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Ton amie chômeuse a vu Tournée

Mercredi 21 juillet 2010

tournee

Tournée, de Mathieu Amalric
(Requête de Brismontier, trouve toutes ces louanges assez suspectes)

Ton amie chômeuse ne fait plus partie des fans inconditionnel(le)s de Mathieu Amalric, de celles qui ont repéré l’endroit où il achetait ses clopes pour tomber sur lui inopinément par exemple. Je ne sais pas comment c’est arrivé, je crois que je l’ai trop vu (à trop tourner de films, on se retrouve dans le Grand Appartement avec Laëtitia Casta, et ça c’est vraiment la tuile), dans trop de rôles similaires, et que son sex-appeal a beaucoup souffert (dans mon esprit j’entends) de la comparaison avec Sergi Lopez dans Les derniers jours du monde.

Il n’empêche que je l’aime encore d’amour : sa diction, son drôle de regard, son humour… Pas si facile de se désintoxiquer, et il peut arriver que ton amie chômeuse fasse un minuscule détour par le tabac de Belleville pour être sûre qu’il n’y est pas. En gros, j’ai beau essayer de prendre un air détaché, bien sûr que je suis allée voir son premier film en tant que réalisateur : Tournée.

L’histoire, c’est celle d’un type grillé dans le milieu du show biz français qui tente un come-back avec une armada de strip-teaseuses dégotées aux Etats-Unis. Et à vrai dire, l’intrigue toute entière tient dans ces deux lignes de pitch : on sent bien que ce ne sont pas vraiment les péripéties et rebondissements scénaristiques qui intéressent Amalric, mais bien ses personnages.

Et quels personnages ! Des cheveux rouges ou blonds platine, des poitrines et des fesses à faire passer Dita Von Teese pour une pro-ana, de l’alcool, des cris, des blagues potache… Ton amie chômeuse a pensé à ses années londoniennes, aux filles ivres mortes à 21H qui sortent des pubs avec leurs chaussures à la main, qui débordent de leurs mini-jupes et mini-débardeurs alors qu’il fait -12° et que tout le monde est en doudoune Canada Goose, à ces petites scènes qui lui ont tant fait aimer l’Angleterre. Celles dont Mathieu Amalric est tombé amoureux sont américaines (+ 10kg sur la balance par rapport à leurs consœurs britanniques), et elles savent chanter, danser et emballer les foules. Filmer tout ça, c’était déjà un pari en soi, et le résultat est franchement jubilatoire.

Pour le reste, la « Amalric touch » (situations bizarres/glauques/on rit quand même) est plutôt moins réussie que dans les films qu’il n’a pas signés. Ton amie chômeuse a trouvé les personnages secondaires très faibles, du copain animateur télé à l’ancienne petite amie en passant par les deux enfants (qui ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là).

Finalement, c’est plutôt dans la courte chronique qu’on retrouve le talent d’Amalric, dans cette fugace et savoureuse scène de drague avec la caissière d’une station-service par exemple. Un moment gracieux et décalé, un échange quotidien très banal soudain nimbé de lumière magique : ça oui, Tournée en contient. Mais ce qui doit faire déplacer mon client (s’il se déplace), c’est vraiment l’envie de faire la rencontre de ces femmes euphorisantes qui font dire au personnage d’Amalric : « Tout est suspect, sauf vos corps, votre sens de l’humour et de la vie. » (citation de tête, peut-être un peu tronquée mais l’esprit est là, et c’est exactement ce que l’on ressent).

Lien utile :
Allociné