Archive pour septembre 2009

Ton amie chômeuse a testé les soldes privées d’une marque de luxe

Lundi 28 septembre 2009

soldes-shopping

(Requête de Nathalie, peut pas y aller, pourquoi, je te le donne en mille, parce qu’elle travaille)

Étant entendu que ton amie chômeuse dispose de son temps, mais pas de beaucoup d’argent (sinon j’aurais été ton amie rentière), c’est bien pour son compte que Nathalie m’a demandé de me rendre aux soldes presse de la marque Chloé. L’invitation étant valable pour deux personnes, je me suis mise en quête d’une accompagnatrice, et n’ai trouvé de disponible à cette heure (14H, en pleine semaine) que ma propre amie chômeuse, au pouvoir d’achat aussi limité que le mien.

Comme chacun sait, le monde est mal foutu : « il n’y a plus de saison », « le cœur est à gauche mais le portefeuille est à droite », et enfin, « quand on a de l’argent on manque de temps et quand on a du temps on manque d’argent ».  Je ne voudrais pas avoir l’air de prêcher pour ma chapelle, mais par les temps qui courent, je trouve qu’il y a un certain enseignement à tirer de l’observation des 30 millions d’amis chômeurs, car nous développons une grande capacité à nous occuper sans être tournés vers un objectif de consommation, ce qui est moins le cas des amis travailleurs. Parenthèse fermée, je me suis rendue aux soldes privés Chloé sans rechigner, me disant que si j’y trouvais un manteau qui déchire pour le prix d’un blouson H&M, la journée ne serait pas perdue.

Alors laisse-moi te dire, ami lecteur, que les soldes privées des marques de luxe restent quand même assez éloignées des ventes Emmaüs. Dès l’entrée, le visiteur est dépouillé de ses vestes et sacs, uniquement autorisé à garder chéquier et carte de crédit (le message a le mérite d’être clair). Chacun se voit remettre un grand sac en plastique dans lequel les trouvailles seront glissées en toute transparence.

Ensuite, on découvre une population fascinante composée de très jeunes filles préparant leur prochain rallye, accompagnées de leurs mères, qui ont à cœur d’utiliser la cagnotte dont elles disposent pour leur frais d’apparat de manière judicieuse. Ton amie chômeuse regardait médusée les portants chargés de robes et de pulls improbables, quand elle a été bousculée par une dame d’une cinquantaine d’années faisant glisser les cintres d’une main aussi rapide qu’experte en disant « ça, j’ai ce qu’il faut, ça, aussi, ça…. peut-être » (et hop, une veste à 2000 sautait dans le grand sac plastique).

Déjà amusées par les prix « soldés » (700 € au bas mot), ton amie chômeuse et son amie chômeuse ont tôt fait de se gondoler franchement après avoir gratté les étiquettes et découvert les prix originaux des vêtements qui variaient entre 4 et 8 mois de loyer. Mais puisque j’étais là (et que je n’avais rien d’autre à foutre), j’ai imité ces dames en me foutant à poil entre deux portants pour passer une robe de princesse et me promener en sautillant dans la galerie (sans toutefois vraiment réussir à  l’amuser -ce jeu de mot est noté 2/10 par son auteur-).

Je n’ai rien acheté, me disant que si Nathalie voulait vraiment faire des affaires, j’emmènerais son chèque en blanc chez Guerrisol un peu plus tard dans la journée. L’honnêteté m’oblige à dire que je n’ai rien trouvé là-bas non plus. J’ai encore été bousculée par des expertes faisant valser les cintres et dénichant des perles parmi les combinaisons de peintre et déguisements de fée périmés. Conclusion : pour les requêtes shopping, ton amie chômeuse avoue que te rendre sur un blog sponsorisé par Glamour te sera sans doute plus immédiatement utile.

Ton amie chômeuse a rencontré des Vendeurs d’enclumes

Mardi 22 septembre 2009

enclume

(Requête de la fée Emma)

Il y a des gens, parfois, qui donnent l’impression d’appartenir à des mondes un tout petit peu différents du nôtre et qui font l’effet d’une bouffée d’oxygen à ceux qu’ils croisent sur leur route. J’ai rencontré Emma dans un bar au sommet d’un immeuble à Porto (Portugal, pour ceux qui ne suivent pas)  ; c’était la plus jolie fille du bar, la plus souriante, et j’ai lu « avec moi, tout est simple » écrit sur son front lisse. Nous avons sympathisé et je lui ai donné mon numéro de téléphone en disant, enthousiaste : « when you come to Paris, you give me a call! ».

Note, ami lecteur, que ton amie chômeuse n’est pas du genre à se faire des amis dans les bars. Si j’échange volontiers quelques blagues, j’ai toujours une sorte de réserve qui m’empêche de réellement ouvrir mon cœur  (sans doute un vieux reste de la consigne maternelle n°3 : « on ne parle pas avec des inconnus »).  Mais pas avec Emma. Et pour être parfaitement honnête, je n’aurais jamais cru qu’elle m’appellerait.

Mon voyage au Portugal remonte à 3 ans maintenant, je me suis habituée à voir débarquer Emma dans mon salon quand elle vient à Paris, et je suis moi-même allée éprouver son canapé à Berlin (Portugal, Allemagne, France : Emma n’a pas de nationalité, elle flotte au-dessus de ces considérations). Il y a quelques jours, elle m’a annoncé qu’elle était de passage pour assister aux concerts de son copain (français), David, et de son groupe Vendeurs d’enclumes.

Et voilà, il fallait le pouvoir magique d’Emma pour que je pousse la porte du théâtre de la Reine Blanche ce soir-là, et pour que je fasse la rencontre de ce groupe incroyable. Saxo, guitares, un accordéon qui se ballade. Un peu Noir Désir, un peu Têtes Raides… Je n’arrivais pas à savoir à qui leur musique me faisait penser.  Et puis il y avait ce chanteur en costume noir, le visage émacier, cette diction, cette gestuelle… Et soudain, la révélation : j’étais face à la réincarnation de Jacques Brel.

Moi qui n’écoute strictement jamais de musique française, j’ai été littéralement transportée par le magnétisme de ce type. Il pouvait chanter n’importe quoi, l’histoire d’un prof devenu fou et interné dans un asile par exemple, je riais à gorge déployée, pour être émue aux larmes la seconde d’après sur un simple changement de son regard.

Il  y a eu aussi l’histoire (jouée, et non chantée celle-là) d’un homme bègue qui tente de déclarer sa flamme à une dame dans le bus, ou encore l’histoire d’un homme qui a la flemme de tout, de trouver un boulot, de trouver une copine, de se laver, de s’habiller, de se faire à manger (ton amie chômeuse s’est sentie particulièrement concernée par cette chanson).

Jacques Brel et ses musiciens, impeccables sans jamais se prendre au sérieux une seconde, m’ont donné l’impression d’être une toute petite fille captivée par l’histoire qu’on me racontait. Merci qui ? Merci Emma.

Liens utiles :
Vendeurs d’enclumes sur My Space
Liste des concerts, il y en a un à la Java à Paris le 5 octobre