Ton amie chômeuse a vu Cartier-Bresson à la MEP

cartier

(Requête de Mathieu, faut y aller quand même, c’est Cartier-Bresson)

A l’exposition Controverses dont j’ai déjà parlé (mais si, souvenez-vous), on apprenait qu’au temps où il n’était pas encore connu, Cartier-Bresson, comme les autres photographes, envoyait ses clichés à toute la presse dans l’espoir d’une parution. Après être devenu riche et célèbre, il a essayé par tous les moyens de récupérer ses photos envoyées à titre gracieux, irrité à l’idée que des journalistes puissent les vendre et en tirer de petites fortunes. Pour ton amie chômeuse, la rétrospective à la MEP était donc avant tout l’occasion de comprendre pourquoi on considère Cartier-Bresson comme un maître absolu de la photographie, et pourquoi la moindre photo prise avec son portable vaut de l’or.

Déception : et bien non, on n’aura pas de réponse à ces questions. Cartier-Bresson est exposé en tant que King de la photo, et personne n’a jugé utile de revenir sur les raisons qui l’ont fait accéder à ce rang. En lieu et place des textes introductifs que personnellement je trouve très éclairants dans une exposition, on lit des citations du maître, manuscrites directement sur le mur et pas vraiment intéressantes (voire neu-neu pour certaines). Des photos, que des photos, sans fil conducteur apparent, ce qui rend l’exposition confuse, et au final, un peu vaine.

Il reste que certaines de ses photos les plus connues le sont pour de bonnes raisons, et on prend vraiment du plaisir à s’y arrêter. J’ai mis en illustration celle que je préfère : à gauche les deux femmes souriantes ravies d’exhiber un très gros bébé tout nu, à droite le chien qui regarde le visiteur, et au milieu cet homme vers qui toute l’attention converge et qu’on oublierait presque malgré sa position centrale, peut-être parce qu’il est de dos. Je trouve que Cartier-Bresson équilibre ses images remarquablement, et qu’on peut passer des heures à imaginer les histoires qui les accompagnent.

Le gros avantage de la MEP, c’est que si on est déçu par une expo, on a encore plusieurs chances d’en avoir pour son argent. C’est Laurent Van Der Stockt qui m’a sauvé la mise. Photographe de guerre, il expose ses clichés pris en Bosnie, en Tchétchénie et en Irak. Une salle en particulier est mise en scène de façon très différente des autres : les murs sont noirs, et seuls les clichés sur le mur sont éclairés. On dirait des peintures (on m’a soufflé que c’est dû au type de pellicule utilisé, la « portra »), l’ambiance est pesante, les expressions sur les visages sont magnifiques.

vanderstockt

Je me garde de commenter les trois autres photographes exposés, mon niveau d’attention ayant dramatiquement fléchi à la fin de Van der Stockt, et dans ces moments-là je ne vaux pas mieux que ma petite sœur qui se met à faire du hip-hop dans les salles du Louvre quand elle en a marre d’être là. Un mot d’avertissement pour conclure : Cartier-Bresson est exposé jusqu’à la fin du mois d’août, les autres jusqu’au 14 juin seulement.

Lien utile :
Maison Européenne de la Photographie

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