Ton amie chômeuse a vu De rouille et d’os

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De rouille et d’os
, de Jacques Audiard

Ton amie plus vraiment chômeuse avait au moins trois bonnes raisons d’aller voir De Rouille et d’os, le dernier film de Jacques Audiard :

1- c’est un film de Jacques Audiard (two words : Un prophète)

2- les orques. Quand on me demandait mon animal préféré, je répondais toujours que c’était l’orque (il y a longtemps qu’on ne m’a plus posé la question et c’est bien dommage). Je suis fascinée par cette bestiole, que ses grandes taches blanches près des yeux rendent aussi sympathique qu’un panda (inversé), mais dont on ne peut pas oublier la tendance à bouffer des phoques comme d’autres mangent des Chipsters. La scène du film qui se déroule à Marineland m’a rappelé le temps où mes grands-parents, croyant me faire plaisir, m’y avait emmenée. Le spectacle de ces immenses squales parqués dans des bassins et forcés à faire des cabrioles m’avait rendue infiniment triste (ta jeune amie pas encore chômeuse était très sensible à la souffrance animale, et refusait d’aller au cirque pour les mêmes raisons). Soyons honnêtes néanmoins : les orques occupent un rôle mineur dans le film.

3- le handicap. Depuis ses rencontres avec Aurélie et Ashem (ici le lien vers son blog qui vaut le détour), ton amie plus vraiment chômeuse est plus sensible au traitement réservé aux éclopés (pour reprendre un mot cher au myopathe anarchiste sus-cité). Tu le sais sans doute ami lecteur, dans le film, Marion Cotillard est amputée des deux jambes (suite à une maladresse de l’orque) (qui n’y est pour rien, le pauvre, y avait pas qu’à lui faire faire des conneries dans un aquarium trop petit pour lui). Les mois de déprime et les envies suicidaires, Cotillard les joue à merveille. On est avec elle quand elle sort pour la première fois après l’accident, hirsute, le soleil lui brûlant les yeux, réprimant une nausée quand on veut pousser son fauteuil à sa place. Audiard filme son corps mutilé de très près, quand elle se traîne sur le sol pour mettre ses assiettes dans le lave-vaisselle ou quand elle veut aller aux toilettes la nuit. La caméra nous force à interroger nos réflexes : quelqu’un qui se traîne par terre, c’est une image de déchéance ; pas là. C’est l’image de quelqu’un qui fait avec, ou plutôt sans, et ce n’est pas là que se loge l’aspect sordide du film.

Le sordide, ce serait plutôt ce bonhomme qui débarque à Nice avec un enfant dont il s’occupe mal, et qui aime se battre par dessus tout. Pour arrondir ses fins de mois, il participe à des combats où tous les coups sont permis, et il kiffe. Il tape dans le siège avant de la voiture avec sa tête pour se donner du courage, il crache du sang, il court quand il doit se défouler, bref, c’est une brute épaisse. Est-ce parce que son intelligence lui rappelle les poissons dont elle s’occupait, Stéphanie (Marion Cotillard) est séduite par sa virilité ras-les-pâquerettes. Elle aime bien le voir bomber le torse et éclater la gueule d’autres mecs : c’était ce que Simon, celui avec qui elle vivait avant l’accident, ne savait pas faire. Mais la délicatesse de l’animal, c’est de ne pas la considérer comme diminuée. Ils sont violents tous les deux, égoïstes (surtout lui), ils ont des loisirs douteux (les combats, et les boîtes de nuit cheapos pour célébrer les victoires), des boulots moralement répréhensibles… mais on est quand même embarqué par leur histoire, touché par ce qui se passe entre eux et qui échappe complètement à l’écueil neu-neu, sans doute en partie grâce à la force du jeu des acteurs (Cotillard et Schoenaerts, mais aussi tous les seconds rôles qui sont renversants, comme dans Un prophète).

Et pour finir, si tu vas le voir ami lecteur, dis-moi ce que tu penses des seins de Marion Cotillard (m’est avis que ça ne peut pas être naturel).

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Un commentaire sur “Ton amie chômeuse a vu De rouille et d’os”

  1. azy dit :

    Ce film est catastrophique, son naturalisme, sa pauvreté lyrique. Voilà ce qu’est le cinéma français aujourd’hui ? On tente de nous faire croire que l’humiliation est du sentimalisme. Un peu comme Amour et l’oreiller dégueulasse sur la tête de la vieille. Mais mince, putain.. c’est pauvre. C’est cynique, creux.

    Quand je vais au cinéma, je veux vibrer, aimer, admirer nos contradictions. Nos beautés. Nos haines. Pas notre médiocrité.

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