Ton amie chômeuse détient une vérité qui dérange

oeufcoque

(Auto-requête suite à une terrible engueulade dominicale avec M. le maudit)

Ton amie plus vraiment chômeuse s’enorgueillit d’un certain savoir-faire (voire d’une dextérité certaine) dans la préparation des œufs coque. C’est bien peu de chose ? Au contraire AU CONTRAIRE ami lecteur, car qu’existe-t-il de plus formidable que ce délicieux ovoïde, perché sur un support charmant (et parfois pittoresque), s’ouvrant par petits coups répétés sur le haut de la caboche ?

A t-on connu rien de meilleur que cette fine tranche de baguette tartinée de beurre salé, qu’il faut plonger dans le jaune encore cru -quand le blanc, lui, miracle de la nature, est déjà cuit - en veillant à ne pas faire déborder l’œuf taquin (pour deux raisons : de 1, c’est le jaune le meilleur, et il ne faut pas en perdre, et de 2, il n’y a rien de plus chiant à nettoyer que du jaune d’œuf séché sur un coquetier).

L’œuf coque, c’est l’élément indispensable du brunch réussi, du petit déjeuner à visée énergétique, et même du dîner coquillettes. J’y ai converti absolument tous les gens qui sont venus dormir chez moi un jour ou l’autre. Je dirais même que c’est à leur goût pour l’œuf coque que l’on reconnaît mes ex.

ET, chose hallucinante : ça n’existe nulle part ailleurs qu’en France. Sans même parler des anglais qui ne connaissent rien à la cuisine (quiconque a déjà subi le garlic bread sait de quoi je parle), ton amie chômeuse a déjà constaté, à Berlin par exemple, que les non-Français ne détiennent pas le secret du temps de cuisson. Ils servent la chose dans un coquetier, certes, mais c’est un œuf dur.

Et c’est là, ami lecteur, que je me permets d’intervenir en ma qualité de passionnée des œufs à la coque. Le temps de cuisson n’est pas de trois minutes comme le veut la légende. Celui qui a édicté cette loi n’est rien d’autre qu’un gobeur d’œufs crus (et d’enfants, sûrement). Car à trois minutes, le blanc n’est pas blanc, il ressemble encore à de la morve un peu pâlotte. Quatre minutes. Il faut laisser l’œuf dans l’eau bouillante pendant quatre minutes, l’ouvrir dès la sortie, reposer le capuchon pour le conserver au chaud et laisser le temps aux dernières traces de morve de blanchir. Pas longtemps, juste le temps de couper les mouillettes.

Ami lecteur, tu serais estomaqué du nombre de personnes qui doutent de mon expertise. C’est d’ailleurs à leur docilité sur ce sujet que l’on reconnaît, également, mes ex (« Bon, je te préviens, il faut que tu me fasses confiance, c’est un peu choquant au début, mais je les laisse QUATRE minutes. Si. » Réponses possibles : « Fais ce que tu veux », ou, variante « Mais de quoi tu parles ? »).

Combien d’autres ont tenté d’argumenter, de foutre en l’air mes 30 ans de pratique en affirmant de manière insupportablement dogmatique que personne ne saurait remettre en question la règle des trois minutes. Le problème quand on tombe sur quelqu’un qui ne-veut-pas-lâcher-l’affaire-nom-de-dieu, c’est que la bonne humeur que l’œuf coque charrie toujours avec lui s’en trouve annihilée.

L’impudent finit par cracher un « vas-y, on va bien voir ce que ça donne tes conneries » plein de menaces. On se dit que merde, si ça se trouve, la puissance de feu de cette plaque inconnue va tout faire basculer, et que l’humiliation sera terrible. Du coup, le brunch devient un calvaire, les convives vous attendent au tournant… L’ambiance est foutue, et même l’œuf coque parfaitement cuit ne suffira pas à rattraper le coup.

Le monde n’est pas prêt à entendre la vérité. Il reste encore beaucoup de pharisiens (et notamment E. de Bruxelles sans vouloir balancer) incapables de renoncer à la loi des trois minutes. A une époque, on condamnait des gens à mort pour des découvertes moins importantes que ça (qu’est-ce qu’on s’en tape que la terre soit ronde ? Alors que l’œuf coque, ça concerne les gens), je le sais, mais je tiendrai bon. Morituri te salutant. (Peu de rapport je sais mais je trouvais ça classe de finir en latin).

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14 commentaires sur “Ton amie chômeuse détient une vérité qui dérange”

  1. Celine dit :

    Chère Amie chômeuse enfin plus vraiment, très interressée par ton article je suis car je suis moi même une adoratrice de l’Oeuf Coque. Ayant essayer plusieurs versions du temps de cuisson je voudrais pouvoir m’approprier cette vérité que tu as la générosité de partager mais un détail m’échappe, l’Oeuf sorti ou pas du frigo?!
    Sinon je me demande si cela t’as été inspiré par le symbolisme fort et les vérités que peut contenir la kabbale. Message subliminale de Madonna? Peut être es tu une Sage MAC, mais je m’egare.

  2. admin dit :

    Chère Céline,
    Je fais partie de l’école des œufs au frigo. Donc oui.
    Mais j’avoue avoir été sensible à l’argument de mon ami intermittent, qui avançait l’autre jour que les supermarchés les rangent au rayon pas frais. Troublant.

  3. maelle dit :

    AH je le SAVAIS !!! A chaque fois que je fais un oeuf coque, j’hésite à le sortir au bout des dites 3 minutes, précisément parce que la morve gâche mon plaisir. Du coup je le regarde, cuiller en main, mon regard oscille entre le chrono et la casserole, mais la peur du jaune même un peu cuit sur les bords est trop forte - je panique et je finis par le retirer toujours un POIL trop tôt. Morve assurée. Dépit.

    PS. L’autre jour en revanche, j’ai réussi a rater un oeuf dur, mais du coup je me suis retrouvée avec un oeuf coque parfait. Heureusement, j’avais du pain frais pour savourer ce don du ciel.

  4. Antoine dit :

    S’il y en a tant qui prônent la règle des 3 minutes et d’autre celle des 4 c’est bien parce qu’il existe un juste milieu.
    Moi même grand, mais alors alors très grand fan et consommateur pour les mêmes occasions (bien que je ne puis considérer mes coquillettes sans quelques morceaux de jambon) je vous le dis: la vérité est à 3min40. Précises.
    On les sort de l’eau, on coupe les mouillettes, et alors on les ouvres.

    Badoum ba

  5. celine dit :

    tout comme les fromagers ou charcutiers, ou tout comme à la campagne ou après “cueillette” au poulailler, nous les mettions à la cave qui est fraîche mais pas froide. mais je pense que du coup la min en plus et liée à la température de l’oeuf provenant du frigo.

  6. Chris dit :

    Ton ami intermittent persiste et signe ! Hors du frigo !

    Bon, ceci dit, je pose une question à Mon amie chef cuisto spécialisée en oeuf à la coque : la durée de cuisson ne dépend-elle pas aussi de la taille de l’oeuf ?

    Sinon, t’as tester de le faire cuire 3mn et ne pas ouvrir tout de suite (le temps de couper les mouillettes) pour le laisser cuire à l’intérieur de sa coquille et enlever les traces de morves du poussin ? ;-)

    Et quid de l’oeuf mollet ?

  7. Aurélie dit :

    Tellement bon les oeufs coque! Moi quidoit m’éxercer à la pratique de la cuisine (emménagement imminent avec chéridou oblige) je tenterai donc les 4min car j’ai toujours trouvé les oeufs coques de ma maman un peu trop “vsiqueux” au niveau du blanc…. Merci donc MAC pour tes conseils culinaires et si tu détiens d’autres vérités qui dérangent, do not hesitate!!!

  8. ethanol dit :

    Fan de l’oeuf coque : essayez ceci et découvrez ce miracle :
    Oubliez le temps de cuisson (je m’explique) :
    - mettez les oeufs dans une casserole adaptée en taille (pas le genre 1 mec dans le stade de france ni sardines en boites)
    - recouvrez d’eau du robinet +1cm
    - mettez à cuire
    - quand ça bout = c’est cuit !
    allelouija, jetez votre compte minute, votre sablier, votre rolex ; ça marche à tous les coups !

  9. admin dit :

    @ethanol : tu bluffes.

  10. Gaëlle dit :

    Sur un sujet hautement stratégique et sensible, je ne pouvais pas ne pas commenter !
    Tout à fait d’accord avec toi, 3 minutes, c’est trop court et le blanc pas cuit, il n’y a rien de tel pour me gâcher mon plaisir et mes mouillettes au beurre salé !
    Personnellement, je le laisse entre 3mns et 30 secondes pour les oeufs de taille moyenne et 4 mns pour les gros oeufs.
    Merci d’avoir abordé un sujet aussi délicat avec autant de passion et de conviction !

  11. admin dit :

    @Gaëlle : c’est bien normal. C’est mon devoir de chômeuse citoyenne. (Poing levé).

  12. Couscous dit :

    Si je puis me permettre, vous n’avez pas trop abordé le sujet des mouillettes. Alors oui, je sais, je vais passer pour une hérétique, mais :
    - vu qu’on sale délicatement le jaune, le beurre salé est superflu. J’utilise du beurre doux
    - le top du top, c’est de rajouter une fine lanière de jambon blanc (bon, genre du boucher) sur la mouillette
    - et alors la cerise sur le gâteau, l’orgasme culinaire ultime, c’est l’hérésie suivante : ajouter une fine tranche de gruyère / comté…

    Je sais ce que vous allez dire. “Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?” “D’autres aliments masquent le goût du jaune d’oeuf.” “Et pourquoi pas du ketchup pendant qu’on y est ?”
    Je ne peux que comprendre, ce sont mes arguments habituels. Mais ça ne marche plus pour les oeufs à la coque, y’a une règle spéciale. Croyez-moi, le goût du jambon blanc se marie divinement à celui du jaune légèrement salé… et que dire de ces trois textures : jaune coulant, jambon tendre, gruyère élastique ? Rhâaaaa…

    Alors, d’autres amateurs de la mouillette revisitée ?

  13. [...] que je vois et que j’ai lu c’est un article très intéressant sur la cuisson des oeufs sur le site de mon amie chômeuse (enfin plus vraiment maintenant je crois [...]

  14. krominet dit :

    MAC = Mon Amie Coqueuse

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