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Ton amie chômeuse est allée à la Maison de la photo

Jeudi 22 juillet 2010

russie

Photographie de la nouvelle Russie, à la Maison Européenne de la Photo
(Initiative personnelle, ça faisait longtemps)

Parfois, ton amie chômeuse se demande pourquoi elle s’acharne à aller voir des expos, si c’est pour les oublier deux mois plus tard. Moi qui me suis tant moquée de ma mère (« J’ai lu un très bon livre la semaine dernière… Mince j’ai oublié le titre. Je ne me souviens plus de l’auteur non plus, c’est idiot. ») et avant elle, de ma grand-mère (« J’ai vu l’actrice blonde dans la rue hier… Mais si tu sais, la blonde là, l’Américaine… »), le verdict est tombé hier : je ne vaux pas mieux.

En entrant à la Maison de la Photo, je me suis posée une question toute simple : tiens, qu’avais-je vu la dernière fois que je suis venue ici ? Trou noir. Pire : parmi toutes celles que j’ai vu ici, quelles expos suis-je capable de citer là maintenant tout de suite ? Georges Rousse. Ça oui, ça m’avait marquée, et je m’étais proposée de penser à Jean-Jacques Rousseau pour essayer de me rappeler de son nom, moyen mnémotechnique totalement débile mais efficace, la preuve.

Mais encore ? Un truc de Gus Van Sant, avec des ados toxicos ? Raté, c’était Larry Clark. L’autodidacte russe qui fabriquait ses propres appareils photo, et qui prenait des clichés des jambes des filles à la sauvette ? Il s’appelait Miroslav Tichý, il était Tchèque, et c’était à Pompidou. Consternant. Il m’a fallu aller sur www.monamiechomeuse.com pour me souvenir que la dernière expo que j’ai vu à la MEP, c’était Cartier-Bresson, un petit photographe pas connu du tout. Bon.

Je pensais donc à tout ça en regardant les photographies d’artistes russes, de la Perestroïka à nos jours, ce qui a fait sans doute de moi une spectatrice encore moins attentive qu’à l’accoutumée. Et au fil des clichés, je me suis dit que je n’avais pas à rougir de ce que je retiens d’une exposition. Bien sûr, j’aurais beaucoup plus la classe en soirée si je pouvais citer des noms sans l’ombre d’une hésitation ou si je resituais le contexte historique en un clin d’œil. Mais au final, je crois que ce que je préfère, c’est me souvenir d’une ambiance, et laisser ma pensée vagabonder d’œuvres d’art en réflexions personnelles plus ou moins intelligentes.

Par exemple, de cette expo là, je sais que je retiendrai :

- les portraits de familles russes dans leur salon (enchaînement de pensées consécutif à ces images : 2003 ?! j’aurais pensé que les photos avaient été prises dans les années 70 > la vache ils ont quand même pris cher au niveau vestimentaire sous le communisme > suis-je une saloperie de snobinarde parisienne de penser ça ?)

- le grand cliché en noir et blanc d’une foule extatique qui lève les yeux vers un spectacle inconnu, une communion dans la joie que j’ai trouvé émouvante (enchaînement de pensées consécutif à cette image : la ferveur > les effets de foule > les mouvements de liesse populaire > le sentiment d’un lien invisible avec son voisin > les stades de foot > la coupe du monde > Raymond Domenech > penser à recommander à mon père de se teindre les cheveux pour éviter qu’on ne le confonde avec l’entraîneur maudit -c’est déjà arrivé-).

C’était bien, et je suis incapable de citer un nom.

Infos :
Site de la MEP

Ton amie chômeuse a vu Le Crocodile

Mercredi 27 janvier 2010

crocodile-cruise
Le Crocodile, mise en scène Léo Cohen-Paperman, Petit théâtre Odyssée - L’Escale, Levallois

(Requête de Philippe)

Ami lecteur tu dois t’interroger sur la fièvre théâtrale qui s’est emparée de ton amie chômeuse depuis que Sami Frey a ouvert la voie : hasard des rencontres et du calendrier, certainement, mais aussi sincère redécouverte de cet art si vivant.

Je suis beaucoup allée au théâtre dans ma prime jeunesse, ça allait avec les bandeaux dans les cheveux, les cigarettes roulées et tout ce qui pouvait me donner un air profond. Et puis un jour, je n’y suis plus allée. Sans doute traumatisée par un monologue de trop (un comédien seul en scène qui imite la poule, postillonnant sans répit dans le faisceau de lumière - fous rires étouffés dans la salle- dur), par le sentiment d’être la dernière des idiotes (« Mais il était pas mort, lui, il y a deux minutes ? C’est pas le frère de la meuf en jaune ? Je comprends rien. »), ou par un ennui proprement inhumain (quand la pièce dure trois heures, sans entracte, et qu’on ne peut pas se résoudre à commettre l’affront d’un départ devant ces pauvres comédiens qui le remarqueront forcément). Et bien hier soir, ton amie chômeuse s’est souvenue que l’on pouvait aussi rire très franchement au théâtre et passer une excellente soirée, tout simplement.

Pour distraire sa femme, Ivan Matvéïtch l’emmène voir un crocodile vivant exposé dans les galeries marchandes de Saint-Pétersbourg. Ils sont accompagnés du narrateur de l’histoire, admiratif de la savante érudition d’Ivan et secrètement amoureux de sa femme. Complication inattendue : le crocodile avale Ivan Matvéïtch. Après une courte panique (le propriétaire du crocodile, un allemand au sourire carnassier, refuse que l’on ouvre sa bête pour en sortir le fonctionnaire), on s’aperçoit que Matvéïtch est bien vivant et qu’il peut même communiquer avec l’extérieur ; il ne voit aucune urgence à ce qu’on le sorte de l’animal. L’allemand comprend vite qu’une foule de spectateurs va se précipiter pour voir le phénomène et faire de lui un homme riche. Le russe, quant à lui, voit dans cet événement extraordinaire l’occasion d’être enfin au centre de toutes les conversations, d’accéder à la célébrité et au respect de tous.

On pense évidemment à Gogol et en particulier au Nez, on se dit peut-être que c’est un peu lourdingue, et bien non. La mise en scène est drôle et inventive, navigant sans cesse entre le burlesque et l’absurde. On est transporté par l’énergie de l’acteur principal, qui est aussi ouvreur, danseur, mime, logisticien (c’est lui qui installe le décor pendant qu’il parle), clown et conteur. Le jeu des comédiens est extrêmement précis et soigné, ton amie chômeuse a adoré cette conversation entre le narrateur et un fonctionnaire à qui il est allé demander conseil. Le vieux ne sait pas comment aider le prisonnier, après tout c’est bien Matvéïtch qui s’est introduit dans la propriété de l’allemand… Le voilà parti dans un discours enflammé à la faveur du capitalisme, c’est merveilleusement joué, et tout simplement génial quand le petit mouvement de balancier qu’opère le fonctionnaire pendant qu’il parle prend progressivement de l’ampleur jusqu’à devenir une quasi galipette arrière, le tout en continuant son discours empathique sur les capitaux étrangers le plus sérieusement du monde.

On connaît Dostoïevski pour ses Frères Karamazov ou pour Crime et Châtiment, qui ne sont pas exactement des livres de détente et de franches rigolades. Aller voir Le crocodile présente un double-avantage : celui de passer une bonne soirée, et de pouvoir dire ensuite à ses amis « je suis allé voir une pièce de Dostoïevski hier soir, ça m’a beaucoup plu », ce qui ne manquera pas de provoquer un bel effet.

Lien et infos utiles :

Jusqu’au 31 janvier au Petit Théâtre Odyssée
25 rue de la Gare
92300 Levallois
Gare Clichy-Levallois (à 5 minutes de la gare St-Lazare, ne pas commettre l’erreur d’y aller en métro et de descendre à Anatole France, c’est une connerie)
01 42 70 83 84

Tarifs : 10€ - 5€ en réduit
Billetterie en ligne : www.ville-levallois.fr