
La Route, de John Hillcoat
(Requête de Mela Nisette : hésite)
Oulala, lala, lala. Faut-il que je tienne à mon métier de chômeuse professionnelle pour m’imposer pareille épreuve. Ma cliente hésite à aller le voir, elle a raison. Attention ami lecteur, tu commences à me connaître, les lignes qui suivent n’ont pas vocation à être objectives ni même à remplacer une bonne vieille critique de cinéma. Je vais seulement te dire comment j’ai vécu la séance, et surtout comment j’en suis sortie.
The Road, c’est deux heures de cauchemar ininterrompu. Pas un souffle d’espoir, pas une seconde de lumière ne vient soulager le spectateur, des scènes d’apocalypse succèdent à des visions d’horreur, ton amie chômeuse a trouvé ça plus qu’éprouvant.
La fin du monde est arrivée, la vie a déserté la surface de la planète : plus d’animaux, de plantes, ni d’arbres, tout est recouvert de cendres, les couleurs n’existent plus, et les hommes qui ont survécu ont faim. Et qu’est-ce qu’on fait quand on a faim ? On bouffe de l’humain. De véritables battues sont organisées pour chasser ceux qui n’ont pas eu le courage de mettre fin à leurs jours pour échapper au viol, au meurtre et au cannibalisme.
Un homme qui n’a jamais pu se résoudre à loger une balle dans le crâne de son fils erre sur la route avec lui. Il sait qu’il ne peut rester immobile très longtemps sans risquer d’être découvert et chassé, il avance sans relâche, fouillant les maisons qu’il croise dans l’espoir d’y trouver quelque chose à donner à manger à son fils. En fait de nourriture, il trouve des hommes enfermés dans une cave qui sert de garde-manger à quelques autres.
Il pleut sans arrêt. Le père et le fils n’ont de sujet de conversation que celui qui consiste à débattre du moment opportun pour se donner la mort. Ils souffrent et vivent dans la terreur constante, et force est d’admettre que cette atmosphère insoutenable est très, très bien rendue par la mise en scène, la photographie, et le jeu des acteurs (Viggo Mortensen est-il le plus grand acteur de sa génération ? Ton amie chômeuse tape sur « 1 » sans hésitater).
Résultat : une nausée tenace, des jambes qui tremblent et un sentiment d’insécurité et de violence obscène rien qu’à marcher dans la rue (entre les vitrines de luxe et ceux qui commencent à se peler sévère dans leurs sacs de couchage). Ton amie chômeuse est sans doute une lopette (j’ai trouvé Le drôle de Noël de Monsieur Scrooge assez angoissant), mais j’ai mis trois bonnes heures à retrouver un rythme cardiaque normal, et pour l’appétit, il faudra repasser.
Lien utile :
Allociné
