Ton amie chômeuse a vu plein de films

unmondesansfemmes
Un monde sans femmes, de Guillaume Brac
(Requête de Ben)

Cette semaine, ton amie redevenue chômeuse l’espace d’une semaine (God bless les RTT) a fait le plein des activités qui faisaient sa joie au temps de l’oisiveté. Je te préviens ami lecteur, ça va être un peu long. Du coup je te propose de n’évoquer dans un premier temps que les films que j’ai vu, et je parlerai des expos dans un deuxième billet. D’accord ? D’accord, t’es un chat.


La désintégration

C’est l’histoire d’Ali, un jeune type qui ressemble à Jamel Debbouze (ouais je sais, c’est son frère, ça va, mais en y allant, je ne le savais pas, vois-tu) et qui vit dans la banlieue de Lille. Ali se confronte à la grande arnaque de la République Française : il passe son bac, rédige un beau CV, envoie des lettres de motivation… et s’aperçoit que personne ne veut de lui. Du coup, paf, il rencontre Djamel, chargé par Allah et ses potes de recruter une armée de martyrs. Et bim, il devient accro à un Islam hardcore, et badaboum, il se mue en terroriste. Ne nous voilons pas la face (jeu de mot douteux) (pardon), le film a un petit côté démonstratif. Le jeu des acteurs est très inégal : Rachid Debbouze est excellent, celle qui joue sa mère mérite un Oscar, mais le méchant, le recruteur de bombes humaines, on aime moins. On a du mal à comprendre comment les autres peuvent aussi facilement succomber à un charisme qui se limite à une voix constamment susurrante (racle-toi la gorge une bonne fois pour toutes mec, je t’assure). Le film vaut le coup pour les scènes de vie de famille : drôles et tendres sans être idéalisées. La gêne de la mère quand son fils aîné lui présente sa “gauloise” de fiancée, son demi-sourire quand Ali lui décoiffe le voile en passant, sa lutte quotidienne pour tracer une route sans violence… L’héroïne du film, c’est elle (et je ne dis pas ça parce que c’est la journée de la femme).


Félins

Grosse grosse déception. Ton amie chômeuse, fan de documentaires animaliers, s’est précipitée pour voir ce film qui promettait une véritable fusion d’1H30 avec les gros chats de la savane. Et en a oublié un détail essentiel : c’est un film pour enfants (et ils constituent l’essentiel du public en salle -”Maman, pourquoi il court après le zèbre ? Il va le tuer, Maman ? Pourquoi il veut le manger ?“). Les gros chats ont des prénoms, la caméra s’éloigne dès qu’ils cassent la croûte, et le scénario tente piteusement de masquer la terrible vérité : la vie des léopards et des lionnes, c’est vraiment de la daube (les lions, qui n’en branlent pas une, s’en sortent mieux). Elles passent leur temps à chercher de quoi manger et à développer des stratagèmes ingénieux pour que personne ne viennent bouffer leurs petits pendant qu’elles bossent. Rien dont ton amie chômeuse se soit vraiment sentie solidaire (et je ne dis pas ça parce que c’est la journée de la femme).


Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse et la mandarine

Bonheur des vacances, joie de l’emploi du temps libéré, on peut aller voir des films sortis en 2008 qui ne jouent qu’une fois par semaine dans un cinéma dont on ignorait l’existence. Ton amie chômeuse n’est absolument pas sensible aux créations de Louise Bourgeois, auxquelles elle ne bite rien. Mais la curiosité m’a récompensée : c’est sans doute la plus belle découverte de la semaine. 1H40 en compagnie de cette femme, ça vous réconcilie avec l’univers. Elle s’exprime dans un anglais impeccable au vocabulaire précis (Louise Bourgeois a émigré très jeune à New-York et le film est réalisé par deux américains), expliquant ses installations par des démonstrations limpides et fulgurantes d’intelligence. Elle raconte que ses sculptures ont pour finalité d’être détruites, ce qui n’est pas particulièrement au goût de son agent. Mais il faut éviter que la violence se tourne contre des individus, il est donc préférable que ce soit les œuvres, dit-elle, qui essuient les impulsions de l’artiste. A mesure que le film avance, on comprend qu’il ne s’agit que de ça, de détourner ses frustrations et ses rancœurs contre un père infidèle, de réconcilier l’individu avec son inconscient (privilège de l’artiste, selon Louise). On apprend que les immenses araignées qui l’ont faite connaître partout dans le monde sont un hommage à sa mère, à son intelligence et à sa patience méticuleuse. On devine aussi le tyran derrière l’artiste, qui, pour le coup, n’était sans doute pas faite pour enfanter (le pauvre Jean-Louis, quarante ans passés au moment du tournage, est encore complètement bouffé par le charisme de sa maman) ; celle encore qui engueule la femme qui la filme, qui lui répond qu’il faut quand même qu’elle réfléchisse un peu par elle-même. Ton amie chômeuse est tombée amoureuse de ses mains noueuses, de son phrasé, de son humour et de ses excès. Et je ne dis pas ça parce que c’est la journée de la femme.


Les infidèles

Ton amie chômeuse n’en demandait pas beaucoup : j’avais juste envie de rigoler, quoi, même si c’était con, même si c’était lourd, je voulais passer ce qu’on appelle “un bon moment”. Raté. C’est nul, et je n’en dirai rien de plus. Pas une vanne qui m’ait fait sourire, rien à sauver. Sauf peut-être Alexandra Lamy dans la séquence intitulée “La dispute” ; ce n’est pas drôle du tout du tout, mais ça sonne juste et c’est déjà pas mal. Je ne dis pas ça parce que c’est la journée de la femme (tu dis si je suis lourde).

Bullhead

Devant une histoire extrêmement triste, ton amie chômeuse est toujours confrontée à deux options : je suis excédée parce que c’est trop, je ne reçois plus rien, j’ai envie de dire “Oh non là ça va comme ça” à haute voix. C’est ce qui m’est arrivé devant Incendies, par exemple. Autre cas de figure, je me mets à pleurer. Et là, je ne m’arrête plus. Je ne saurais pas exactement expliquer ce qui m’a bouleversée à ce point dans l’histoire de cet homme qui vit parmi ses vaches et qui s’injecte les mêmes hormones illégales qu’il leur met dans le cul. J’en ai parlé avec des gens très bien qui ont simplement trouvé le film excellent… Je ne pourrais pas en dire autant. Pour moi, c’était trop (et je ne dis pas ça parce que c’était la journée de la femme).

Un monde sans femmes

Diffusé au cinéma MK2 Beaubourg (ce qui prouve que tout n’est pas à jeter dans cette chaîne de ciné), ce film se compose de deux moyens métrages. Concept original, et complètement rebutant pour les gens simples comme ton amie chômeuse. Et au final, très très réussi.

Un cycliste crève sur une route de campagne, un type s’arrête et lui propose son aide (et des Choco BN). Parisien en goguette, mais néanmoins Parisien, le cycliste l’envoie bouler (tout en prenant quand même les biscuits). Mais après avoir changé sa roue, Jeannie Longo crève à nouveau, et se retrouve à pousser son engin jusqu’au prochain bled pour y trouver un chauffeur susceptible de le ramener à la gare. Mais à Ault (sur la côte picarde), en hiver, il n’y a personne. Sauf… le mec aux biscuits qui fait peur au Parisien tellement il est sympa, mais dont il est bien obligé d’accepter le secours.

Dans le second film, le décor est le même, mais la saison estivale a ramené son lot de touristes… Dont deux parisiennes (encore), une mère et sa fille, qui louent un studio à l’autochtone au grand cœur (toujours le même, celui des Choco BN). La mère est sympa et un peu allumeuse, la fille est plus discrète et très gracieuse. Pris dans leur névrose familiale, Choco BN tente d’exercer son pouvoir de séduction. Et il le fait avec tellement de douceur, de sincérité et de gentillesse… que la mère ne veut plus de lui. Et passe à côté d’un petit miracle en forme d’homme. Cette conne. Mais comme c’est la journée de la femme, on lui pardonne.

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