Archive pour mai 2009

Ton amie chômeuse a pris un cours de chant

Lundi 25 mai 2009

allthatjazz

(Requête de JC, rêve secrètement de devenir une star)

Voilà un bon exemple d’activité qu’on entreprend uniquement quand on est au chômage. À se faire gentiment éconduire par des entreprises à longueur de journées, on se met à chercher des vocations. On se souvient de tante Bernie qui avait dit qu’on avait une très jolie voix quand on avait chanté «Billie Jean» au réveillon de Noël 87. Si maman avait été plus encourageante, on serait pote avec Lio et on aurait déjà couché avec Manoukian à l’heure qu’il est. On a beau faire semblant de prendre ça à la légère, on est un peu nerveux quand on arrive à son 1er cours de chant.

La prof est élégante, crédible en Sarah Bernhardt contrariée par la vie. Elle fait entrer les élèves en souriant, les appelant par leurs prénoms. Mon ami JaySee et moi-même sommes un peu impressionnés car il semble que nous soyons les deux seuls à assister à ce cours pour la première fois. Nous formons un cercle, la prof s’installe au piano, et c’est parti pour les vocalises « aeioaeuiou » comme à la Star Academy du temps d’Armande Altaï (ça fait maintenant 6 ans que j’ai renoncé à la télévision, peut-être que citer Armande Altaï, c’est aussi has been que de se référer à Guy Lux, je m’en excuse si c’est le cas). Difficile à ce stade d’évaluer le niveau des élèves, je n’entends personne en particulier, sauf JaySee qui est mon voisin et qui a avalé un ampli quand il était petit.

Puis la prof distribue des photocopies des paroles de la chanson « All that jazz », et les élèves se précipitent sur leurs cahiers de chansons. Une dame feuillète les pages à la recherche d’un endroit où coller la nouvelle, elle passe Patrick Fiori, Pascal Obispo, Hélène Ségara, tout le casting des Enfoirés en somme, et je me dis qu’on a de la chance d’être tombés sur All that Jazz. Je commence déjà à m’entraîner dans ma tête, quand soudain c’est l’esclandre : les paroles sont en anglais, personne n’est d’accord pour les chanter. JaySee et moi nous regardons, incrédules, mais pas encore suffisamment à l’aise pour nous opposer à la majorité. La prof a prévu le coup. Sans un mot de contestation, elle va chercher une autre pile de photocopies de la chanson « C’est ça le jazz », en français.

Là encore, impossible de discerner les voix des uns et des autres ; le fruit de nos efforts est d’autant moins audible que JaySee et moi chantons en anglais, rien à foutre. Je commence à avoir envie de tenir le haut de l’affiche, je ne suis pas du genre à chanter dans les chœurs moi, je suis de la graine de star qui ne demande qu’à germer (ou à être semée seule dans la nature, les avis divergent sur mon potentiel). Ayant repéré la scène avec le micro depuis le début, je m’applique en espérant qu’elle me demande de monter sur l’estrade et de chanter en solo.

La professeur annonce enfin le début des passages individuels au micro. Tout le monde fouille dans son cahier d’écolier, et JaySee et moi avons droit à une nouvelle photocopie. Catastrophe : Maurane. Bien sûr, je n’ai jamais entendu une seule chanson de Maurane et entier et suis incapable d’en retenir l’air. Impossible d’imaginer chanter ça toute seule, mes rêves de scène s’écroulent. Je regarde JaySee désemparée, et m’aperçoit qu’il est entrain de déchiffrer les paroles en fredonnant l’air. Je me souviens soudain que lors de nos battles de chant au temps où nous partagions un bureau, j’avais déjà été étonnée par l’ampleur de la culture variété de mon ami. Il s’échauffe, je le sens prêt à monter sur scène.

Mais non, c’est à Josiane que revient ce privilège. Et là, c’est la terrible révélation. Les cours de chant pour adultes, c’est une psychothérapie de groupe, une vraie réunion d’Alcooliques Anonymes pour les personnes souffrant de timidité maladive. Josiane a la voix chevrotante, elle est complètement à côté du rythme, elle regarde autour d’elle avec des yeux de lièvre traqué, tendue comme un arc. JaySee fait mine d’avoir une quinte de toux pour masquer le fou rire qui s’empare de lui. Je suis extrêmement gênée, comme à l’école quand je voyais un de mes camarades oublier sa poésie en pleine récitation. Notre professeur la félicite chaleureusement, ne trouvant apparemment rien à redire à ce happening artistique.

On passe ensuite à Colline, la trentaine, très grande, plutôt jolie, et avec un filet de voix qui comparé à celui de Josiane la place parmi les candidates possibles à l’Eurovision. Au deuxième couplet, Colline fond en larmes, répétant « je ne peux pas ! JE NE PEUX PAS ! ». La professeur lui parle tout doucement « Mais si Colline, vous pouvez… C’était très bien… Personne ne vous juge. ». Personne sauf JaySee, obligé de sortir de la salle pour ne pas éclater de rire. Lorsqu’il revient, Colline a renoncé à la terrible épreuve et s’est rassise sur sa chaise.

Et voici JaySee qui monte sur scène, et qui livre une interprétation du tube de Maurane ambiance concert au Stade de France. La prof a la mâchoire qui se décroche, elle n’a jamais entendu quelqu’un chanter comme ça dans son cours. « Non, vraiment, il y a du potentiel… Il faut que vous reveniez… ». Les autres le regardent de travers, on n’est pas censé chanter ici, on règle ses problèmes en collectivité, ça n’a rien à voir. Le cours se termine, nous saluons nos camarades et la professeur /psychologue et allons étancher notre soif au bar d’en face. Evidemment, nous arrivons rapidement à la conclusion que nous ne reviendrons jamais, qu’il nous faudrait un professeur particulier pour progresser plus vite. Et évidemment, ni lui ni moi n’avons plus chanté depuis cette expérience. Alors que si ça se trouve, on retrouvera Colline à la Nouvelle Star l’année prochaine, et là on fera moins les malins.

Ton amie chômeuse a essayé de suivre les instructions du masque capillaire.

Lundi 18 mai 2009

cheveux

« Appliquer uniformément sur la chevelure. »
Bon.
« En insistant sur les pointes. »
Parfait.
« Laisser poser 10-15 minutes et rincer abondamment à l’eau claire. »
(Des fois que tu aurais eu l’idée de rincer avec l’eau de la vaisselle). 10-15 minutes : j’ai beaucoup réfléchi à cette consigne, et j’annonce qu’elle est extrêmement vicieuse, voire sectaire. De deux choses l’une :

Tu possèdes une baignoire : pas de problème, tu poses la mixture sur ta tête et tu joues avec ton canard pendant 10 minutes, c’est parfait. Les instructions précisent que tu n’as pas le droit de te rincer avec le jus dans lequel tu as baigné, surtout si tu as joué au canard, tu dois donc te rincer avec la douche. Au final, tu as utilisé autant d’eau que pour arroser un terrain de golf pendant 2 ans, mais tu as respecté les consignes.

Second cas de figure : tu ne possèdes pas de baignoire. Tu étales le masque, et tu es condamné(e) à rester planté(e) là (grande probabilité pour que tu sois une fille à ce stade) à regarder le carrelage de ta douche pendant 10 minutes. Tu prends 40 secondes pour te savonner, 20 pour repousser les cuticules de tes orteils, encore 40 pour faire un petit gommage si tu es vraiment motivée, et après ? Pour peu que tu aies une conscience écologique, tu as coupé l’eau, tu grelottes, et le savon commence à sécher sur ta peau. C’en est trop, tu rinces : 2 minutes 14.

Résumons les conditions nécessaires à la bonne utilisation du masque capillaire :
- Posséder une baignoire confortable (et un canard)
- Disposer de tout son temps
- Faire fi des alarmes répétées sur le gaspillage de l’eau.

De là à penser que le masque est réservé aux femmes des banquiers qui ont foutu le monde en l’air, il n’y a qu’un pas.
Passons à la véritable question : qu’est-ce que ça fait quand on laisse vraiment poser 15 minutes ? Selon moi, rien. Je n’ai pas eu l’impression que davantage d’actifs aient été libérés dans ma fibre capillaire, ou alors, ils ont été discrets. Expérience moyennement probante, surtout si on considère la galère que ça représente (entourer ses cheveux dans une serviette chaude par exemple, quoi, t’as pas de serviette chaude dans ton placard ?). Vous ne ratez rien, autant ne pas être au chômage, vraiment.

Ton amie chômeuse a osé accompagner une classe de 6-7 ans dans le Cantal

Samedi 9 mai 2009

vache1


(Requête de Jean-Michel, instituteur CP-CE1 à Villiers-le-Bel, 95)

Oui, le chômage mène parfois sur des voies inattendues. Si on m’avait dit il y a un an que j’accepterai un jour de partir en classe verte pendant 12 jours, pour sûr, je ne l’aurais pas cru. Notons pour ma défense qu’on m’avait vendu la chose sous un angle très convaincant (« des vacances gratos où t’auras rien d’autre à faire que de compter les mômes quand on montera dans le car »). N’étant moi-même jamais allée ni en classe verte ni en colo, je ne savais pas à quoi m’attendre, même si j’aurais dû me douter que « vacances » était sans doute un terme un peu exagéré.

Gérer des enfants, c’est un métier, et les animateurs professionnels du centre étaient là pour me rappeler qu’on ne devait pas organiser de compétition de crottes de nez pendant le dîner. Il faut également avoir passé le concours d’instit ou au moins avoir son BAFA pour avoir lla présence d’esprit de ne pas répondre « c’est clair ! » quand une petite fille dit en soupirant que « c’est trop relou, la visite du musée. ». J’ai beau fréquenter beaucoup d’instituteurs et d’institutrices, je n’avais pas réalisé la force qu’il faut pour exercer ce métier. Au bout d’une semaine, j’étais épuisée, émotionnellement retournée, j’avais une angine et des cernes de 6 pieds de long. Quand Maroua (6 ans) m’a dit : « Wouaaa, t’es trop belle ! » alors que j’étais déguisée en costume traditionnel Auvergnat, j’ai failli fondre en larmes dans ses bras.

C’était dur, mais un mois après, les faits sont là : c’est toujours le petit Tilipan qui occupe mon fond d’écran, et certains prénoms font maintenant partie de mon vocabulaire quotidien (« tu feras attention, tu as la Yacine qui dépasse », ou « mouche-toi tu as un Shalini »).

Ces enfants sont originaires de Villiers-le-Bel, et pour la plupart d’entre eux, ils n’ont pas exactement une vie facile. A 6 ans, ils sont déjà obsédés par les nationalités et les religions. Même si tout se confond un peu dans leur tête (Barack Obama serait un prophète par exemple), il reste qu’ils n’ont pas le sentiment d’être citoyens du pays qui les a vu naître.

Je pense à mon ami instit, celui-là même qui m’a traînée dans ce bourbier, qui à force de patience et de gentillesse arrive à sortir les enfants de leur quotidien et à leur ouvrir d’autres horizons : à la fête de l’école par exemple, ses élèves ne seront pas déguisés en carotte comme tous les autres, mais ils présenteront un spectacle de danse contemporaine à faire pâlir Preljocaj.

Combien de profs sont animés d’une telle foi ? J’ai eu l’occasion pendant ce séjour d’être témoin de scènes moins encourageantes. Quand je voyais les deux caïds du groupe systématiquement mis au ban par leur institutrice au bord de la crise de nerfs, je me disais que ceux-là ont peu de chance de sortir un jour de la haine du système. Mais comment en vouloir à l’instit en question ? Même Gandhi aurait perdu son sang froid dans le Cantal.

Je pense souvent à eux, je me demande si j’ai réussi à réconcilier Shelbi aves « les blancs ». Mon ami instit m’a dit un soir « les enfants sont bons », et moi qui n’ai jamais été fan de Jean-Jacques Rousseau, je suis d’accord avec lui. En revanche, je ne suis pas sûre que la France s’occupe au mieux de sa progéniture.

Ton amie chômeuse a tenté les piqûres de vitamines pour les cheveux

Samedi 9 mai 2009

seringue


(Initiative personnelle sur suggestion de la pharmacienne)

Fatiguée d’avaler des cargaisons de compléments alimentaires pour améliorer la qualité des cheveux, ton amie chômeuse a pris le taureau par les cornes.
« - Vous savez ce qu’il faut faire pour que ce soit vraiment efficace ? me demande la pharmacienne quand je viens refaire mes stocks de pilules.
- Non ? ( étoiles dans les yeux)
- Il faut se piquer.
- Se piquer ? Comment ça ? Avec des seringues ?
- Voilà. Avec des seringues. »

La pharmacienne m’assure que c’est sans danger, il faut juste piquer dans le coin en haut à droite de la fesse, parce que sinon on risque de taper dans le nerf sciatique et de rester paralysé. Je trouve que ça fait un peu peur quand même, mais la voilà qui m’apporte une boîte de 12 seringues 5ml et des ampoules de vitamines H et B5 (Biotine et Bépantene, disponibles dans toutes les bonnes pharmacies) pour les charger. Elle me dit que si je n’ose pas le faire moi-même, je peux toujours aller voir une infirmière trois fois par semaine pour qu’elle s’en charge, mais je sens bien que ça ferait de moi une chochotte à ses yeux. Non, non, pas de problème, je suis cap, qu’est-ce-que vous croyez.

Au moment de faire la première piqûre, je me sens moins assurée. J’ai tracé une croix sur ma fesse pour être sûre de viser au bon endroit, j’ai la main qui tremble. Je m’y reprends à 7 fois, laissant ma fesse constellée de petites perles de sang tout à fait jolies. J’arrive enfin à enfoncer l’aiguille, je trouve que ça fait un mal de chien, j’ai la mèche collée sur le front par la sueur. Pas de doute, je suis une chochotte.

Avec le temps et au rythme effréné de 3 piqûres par semaine, je me suis aguerrie. Effectivement, les vitamines injectées en intramusculaire stoppent net la chute des cheveux. Mais attention : le sex-appeal que l’on gagne en cheveux, on le perd à l’instant où l’on baisse son pantalon pour laisser apparaître son fessier transformé en champs de bataille par les hématomes. Alors, est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? Je m’interroge.