Archive pour le mot-clef ‘danse’

Ton amie chômeuse a vu “Danser sa vie” à Pompidou

Dimanche 18 mars 2012

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Danser sa vie
, au musée Pompidou jusqu’au 2 avril

Ami lecteur, il n’y a plus de saisons, on ne sait plus comment s’habiller avec tous ces revirements météorologiques, et en ces temps troublés, rien ne vaut une bonne expo (si toi aussi tu trouves que j’aurais fait une excellente commerciale, clique sur Like).

Ton amie plus vraiment chômeuse te recommande chaudement d’aller voir les photos de William Ropp à la Maison Européenne de la Photographie. Si ça ne te plait pas, il y a aussi des photos de Lætitia Casta à poil, donc de toutes façons, tu ne te seras pas déplacé pour rien. Mais ce n’est pas ce dont je voulais parler : je voulais te conseiller d’aller voir “Danser sa vie” à Pompidou avant que ça ne se termine le 2 avril.

Gros retour sur investissement pour cette exposition : pour le prix d’un billet, ami lecteur, tu as le full monty : peinture, sculpture, vidéo, et même, performance live. Un visiteur prévenu en vaut deux : le monsieur qui se roule tout doucement par terre au début du parcours est un bel et bien un danseur en plein exercice de son art et non un touriste victime de coliques néphrétiques. C’est un peu gênant au début, on se dit qu’il va se salir à force de se trainer comme ça sur le parquet, on n’ose pas vraiment regarder… Mais assez vite, on se trouve subjugué par cette impression qu’il évolue dans un autre espace temps. Ses gestes ralentis absolument maitrisés contrastent avec le pas pressé des visiteurs. A la fois sculpteur de son propre corps et sculpture en mouvement, le danseur a toute sa place parmi les œuvres de Matisse et Rodin ; il suffit de s’habituer.

Ton amie plus vraiment chômeuse a adoré trainer longuement devant la projection du Sacre du Printemps de Pina Bausch, et plus encore, regarder la vidéo des Empreintes d’Yves Klein. Des femmes nues, très plantureuses, s’enduisent méthodiquement de peinture (bleue, évidemment) avant de venir coller leurs seins, ventres et cuisses contre une toile blanche, comme une ode rupestre à la féminité. Ça m’a fait penser aux femmes de croc-magnon d’Erolf Totort. (Pour ceux qui suivent M.A.C. depuis le début, Erolf Totort, c’est l’artiste qui avait conçue une étonnante “grotte à foufounes” que ton amie chômeuse avait visité il y a deux ans. J’en avais fait un billet que j’ai dû effacer tant le mot “foufoune” devait charrier de spams sur ma pauvre boîte).

Autre moment jubilatoire dans la même pièce que les toiles de Klein, la vidéo “Quando l’uomo principale è una donna” (Jan Fabre). Une femme nue danse sur une scène couverte d’huile d’olive. Elle même devient vite plus grasse qu’un cornet de frites et finit par renoncer à la station debout ; elle se roule, glisse, tourne… On dirait une pub pour une huile de beauté, type Ushuaïa, pour laquelle la fille aurait gobé quelques acides. Au final, l’expo donne vraiment envie… de danser. C’est d’ailleurs ce que le visiteur est invité à faire en fin de parcours, où l’on peut poser un casque sur ses oreilles et aller tâter la piste (sans huile d’olive, hélas). Ton amie chômeuse a assisté à une version très personnelle de mambo interprétée par deux quinquagénaires absolument débridées et est sortie de là le sourire aux lèvres.

Pour info, Erolf Totort expose ses toiles en ce moment :
À la Strada
Galerie Épicurienne
Épicerie fine Italienne
101 bis rue de Ménilmontant
75020 Paris

Ton amie chômeuse a vu du flamenco qui ne ressemble pas à du flamenco

Jeudi 29 octobre 2009

boryQUESTCEQUETUDEVIENS ? d’Aurélien Bory, au théâtre des Amandiers de Nanterre et en tournée en France

(Requête de Jérôme, a entendu beaucoup de bien du scénographe Aurélien Bory, mais ne sait pas bien ce qu’il scénographie, au juste)

C’était la première fois que j’allais au théâtre des Amandiers à Nanterre. Dès la sortie du RER, ton amie chômeuse s’est fait un tas d’amis : nous étions en effet une dizaine à chercher où s’arrêtait la navette qui fait le lien avec le théâtre et qui a été détournée de son chemin habituel par des travaux. On se perdait en conjectures et exercices de déduction, on envoyait deux personnes en éclaireur, on demandait à un passant, le tout dans une ambiance Fort Boyard très conviviale.

Le théâtre des Amandiers ressemble à un grand hall de gare, on y trouve un bar-restaurant qui sert du vin et des parts de flan, des centaines de personnes discutent et s’interpellent avant que le haut-parleur n’appelle à se rendre dans telle ou telle salle. Pour ce qui est du spectacle d’Aurélien Bory, un certain flou régnait autour du genre auquel il appartenait ; l’ouvreuse me dit que c’était du flamenco, en ajoutant immédiatement que c’était « plus que ça », pour conclure par un « vous verrez bien » énigmatique.

Et en effet, je vis bien. Danse, musique, théâtre et cirque : c’est tout à la fois. Une femme entre en scène et entame un jeu de mimes avec son vêtement pour seul partenaire. Ce n’est que quand la robe rouge et froufroutante la quitte (au sens propre, la femme cherchera en vain à la retenir) que la danseuse s’éveille.

Un chanteur de Flamenco entre et sort du décor, un guitariste traverse la scène sur une chaise de bureau à roulette : ils ne sont pas seulement d’extraordinaires accompagnateurs, ils sont les acteurs d’une véritable pièce, d’une histoire qui se raconte à coups de claquements de talon, d’éclaboussures d’eau et de lumière, de fumée diffuse et de reflets. C’est d’une beauté à couper le souffle, tout simplement.

Les représentations de QUESTCEQUETUDEVIENS au théâtre des Amandiers sont terminées, mais le spectacle se joue à nouveau en début d’année à Toulouse et à Montpellier, ton amie chômeuse se paierait bien le voyage pour assister à ce moment de poésie deux, trois fois encore (à défaut je vais demander un abonnement au théâtre des Amandiers et espérer faire d’autres découvertes aussi somptueuses).

Lien utile :
Programmation des spectacles de la compagnie d’Aurélien Bory, la compagnie 111, sur spectacles.fr.

Ton amie chômeuse a vu Gat/Duato/Preljocaj à l’Opéra Garnier

Lundi 18 mai 2009

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(Initiative personnelle de moi-même en mon âme et conscience)

Fatiguée d’attendre qu’on m’invite à l’opéra (alors que c’est une sortie parfaitement banale pour les filles de Gossip Girl), j’ai décidé d’offrir deux places à ma mère en lui laissant entendre que ce serait sympa de m’emmener. Car ton amie chômeuse, toute érudite en devenir qu’elle est, n’avait jamais mis les pieds à l’opéra. En bonne néophyte, j’ai tapé « Preljocaj + opéra » sur Google en pensant tomber sur Blanche-Neige, parce que je trouvais ça sympa de commencer par une histoire que je connaissais déjà. Mais non, plus de Blanche-Neige, on me proposait Gat/Duato/Preljocaj, une histoire dont je n’ai jamais entendu parler pour le coup. Complètement disposée à faire de nouvelles découvertes, j’achète les places, avec trois mois d’avance (quand même).

Le 13 mai et avec une demi-heure d’avance, j’étais postée devant l’opéra, chaussée de mes bottes en faux python et parée de ma plus belle robe. J’ai eu le temps de voir arriver tout ce que Paris compte de plus classe, ça descendait de taxis et même de voitures avec chauffeurs, ça regardait même pas l’impressionnant bâtiment avant d’entrer, comme si ça allait à l’Hippopotamus. Jusque-là, ma mère et moi n’étions pas mauvaises, mais au moment de trouver nos places, ça s’est gâté. Tout le monde était déjà installé que nous avions encore des doutes sur l’étage. Ma mère commençait à évoquer l’idée que c’était peut-être à Bastille en fin de comptes (je lui ai déjà fait le coup avec Orly/Charles de Gaulle), quand une gentille dame est venue à notre secours. Elle nous accompagne devant une toute petite porte dont elle sort la clé (« eh oh, j’ai payé hein, va pas nous coller dans un placard toi… »), et là, surprise : une loge, comme dans Gossip Girl ! Là je n’y tiens plus et m’exclame « putain, comment c’est de la balle » alors que je sais bien que ce n’est pas l’usage, et je comprends complètement ce qu’a ressenti Pretty Woman.

Les trois chorégraphies successives ont été une vraie escalade d’émotions pour moi. De la première, je retiens surtout ces silhouettes fines comme des tiges alignées dans l’ombre. Les pensées qui me traversaient l’esprit était de l’ordre de « qu’est-ce qu’elles sont gracieuses » ou « c’est fou d’avoir une telle maîtrise de son corps ». Seconde chorégraphie, je n’ai pas du tout été sensible au duo de danseurs « star », j’avais l’impression qu’elle dansait seule et que lui n’était là que pour la soutenir et l’aider à traverser la scène sans toucher le sol, comme une sorte d’échafaudage ambulant. En revanche, j’ai été emballée par les autres danseurs : plus jeunes, ils se déplaçaient en bande compacte, avec des mouvements beaucoup plus rapides et saccadés, plus proches de la Tektonik que de La Flûte Enchantée, le raffinement en plus. D’après le dépliant que j’ai lu à la fin, il s’agissait d’une métaphore sur la drogue et l’addiction, alors que j’y avais vu une sorte d’éveil du printemps, d’ode à l’adolescence ; il semblerait que je ne sois pas encore au point dans mon interprétation de la danse contemporaine.

À la 3ème chorégraphie, mon cerveau s’est mis sur pause pour laisser la place à des émotions brutes, parfois violentes. Douze danseurs sur scène, une mise en scène toute en lumières, magnifique. Le décors se résumait à six tables, tantôt lits superposés, tantôt tables de tortures, tantôt tremplins dont les danseurs se laissaient tomber les uns après les autres, leur chute amortie par un filet de bras humains. 12 apôtres, les références à la Cène, le champs de croix formées par les danseurs bras tendus : j’étais à peu près sûre de mon coup sur la thématique religieuse de cette chorégraphie. Seconde vexation : tout était déjà dans le titre, « MC 14/22 ceci est mon corps ».

Je suis sortie du palais Garnier avec la ferme intention d’en devenir une habituée, élaborant déjà des stratagèmes pour insérer ce nouveau poste dans mon budget de chômeuse. Comme pour confirmer cette nouvelle décision, j’ai reçu le lendemain une requête de Clémence, qui me propose de l’accompagner voir des ballets, et qui m’apprend qu’en se glissant dans la queue à la dernière minute, on s’en sort pour 7 €. C’est le début d’une passion, ou je ne m’y connais pas.

Lien bof utile étant donné que le spectacle ne joue plus :
Opéra Garnier
Lien vraiment utile :
Site de Preljocaj