Archive pour le mot-clef ‘depardieu’

Ton amie chômeuse a vu L’Autre Dumas

Lundi 15 février 2010

duma
L’autre Dumas, de Safy Nebbou
(Requête de personne, toutes les autres séances étaient complètes nom de Dieu)

Fallait-il que ton amie chômeuse ait la flemme de rebrousser chemin pour se dire « bof, pourquoi pas » quand elle a réalisé qu’il ne restait de places que pour un seul film : l’Autre Dumas. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu Benoît Poelvoorde au cinéma, je me suis dit que ça suffirait peut-être à me consoler d’être passée de 27°C à -4°C du jour au lendemain (faisait chaud en Terre Sainte)… Alors non, ça ne suffisait pas, mais alors pas du tout.

L’Autre Dumas, c’est Auguste Maquet, le « plus proche collaborateur » du grand Alexandre Dumas, celui qui fignole les dialogues, rédige les descriptions un peu chiantes… C’est le nègre en somme, celui qui n’aura jamais le plaisir de voir son nom figurer sur la couverture des livres auxquels il a travaillé. Il siège dans l’ombre du célèbre auteur des Trois Mousquetaires, et vu la taille considérable du bonhomme, c’est un endroit sombre et glacial ou il ne fait pas bon vivre…

Alexandre Dumas, c’est l’Obélix de la littérature , celui qui consomme femmes et volailles sans modération et qui peuple son grand château d’animaux exotiques. C’est l’enfant obèse et capricieux qui ne trouve son inspiration que si le pauvre Maquet, aigri, sec et jaloux, est couché à ses pieds. On a beau être dégoûtée par les doigts boudinés qui palpent les couilles du taureau, par les petites dents sales ou le nez en phallus, on se dit que si Depardieu n’était pas là, on se serait vraiment fait chier. Grâce à lui, le film aurait eu sa place à la télévision un dimanche soir, comme le Comte de Monte-Cristo qu’il avait aussi incarné sur France 2.

Ton amie chômeuse a trouvé qu’il n’y avait rien à sauver. Aucun souffle, aucune originalité, ni dans la construction du scénario, ni dans les dialogues, ni dans le jeu des acteurs. On ne croit pas une seconde à l’amour de Maquet pour la jeune Charlotte, révolutionnaire d’eau douce. La révolution de 48 est une farce, était-ce le manque de budget (« Attends, on va mettre un mort là, comme ça on comprend que Paris est à feu et à sang, tiens, voooooilà ») ou le manque d’inspiration ? Ton amie chômeuse se demande ce qui pouvait pousser un réalisateur à faire un film pareil et formule l’hypothèse qu’il s’agit d’une commande d’un producteur ayant voulu exploiter le potentiel de Depardieu une énième fois….

La prochaine fois, je m’épargnerai ça et rentrerai gentiment chez moi, même par -4°C.

Lien inutile :
Allociné

Ton amie chômeuse a vu À l’origine

Dimanche 15 novembre 2009

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À l’origine
, de Xavier Giannoli

De petites escroqueries en vols de voiture, Philippe Miller sillonne les routes de France, tel un VRP de l’embrouille. Il tombe un jour sur un chantier d’autoroute abandonné et décide de passer la nuit dans le patelin pour réfléchir à l’arnaque qu’il pourrait tirer de la situation. En quelques heures, le bruit qu’un ingénieur est venu évaluer la possibilité de reprendre le chantier fait le tour de la région. Des loueurs de machines viennent lui proposer une enveloppe juteuse pour participer aux travaux : Miller se laisse tenter.

La maire fait aménager des bureaux pour ce messie qui porte avec lui la promesse de redynamiser une région lourdement sinistrée par le chômage. Avant même que Miller ait le temps de réaliser l’ampleur de la supercherie qu’il est entrain de mettre sur pieds, les travaux débutent et une autoroute voit progressivement le jour.

L’histoire paraît invraisemblable, et pourtant, elle est inspirée de faits réels. Pourquoi pas, c’est une lapalissade de dire que la réalité dépasse parfois la fiction (on congèle bien des bébés, on décide bien d’éliminer des gens sur des critères d’une validité approximative - je vais faire buter tous les roux tiens, m’emmerdent les roux moi), mais arriver à porter à l’écran un scénario pareil et à le rendre crédible, c’était un défi. Et bien ça marche, on y croit, et complètement même.

François Cluzet, qui ne décroche pas le plus petit sourire pendant près d’une heure, est parfait ; quant à Emmanuelle Devos… Ton amie chômeuse ne te cache pas qu’elle est entrain de développer une admiration de groupie pour cette actrice, pour sa diction et sa voix, pour son regard bleu désabusé, pour ses dents un peu de traviole… De Desplechin à Audiard en passant par les Beaux Gosses, chacune des apparitions d’Emmanuelle Devos me laisse subjuguée ; son magnétisme est tel qu’elle me met souvent mal à l’aise, mais même ça, ça me plait.

Sans être bouleversant ou grandiose, À l’origine est un film juste du début à la fin : la réalisation est soignée, et j’ai déjà parlé de l’interprétation, impeccable jusque dans les plus petits rôles. Xavier Giannoli respecte son spectateur et lui livre un film finement ciselé, simple et touchant. On lui pardonne même l’apparition de Gégé Depardieu, même si elle était inutile et un rien hors sujet.

Lien utile :
A l’origine sur Allociné