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Ton amie chômeuse a vu Les Herbes Folles

Mardi 17 novembre 2009

lesherbesfolles

Les Herbes Folles, d’Alain Resnais
(Requête de la collègue de JaySee, n’a rien compris au film, se sent un peu gênée)

Alors là, question : pourquoi cette ovation unanime de la presse, des « gendumétiers » et des intellectuels de tout poil aux Herbes Folles d’Alain Resnais ? Qu’on lui trouve des qualités, je comprends. Que certains crient au chef d’œuvre, pourquoi pas, le film est suffisamment bizarre pour provoquer des prises de position extrêmes. Mais n’y a-t-il donc aucune voix pour énoncer simplement la question qui s’impose : mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?!

Ton amie chômeuse se range du côté de sa cliente et l’admet sans rougir : je n’ai rien compris. Pas compris de quelle pathologie souffrait le personnage de Dussolier, ni de quel forfait il s’était rendu coupable. Pas compris ce que les personnages d’Amalric et Devos apportaient au Schmilblick, pas compris pourquoi Sabine Azéma soufflait le chaud et le froid, pas compris la placidité d’Anne Consigny, ni le sens de ce déjeuner dominical avec les enfants.

Mon interprétation du film, ce serait : je suis Alain Resnais, j’ai près de 90 berges, je me fais plaisir et je m’en tamponne le coquillard si vous n’y comprenez rien. Là oui, d’accord. Ton amie chômeuse a trouvé que certaines scènes étaient réussies et magistralement réalisées, notamment quand Dussolier se bat avec les voix qui résonnent dans sa tête, l’incitant à assassiner cette jeune fille qui a le mauvais goût de porter un slip noir sous un pantalon blanc. Mais dans l’ensemble, c’est quand même très long, très cérébral, voire carrément chiant.

J’imagine ceux qui sont allergiques au cinéma français, qui lui reprochent la faiblesse de ses scénarios, des acteurs qui sont toujours les mêmes, des parti pris esthétiques sans rapport avec le déroulé de l’histoire, des dialogues lents et énigmatiques… et je me dis qu’ils sortiront de la salle renforcés dans leur conviction. Sans parler de ce snobisme affiché qui peut aussi rester en travers de la gorge (le film s’ouvre sur les colonnes de Buren du Palais Royal et sur l’achat d’une paire de chaussures Marc Jacobs, Sabine Azéma vit dans un numéro de Marie-Claire Maison et porte, comme toujours, de somptueux manteaux à 10 000$ la pièce).

« Maman, quand je serai un chat, je pourrai manger des croquettes ? ». La dernière phrase du film est pour moi la preuve que Resnais s’amuse ; il met en scène sa meuf en héroïne de bande dessinée : il a bien raison. Mais lui attribuer un prix Exceptionnel, en faire le chantre de la modernité et voir en son film une allégorie de la vie de la mort des papillons et de la métempsychose, ça non. Quand même.