Archive pour le mot-clef ‘jeunet’

Ton amie chômeuse a vu Micmacs à tire-larigot

Dimanche 1 novembre 2009

micmacs_a_tire-larigot_photo_5

Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet
(Requête de Sonia, hésite entre ça et Le Ruban blanc pour sa séance hebdomadaire)

Cette semaine, ton amie chômeuse n’avait envie de rien (en matière de cinéma, j’entends), ni du Petit Nicolas aux yeux bleus fluo, ni de Jean Dujardin, ni même de Jenifer’s Body (et pourtant Dieu sait que je suis scotchée par la puissance sexuelle de cette fille, God knows). L’idée de voir Dany Boon faire des grimaces dans un décors sépia ne me disait rien qui vaille, mais c’était ça ou Haneke, et je n’étais pas d’humeur à m’ouvrir les poignets en sortant du ciné.

Je me disais : Jeunet nous aura encore dressé une galerie de portraits de marginaux attachants, il nous vantera les mérites des petites joies simples à la Amélie Poulain, ce sera parfois drôle, parfois mièvre et on en sortira avec l’impression d’avoir vu un long épisode de ça cartoon. C’est ce que je me préfigurais du film, et c’est exactement ce que je pense maintenant que je l’ai vu.

Pourtant, le début de Micmacs à tire-larigot laissait espérer autre chose. Jeunet campe son personnage en retraçant les événements marquants de son enfance par quelques séquences très brèves où ton amie chômeuse n’a pu qu’admirer la maestria du cinéaste : on comprend tout en une seconde, les images sont belles comme des tableaux, c’est chargé d’humour et d’émotion. Oui, on dirait un peu une pub, mais alors une pub rudement bien faite, il faut le reconnaître.

Ensuite, je me suis prise d’une certaine affection pour Dany Boon, et ça, c’était inattendu. Le portrait qu’en faisait le Monde récemment (oui, ton amie chômeuse se la pète en lisant le Monde parfois, ça a le mérite d’occuper une bonne partie de sa journée) n’est sans doute pas pour rien dans ce revirement de sentiment à l’égard de celui qui m’avait fait perdre foi en l’humanité jadis avec ses Chtis.

On y apprenait que Dany Boon est en psychanalyse depuis des années, qu’il a du mal à aimer sa gueule un peu tordue et qu’il trouve le succès difficile à négocier (tu m’étonnes). Ton amie chômeuse a beaucoup de sympathie pour ceux qui doutent et qui ont le courage de mener une introspection sincère, Dany Boon venait de gagner 100 points.

Forte de cette nouvelle intelligence du comédien, je lui ai trouvé de la finesse, une drôlerie ni lourde, ni vulgaire… bref j’ai kiffé Dany Boon et j’assume (presque). De la géniale séquence du vidéo club aux premiers pas dans l’errance quand il perd son logement et son travail : toute cette première partie lui fait vraiment honneur. Ensuite, ça se gâte, Dany Boon est récupéré par Jean-Pierre Marielle, il rencontre Yolande Moreau, Dominique Pinon et quelques autres rebuts sympathiques qui vivent au paradis de la récup’, c’est le retour d’Amélie Poulain, et c’est énervant.

Une scène m’a particulièrement marquée : Bazil-Dany Boon, qui a perdu son père tout jeune dans l’explosion d’une mine antipersonnelle, assiste au brillant discours d’un fabricant d’armes. Au milieu des applaudissements et des vivats, le visage de Bazil s’effondre doucement, et une larme roule sur sa joue. J’ai trouvé ce plan magnifique, tout y était. Rien que pour cet instant, je me range du côté des pro-Micmacs à tire-larigot.

Lien utile :
Les séances

Ton amie chômeuse a vu Casanegra

Lundi 26 octobre 2009

casanegra1

Casanegra, de Nour-Eddine Lakhmari
(Requête de Parissa, besoin d’un deuxième avis)

Quelques minutes avant d’entrer en salle, ton amie chômeuse apprenait que Casanegra était un véritable phénomène de société au Maroc et que le film avait bon espoir d’être sélectionné dans la catégorie meilleur film étranger aux Oscars. «Ca t’alors » m’étais-je dit (en faisant une erreur de liaison), « et moi qui n’en ai pas entendu parler ». Peut-être que cette information a relevé mes attentes d’un cran, et sans doute est-elle à prendre en compte dans ma (relative) déception.

Nous sommes loin des images d’Épinal du Maroc : ici, pas de petits villages pittoresques, pas de paysages exotiques, pas d’Ingrid Bergman. Lakhmari nous donne à voir une Casablanca polluée, impitoyable avec ses habitants, où l’extrême pauvreté côtoie une richesse minoritaire mais tape-à-l’œil dans un climat de tension permanente.

Karim et Adil ont une vingtaine d’années, ils vivent de petites combines, et portent tous deux une charge familiale écrasante : le père de Karim est handicapé, atteint de la maladie de Parkinson, Karim s’en occupe comme d’un enfant. Le beau-père d’Adil est une sorte de brute écervelée qui frappe tout ce qui l’entoure, et surtout sa femme.

Karim a du mal à se résoudre à suivre le même chemin que son père, qui a écaillé des poissons toute sa vie pour finir avec un shaker imaginaire entre les mains, et Adil rêve d’émigrer en Suède. En attendant, ils traînent tous deux leurs guêtres dans la cour des miracles casablancaise, véritable inventaire au grand jour de tous les problèmes de dents qui peuvent frapper l’espèce humaine.

Ton amie chômeuse n’a rien à redire à cette peinture sans doute fidèle, en tout cas sincère, du Maroc d’aujourd’hui : violent, aride, mais aussi attachant et drôle. Tous les fous, les infirmes et les très laids que croisent les deux héros posent un œil goguenard sur ce qui les entoure, et les dialogues sont souvent plein d’humour.

À bien y réfléchir, je crois que c’est la forme qui m’a empêché d’aimer vraiment ce film. À toujours osciller entre réalisme et burlesque, Lakhmari m’a perdue. Pendant 10 minutes on est dans une version sud méditerranéenne de Ressources Humaines, et l’instant d’après on est chez Jean-Pierre Jeunet, avec images sépia et visages déformés, pour passer à Emir Kusturica avec fanfares et hurlements de dessins animés.

Je n’ai pas réussi à m’habituer au jeu d’Omar Lofti, qui incarne Adil, j’ai souvent eu l’impression de le « voir jouer », attendre la réplique, etc. Et enfin j’ai été allergique au personnage du caïd avec son yorkshire dans les bras, caricatural à l’excès ; et voilà j’en ai fini avec le liste de mes griefs. Ton amie chômeuse pense que ce film aurait gagné en subtilité s’il avait été plus sobre : il m’a semblé que des couches inutiles recouvraient l’intelligence des personnages et des situations, et j’ai trouvé ça frustrant de ne l’aperçevoir qu’à quelques instants fugaces. Mais ce n’est que mon avis.

Lien et infos utiles :
Les séances
Ressources humaines, de Laurent Cantet, sorti en 1999