Ton amie chômeuse a vu Enter the Void

enterthevoid

Enter the Void, de Gaspar Noé
(Requête de Guy Jean Genevier, via Facebook, ce qui est interdit normalement mais bon ça ira pour cette fois va )

Ton amie chômeuse fait partie des gens qui ont râlé très fort contre Gaspar Noé après avoir vu Irréversible. Pas vraiment à cause du caractère insoutenable de la scène de viol, puisque je ne suis pas allée jusque-là, mais plutôt parce qu’il m’a rendue malade, le chien.

Ton amie chômeuse est complètement détraquée de l’oreille interne, et une caméra qui bouge sans arrêt me fait le même effet que quand je suis sur un bateau par une mer agitée, c’est à dire que je vomis. Ca me l’a fait aussi pendant Dancer in the dark. Quand en plus le vilain ne stabilise sa caméra que pour me montrer une tête en train de se faire démonter par un extincteur, je dis oui mais là je dis non, et je sors vomir à l’air libre, comme une lady.

Bien sûr, je n’ai pas voulu persévérer en me précipitant sur Seul contre tous ; on peut donc estimer que ton amie chômeuse était vierge de Gaspar Noé en entrant dans la salle hier soir. Dès le générique, on comprend qu’on n’est pas là pour déconner, mais pour vivre une expérience de cinéma hors norme, accroche-toi mon coco. Le générique défile à toute allure, façon kaléidoscope, ton amie chômeuse a avalé tout de suite un cacheton anti-migraine pour prévenir le mal.

Enter the Void, c’est un peu le film dont vous êtes le héro (à supposer que vous êtes un peu toxico sur les bords) : la caméra est subjective, au sens propre, au point que l’écran se fait noir lorsque le personnage cligne des yeux ; on est dans sa peau, littéralement. On partage son trip sous DMT, sa promenade hallucinée dans Tokyo… Ton amie chômeuse s’est laissée embarquer dès la première demi-heure, aucun haut-le-cœur à déplorer, impeccable. Le problème, c’est qu’il y en avait encore beaucoup, des demi-heures.

Quand le personnage sort de son corps, il peut à loisir se balader au dessus de la ville, entrer dans la matière, voyager dans son passé. Les vues de Tokyo sont hallucinantes, et Noé réussit à nous donner l’impression que l’on est en plein rêve, ou plutôt en plein cauchemar.

C’est une expérience, c’est certain, ça n’a jamais été fait me semble-t-il, et c’est de toute évidence l’œuvre d’un travail colossal sur chaque plan. Mais c’est si long et si répétitif que quand quelques spectateurs jettent l’éponge et sortent de la salle, on hésite un peu à les suivre. Mais non, on tient le coup, quitte à regarder ailleurs pendant quelques minutes pour reposer ses yeux.

Dans Enter the Void, les hommes ne côtoient qu’eux-mêmes, dans un univers urbain qui étouffe sous les néons et le vice. Pas de verdure, pas d’autres créatures que ces bipèdes qui baisent sans arrêt, aucune communion avec des éléments qui ne seraient pas issus directement de la main de l’homme. Le personnage est coincé dans sa condition, et la vie humaine vue sous cet angle n’est rien d’autre qu’un infini bad trip.

Le film aurait peut-être gagné à être un petit peu plus modeste, tant dans sa longueur que dans la métaphysique du propos… On en sort ennuyé, la tête en bouillie, vidé comme après une descente de drogue… Mais après tout, pourquoi pas ? Qui a dit que le cinéma devait être une sinécure ?

Lien utile :
Allociné

Bookmark and Share

Mots-clefs : , , , , , , , , , , , ,

8 commentaires sur “Ton amie chômeuse a vu Enter the Void”

  1. Chris dit :

    Cela faisait longtemps que je n’avais pas apporté mon grain de sel à ce blog… Mais voila, Gaspar Noé ne laissant jamais insensible, je me devais de commenter !

    Pour ceux qui n’ont pas vu “Irréversible”, en allant voir “Enter the void”, vous découvrirez un cinéaste hors pair, avec une mise en scène et un style inimitable. C’est beau, c’est trash, c’est sublime, c’est scandaleux… En effet, vous vivrez là une réelle expérience cinématographique comme Kubrick a pu nous faire vivre avec son “2001″ (dans un autre style bien sûr !)

    Mais voila… pour ceux qui ont vu “Irréversible”, qui comme moi le classe dans la catégorie des chef-d’œuvres du patrimoine cinématographique (et toi qui veux me contre-dire, je peux t’écrire un mémoire sur ce film pour te montrer à quel point il est essentiel dans ta DVDthèque), vous serez surement lassé par “Enter the void”.
    Ici, la mise en scène Noéesque et son côté trash n’apporte rien au propos du film, là où tout était justifié dans “Irréversible” (ce qui en faisait sa force). Ici, le côté “expérience cinématographique” devient un auto-”suçage de bite” de notre ami Gaspar qui cherche à montrer que c’est un grand artiste. Ici le côté “trash” ne cherche qu’à choquer.
    On ne croit pas aux personnages (qui jouent tous très mal), on ne s’attache pas, et la mise en scène “point de vue subjectif” dont MAC parle ne permet étonnamment pas (puisque c’est le but) une réelle identification… Donc oui, on s’ennuie. Beaucoup. Au point qu’on regarde plus les gens qui sortent de la salle, et se rendre compte qu’ils ont tenu jusqu’aux dernières 15mn et qu’une fois le premier courageux sorti, une vingtaine de mouton le suivent… alors qu’il ne reste maintenant plus que 5mn.

    “Mais pourquoi commenter, Chris, si c’est pour dire la même chose que moi” se dit MAC en modérant mon texte ?

    Pour inciter tes lecteurs (et toi) à regarder “Seul contre tous” qui est un très bon film, mais surtout “Irréversible” qui est un chef-d’oeuvre (je l’ai déjà dis ?). Les âmes sensibles doivent s’accrocher car oui, la première demi-heure du film est dur, très dur à regarder. Mais si vous passez cette partie du film, si vous tenez bon, vous assisterez à la preuve que Gaspar Noé sait maitriser son spectateur, l’amener là où il veut et que son propos est fort, très fort.

  2. Chris dit :

    Ah oui et aussi… pour les amateurs de technique et d’effet spéciaux “invisible”… c’est hallucinant ! A chaque plan, on se demande comment il a fait !

  3. Julie dit :

    Ce film m’a donné envie de hugger mes voisins dans la salle afin d’avoir un peu de réconfort - ce film m’a mise ultra mal à l’aise. Il est donc particulièrement réussi j’imagine.

  4. admin dit :

    Peut-on considérer le fait d’être dérangé comme un gage de réussite ? Je n’en sais rien, vaste débat…Peut-être bien. En tout cas je ne suis pas encore prête à aller voir Irréversible, je veux faire la paix avec mon oreille interne avant de tenter l’amitié avec Gaspar.

  5. marine dit :

    j’ai vu plusieurs films de Gaspard Noé, Carne, Seul contre tous, Irréversible et il y a peu “enter the void”. je suis assez en phase avec Chris, je trouve que Noé est un réalisateur intéressant , j’ai vu irréversible de bout en bout et je suis restée pendant l’interminable “enter the void” (c’était peut être juste pour me remémorer tokyo que je venais de quitter). En fait je trouve que le propos qui est tenu dans enter the void est très con, et le côté répétitif des astuces filmiques fatiguant et scolaire. je ne suis pas très fan d’irréversible car on retrouve quand même (un des travers de Noé) l’utilisation parfois veine de l’ultra-violence et surtout une vision ultra macho voire même avilissante de la femme, qui ne peut qu’être violée ou prostituée ou gogo-danseuse ou réceptacle à fœtus… c’est dommage. Pour moi, seul contre tous est le meilleur, avec un côté “film social” qui élève un peu le discours.

  6. Gabriel dit :

    Je n’avais vu aucun des autres films de Gaspar Noé. Ce film qui aurait gagné avec un format plus court (1h30) ça aurait obligé a condenser plus l’histoire et éviter des longueurs…

  7. admin dit :

    @Gabriel : oui, 1H30 ça aurait été nickel, je suis d’accord !
    @Marine : c’est curieux d’ailleurs, ce côté raz les pâquerettes dans le propos (en particulier sur les femmes, tu as raison), parce qu’en interviews ce mec a l’air d’être plutôt du genre très intelligent, non ?

  8. kirua dit :

    Comment condensé ce que je pense de ce chef d’oeuvre inclassable, car il n’a pas d’equivalent. C’est du Noé, ca veux dire t’aime ou t’aime pas…
    Je connais des gens qui ont prefére Seul contre tous que Irréversible, ceci dit ce sont deux autres chef d’oeuvre de Noé.

    Bref rentrons dans le film : les 30 premiéres minutes, j’ai été schotché a mon siege. Le générique que j’avais deja vu sur une toile c’est JUSTE incomparable… il donne le ton, étourdissant, répétitif, coloré pastel mais surtout synthétique (je veux dire creer par l’homme) on ne vois jamais le jour a part dans les rêves d’Oscar je me demande d’ailleurs si des gens vont au cinéma ils y vont concentré. Quand on vois un film “spécial” il faut se préparer, se mettre dans le délire

    Techniquement, bluffant, comme dirai @Chris, on se demande comment il fait, oublions pas un sound design en chef Monsieur Thomas bangalter lui aussi un travail soigné, propre, on oscille entre bruit sourd et bruit ettoufé, bon c’est géniale what else ?!

    Le plus dur pour moi cette philosophie de la reincarnation tout celà. La caméra subjectif est là pour nous coller a l’héro, ce qui est troublant aussi c’est la chornologie, parfois on est un peu perdu

    Voilà un classique que j’ai trés envie de voir, vive le DVD !

Laisser une réponse