Ton amie chômeuse a vu Ma part du gâteau

klapisch

Ma part du gâteau, Cédric Klapisch
(L’illustration est une capture d’écran de la bande annonce : le patron de Gilles Lellouche le vilain trader le félicite pour ses bons travaux)

Le film de dénonciation serait-il le genre casse-gueule par excellence ? Après Ken Loach, au tour de Cédric Klapisch de se ramasser avec sa Part du gâteau. Son histoire de rencontre entre un trader et une ouvrière qui se remet péniblement de son licenciement ne convainc personne (sauf le spectateur qui s’est courageusement mis à applaudir frénétiquement à la fin de la séance à laquelle j’ai assisté).

Par égard pour le « réalisateur d’une génération » (en l’occurrence, la mienne) ton amie plus vraiment chômeuse a fait de son mieux pour détourner les yeux aux moments qui lui semblaient les plus franchement ratés. Quand l’ouvrier syndicaliste commence sa phrase par « Nous, les petits » par exemple, ou quand entre en scène un trader scrupuleux que ses collègues traitent d’ « humaniste ». Chacune des remarques de l’humaniste est douloureuse de lourdeur, et les réponses de son collègue, le « trader-requin » le sont, hélas, tout autant.

Evidemment qu’il faut en coller plein la gueule au système financier, ton amie plus vraiment chômeuse rêverait même de voir un film montrant des têtes sur des piques ! Bien sûr que quiconque est doté d’un système nerveux ne peut empêcher cette montée de colère face à une situation inchangée malgré la crise.

Mais ce qui m’a le plus gênée dans cette affaire, ce n’est pas tant le film (qui malgré tout, se laisse regarder au même titre qu’un épisode de Sous le soleil) que la présentation qu’en a fait sa principale interprète sur le plateau du Grand Journal de Canal + la semaine dernière. Karin Viard a passé les trois minutes qui lui étaient attribuées à expliquer à quel point elle avait eu du mal à se souvenir des paroles idiotes de la chanson « les Rois du monde » que son personnage chante à tue-tête en repassant du linge.

Voir cette actrice pomponnée à mort, dont Lellouche venait de faire un vibrant éloge (à l’aide des sept mots qu’il a réussi à mobiliser pour l’occasion), se moquer de son personnage prolo sur un plateau de télé, et ben ça m’a mise étonnamment mal à l’aise. La chanson est nase, c’est entendu. Mais la situation m’a parue au moins aussi indécente que ce que le film cherche à dénoncer. (Note pour moi-même : je remarque que plus encore que le travail, la présence d’une télé dans ma vie -une nouveauté- me rend souvent malheureuse. Billet à venir sur ce thème.)

Pourquoi suis-je allée voir le film, me demanderas-tu ami lecteur, dans ta grande sagacité ? Parce que je me suis dit que je devais bien ça à Klapisch, celui qui m’a offert Le péril jeune et Un air de famille. Disons qu’il a droit à un certain nombre de nanars avant que je ne cesse de lui être reconnaissante pour ces cadeaux. J’admets qu’entre ça et Paris, il tape dans sa réserve de crédits sévère. Mais enfin Tomasi quoi les mecs. Tomasi.

A noter tout de même que dans ce fatras de bons sentiments et de mauvais dialogues, Karin Viard (que je ne porte pourtant pas dans mon cœur) et Gilles Lellouche sonnent justes : une performance qui vaudrait de les césariser tous les deux.

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2 commentaires sur “Ton amie chômeuse a vu Ma part du gâteau”

  1. Clairette dit :

    Chère MAC merci d’exister et de me faire rire… A quand le billet sur ta vie sans télé? Comment ça marche exactement?? (angoisse). Baisers, merci et surtout continue !!!

  2. TheCélinette dit :

    C’est sur que ce que tu décris de l’attitude de Karin Viard en dit long sur sa recherche par rapport à cette situation sociale…

    Ca me déprime de paysage français où les gens superficiels sont mis à l’honneur …

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