Archive pour juillet 2009

Ton amie chômeuse a écouté son grand-père lui raconter sa vie

Jeudi 30 juillet 2009

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(Inspiré d’une requête de Liane, qui regrette d’avoir si peu de contact avec ses grands-parents, mais qui ne fait rien pour y remédier, faut bien dire).

En 2003, la canicule avait momentanément éveillé les consciences sur l’isolement des personnes âgées. Suite à cet été meurtrier (ton amie chômeuse se souvient bien d’avoir eu à consoler sa petite sœur qui avait retrouvé Balou le hamster tout sec dans sa cage), la mairie de Paris nous gratifie tous les ans d’une campagne d’affichage nous encourageant à aller offrir un verre d’eau à nos voisins âgés.

Ton amie chômeuse sait bien à quel point il est difficile de se résoudre à passer le week-end avec les grands-parents.  D’abord parce qu’il faut trouver le temps. Comme pour tout le reste me direz-vous, mais pour les grands-parents il en faut beaucoup, parce qu’ils parlent/bougent/réagissent plus lentement. Ensuite il faut accepter de faire face à la vieillesse, ce qui est difficile pour plusieurs raisons :

- c’est pas beau (curage de dents et/ou de dentier à l’issue du repas, taches sur le pantalon ignorées pour cause de vue qui baisse, etc.)
- c’est pas efficace (conversation ralentie par l’ouïe défaillante, déplacements longs et pénibles)
- et par essence, c’est pas moderne (loisirs dépassés, exemple : regarder Fort-Boyard, réflexions homophobes, etc.)
- enfin, c’est comme ça qu’on terminera, et ça, ça fait flipper.

Malgré tout, je trouve ça dommage de réduire les vieux à l’état de végétaux à arroser régulièrement. Car ils sont aussi les vestiges d’une époque très romanesque, faite de guerres, d’amours contrariées et de découvertes qu’on aime lire ou voir au cinéma en oubliant que Papy, oui Papy qui ronfle devant la 4ème rediffusion du Tour de France, et ben il était là quand les Allemands ont commencé à bombarder les Ardennes. Et quelle que soit l’énergie qu’on dépense à le nier, ils sont aussi à l’origine de notre présence sur Terre, et s’intéresser à la genèse, c’est toujours instructif. Autant de bonnes raisons qui ont amené ton amie chômeuse à débarquer chez son grand-père armée de son ordinateur portable et de toute sa patience pour l’écouter raconter sa vie, et prendre des notes, par dessus le marché.

Ce serait mentir que de dire que je n’ai pas été tentée de rebrousser chemin quand j’ai aperçu les sept cartons de photos posés sur la table. Mon grand-père et moi nous sommes mis d’accord et avons décidé de commencer à sa naissance, en 1926, et non au baptême de Clovis. Les débuts ont été laborieux, et j’ai vu à quel point il était difficile et désemparant d’essayer de faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire, de ne pas se borner au factuel sans pour autant se laisser déborder par les émotions. Mais peu à peu, nous avons trouvé un rythme, les souvenirs et les anecdotes ont afflué, souvent aidés par des photos.  Et moi je notais, parfois amusée par la pudeur de mon grand-père qui refusait catégoriquement de me donner des détails sur ses aventures pré maritales, souvent incrédule (« 6 juin, 6 juin… Tu veux dire que tu as passé ton bac le jour du débarquement ?! »), souvent touchée par ce récit d’une vie.

Nous sommes loin d’avoir fini, et je ne crois vraiment pas que nous soyons entrain d’écrire le prochain prix Goncourt. Mais enfin ce sera lisible, et ça nous aura fait plaisir à tous les deux. Et surtout, j’ai enfin compris qui était Tonton Jean, et je regrette d’avoir rechigné à lui faire la bise pendant toutes ces années… je me rattraperai au prochain mariage/enterrement qui nous réunira (en espérant que ce ne soit pas le sien).

Ton amie chômeuse n’assure pas une cacahuète avec l’ANPE

Lundi 27 juillet 2009

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(Requête du Pôle Emploi)

Il ne t’aura pas échappé, ami lecteur, que le nombre de chômeurs a sensiblement augmenté depuis cette histoire de crise dont tu as certainement entendu parler. Pour faire face à la situation, l’ANPE et les ASSEDIC ont décidé de joindre leurs forces en une sorte de méta-service appelé Pôle Emploi, ce qui a eu pour effet de parachever le bordel sans nom qui régnait dans ces administrations. Ton amie chômeuse a largement bénéficié de cette situation chaotique.

À mon premier entretien, j’ai été reçue par un sosie de Loana, une femme qui cache dans ses seins de quoi changer tous les joints des salles de bain de Paris. J’étais captivée par cet incroyable défi aux lois de la gravité, elle avait une voix douce et un joli visage, je l’aurais suivie au bout du monde des formations de retour à l’emploi.

Loana m’a appris que d’après ses statistiques et compte-tenu de mon expérience professionnelle dans l’univers des cosmétiques, j’allais retrouver un emploi relativement facilement. Quand je lui ai annoncé mon intention de ne plus jamais avoir affaire à un tube de crème, et de m’occuper exclusivement d’art et de culture, elle en a presque perdu ses prothèses. Aucun code ROM (ce sont les codes utilisés pour trier les annonces, ami travailleur) ne correspondait à mon cas, d’ailleurs aucune annonce n’offrait de poste dans la culture, d’ailleurs c’était perdu d’avance, et Loana avait une mine de six pieds de long, pire que quand Jean-Edouard l’a snobée le lendemain de la piscine, cette ordure. Elle m’a proposé d’aller me faire voir et de me débrouiller toute seule, ce que j’ai accepté avec joie.

Neuf mois se sont écoulés sans que je ne reçoive de nouvelles du Pôle Emploi, ce qui m’a laissé le temps d’affiner mon projet professionnel, qui consiste, tu t’en doutes ami lecteur, à ne pas en avoir. Aucune ambition carriériste, aucune envie particulière, aucun objectif matériel qui pourrait venir pallier ce manque de motivation, un désintérêt intersidéral pour le monde du travail dans son ensemble, et aucune intention de faire quoi que ce soit pour changer cet état de fait.

Ca n’a l’air de rien, mais c’est déjà énorme de le savoir (1) et de l’admettre (2). Je trouve que ça méritait bien une gestation de neuf mois, et j’ai suffisamment contribué quand j’œuvrais pour l’industrie cosmétique pour avoir le droit d’être rétribuée pendant que j’accouchais de ces belles révélations. Mais comment expliquer ça au Pôle Emploi ?

Je n’ai pas eu le temps de me poser la question longtemps, j’ai été prise de court par une convocation qui avait échappé à ma vigilance postale. Je suis arrivée à mon second entretien en catastrophe, sans avoir eu le temps de préparer mon argumentation. Loana avait laissé la place à une femme tout aussi avenante, mais aux proportions plus conventionnelles. Ai-je modifié mon CV comme l’avait suggéré sa collègue ? Pas vraiment. Ai-je postulé à des offres ? C’est à dire que non, pas tellement. Ma conseillère est ennuyée, d’autant qu’elle vient de remarquer mon tee-shirt « Jesus Saves » et ma montre à l’effigie de la Vierge Marie (erreur vestimentaire évidente de ma part, j’essaie de croiser les bras sur ma poitrine, mais c’est trop tard, ma conseillère me prend pour une allumée).

C’est alors que j’ai décidé de lui ouvrir mon cœur. Je lui ai dit que je ne voulais plus faire de marketing, que j’étais fatiguée d’entendre les institutions culturelles me dire que mon CV était absolument stupéfiant mais que non merci, et que j’avais décidé d’inventer mon propre métier, et de devenir chômeuse professionnelle. Elle ne m’a pas prise au sérieux, le tee-shirt Jésus sans doute.

Être au chômage ne signifie pas (nécessairement) faire corps avec son canapé, continués-je, c’est aussi la meilleure période pour initier de grands chantiers existentiels et voir émerger des idées nouvelles. En attendant que je sache comment je m’appelle et comment je souhaite aménager ma niche, je propose de me rendre utile en racontant ce que je fais à ceux qui n’ont pas le temps de ne rien faire. Je l’ai perdue, elle ne comprend plus rien, peut-être même qu’elle pense que je me drogue.

J’ai été renvoyée dans mes pénates avec une liste assez aride de choses à faire avant mon prochain entretien. Mais je sais très bien comment m’y prendre pour que la dame du Pôle Emploi redevienne mon amie.

Il me suffirait de remettre le masque des conventions sociales, de m’inventer une ambition, de faire tout ce que je peux pour y croire moi-même, de surjouer le dynamisme et la volonté, de laisser entendre que La Win est chez moi une seconde nature, que je suis de bonne famille moi madame, et que j’ai l’intention d’élever mes enfants dans des beaux quartiers.

La dame du Pôle Emploi n’est pas là pour repenser le fonctionnement de notre société, inutile d’essayer de lancer un débat avec elle (« Mais au fond, qu’est-ce que c’est que cette histoire de travail, là ? Qui a dit que c’était une valeur universelle? »). Elle est là pour faire descendre la courbe du chômage et pour me faire comprendre qu’à trop réfléchir, je vais finir par vivre dans un carton. Elle a raison. Moi aussi, à ma façon. C’est comme chez Jacques Martin, tout le monde a gagné. Ou pas.


Lien utile :

www.pole-emploi.fr

Ton amie chômeuse a failli être accro aux séries, c’était moins une.

Lundi 6 juillet 2009

GOSSIP GIRL

(Ce qui explique ma légère réticence à répondre à la requête de Delphine : regarder tout Twin Peaks en une semaine)

On a beau être une chômeuse motivée et enthousiaste, on a quand même passé pas mal de temps à regarder des séries pas toujours au top de l’intellectualité. « Bon, il est 11H45 : petit déj. Le temps de prendre ma douche il sera 14H00, après c’est le déjeuner, ça va m’amener à 16H… Comme j’ai rendez-vous pour l’apéro à 19H, je n’ai que 3 heures de libres aujourd’hui. C’est fou comme le temps passe. ». Et c’est ainsi qu’on se dit que ce n’est pas en 3 heures qu’on va faire quelque chose de constructif (type trouver un boulot), autant remettre ça à demain et regarder quelques séries en attendant.

Dieu merci thanks God, ton amie chômeuse n’a pas la télévision. C’est grâce à Nip/Tuck que je sais ce qu’il serait advenu de moi si cela avait été le cas : je serais restée assise tellement longtemps que j’aurais physiquement fusionné avec mon canapé, et on aurait été obligé d’abattre un mur pour nous extraire de chez nous, mon canapé et moi (comme “Big Momma”, saison 3, épisode 1). L’absence de télévision, en m’obligeant à faire usage de mon cerveau pour trouver les séries sur Internet, a peut-être sauvé quelques neurones d’un engourdissement fatal (peut-être).

J’ai commencé par regarder l’intégralité de Quartelife, l’histoire d’un groupe de six jeunes adultes à travers les yeux de Dylan, une gentille hystérique qui veut devenir écrivain et qui raconte la vie de ses amis sur son blog (ami lecteur, sois gentil de ne pas faire de rapprochements hâtifs avec ton amie chômeuse). Le contenu ne présente pas la moindre originalité, c’est mal joué, pas particulièrement drôle, même pas sexy. Mais tout ça importe peu car Quartelife présente l’énorme avantage d’être une série uniquement diffusée sur le web, ce qui en fait un passe-temps tout-à-fait avouable. Au cours d’un dîner, on peut camoufler les journées de glande derrière un intérêt profond pour la toile et toutes les nouvelles possibilités médiatiques qu’elle offre je veux dire, c’est complètement un secteur en plein boom, et on peut même enchaîner sur les podcasts et les programmes courts formatés pour le téléphone portable. Et bim, on passe directement du statut de chômeuse à celui de geek, beaucoup plus valorisé en société. Le problème de Quartelife, c’est qu’en une après-midi c’est bouclé, curieusement il n’y a pas eu de saison 2.

Je suis ensuite passée à Nip/Tuck. Cette série a provoqué chez moi quelques effets secondaires :
- des cauchemars avec des burins, des cloisons nasales qui craquent, et de la graisse humaine
- des interrogations qui jusque-là ne m’avaient pas effleurée (« Et si je me faisais refaire les seins après tout ? »)
-  une traque au sourcil épilé chez tous les hommes de mon entourage (cette coquetterie m’a rendu le Dr Troy insupportable).
Tout ça n’est pas très stimulant, aucun moyen de déguiser Nip/Tuck en érudition d’aucune sorte : ton amie chômeuse était bel et bien sur la pente glissante.

Et c’est là qu’a surgi l’accident bête : Gossip Girl. Gossip Girl ou les frasques d’une bande de richissimes gamins à New-York : à ce stade, il est moralement répréhensible de regarder une série. Tous les jours, j’allais sur mon site de vidéos online, attendant fiévreusement qu’un gentil camarade américain veuille bien partager ce dont son beau pays lui réservait la primeur : le dernier épisode de Gossip Girl. Comme je sortais peu de chez moi, les upper-east-siders (c’est comme ça qu’on appelle les gosses de riches) étaient devenus mes référents, et il pouvait m’arriver de dire (à haute voix) : « C’est comme Chuck, il est vraiment malheureux en fait… Comme quoi l’argent ne fait pas le bonheur », c’est à dire qu’il n’y avait plus grand chose à sauver chez moi.

Heureusement, j’ai pu compter sur mon entourage pour me remettre sur un chemin plus radieux… Je suis progressivement passée à Curb your ethousiasm, une série écrite et jouée par Larry David (à l’affiche dans le dernier Woody Allen), qui n’était autre que le co-producteur de Seinfield, la série la plus drôle du monde (selon moi). En transformant des situations banales en moments de pur bonheur, Larry m’a redonné envie d’éprouver le quotidien. Il a tout de même fallu que mon site dealer de séries commence à déconner sévère, voire à ne plus marcher du tout, pour que je me décide à arrêter complètement.

Aujourd’hui je regarde une série de temps en temps, et jamais plus de deux 24H d’affilée, on peut dire que je suis sevrée. Je suis prête à témoigner dans les écoles et antennes ANPE si besoin, car on ne met pas suffisamment les chômeurs en garde contre ce fléau.

Liens utiles :
Quarterlife
Site de vidéos online (pas très utile, voir plus haut, mais fonctionne de temps en temps)