais on ricane (je me demande d’ailleurs si Jacqouille la fripouille me ferait encore rire aujourd’hui… C’est toujours risqué de revoir les films qu’on a adulé dans sa jeunesse. Roger Rabbit n’a pas pris une ride, mais La Cité de la peur a perdu un petit peu de son charme - bref-).

Le vampire retourne chez lui, dans l’immense manoir que ses parents avaient fait construire. Il y fait la connaissance de ses descendants (dont Michelle Pfeiffer qui dégage encore pas mal), et décide de remettre le business familial à flots. Évidemment, il trouvera sur son chemin la sorcière susceptible, incarnée par cette créature sublime qu’est Eva Green (qui m’avait complètement retourné le cerveau dans The Dreamers, le mauvais Bertolucci où elle était toute nue la moitié du film).

Il faut accepter l’idée que plus personne ne sait à quoi ressemble Johnny Depp sans maquillage, perruque et costume loufoque, il ne faut pas attendre le moindre renouveau dans les ressorts du comique (le film se termine comme Red is dead) ; moyennant quoi, on passe “un bon moment” dont on aura tout oublié deux jours plus tard.