Archive pour octobre 2009

Ton amie chômeuse is : l’Homme-Statue

Samedi 24 octobre 2009

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(Requête du figurant que j’avais convoqué, plus trop envie de le faire finalement)

Pour les besoins du tournage dont j’ai déjà parlé, ton amie chômeuse a pu éprouver sa capacité à faire fi du regard de l’autre en se mettant dans la peau d’un Homme-Statue. Ces hommes et ces femmes qui passent des heures dans un parc ou à l’angle d’une place, que seuls quelques enfants pendus au bras de leur mère remarquent, ces héros de l’immobilisme prolongé, ces Siddhârta de l’Entertainment : ton amie chômeuse a voulu leur rendre hommage.

Après vingt minutes de maquillage appliqué à la truelle, j’ai fait une bien triste découverte : par contraste avec l’extrême blancheur du teint, les dents paraissent plus jaunes qu’un vieux citron, et les yeux noirs et sévères. Autant dire qu’après avoir enfilé la toge de 6 mètres d’envergure et recouvert le crâne d’un turban, ton amie chômeuse n’était pas exactement un sex symbol.

Après avoir essuyé quelques blagues dans la rue, et notamment celles de la comédienne qui m’accompagnait et qui annonçait à ceux qui me regardaient de façon insistante que j’avais une gastro, nous avons gagné la voiture. Je me suis étonnée moi-même par ma capacité à faire abstraction de mon apparence (« mais pourquoi il me regarde comme ça, lui ? Ah oui, c’est vrai. »).

Inutile de préciser que cette voiture n’est pas la propriété de ton amie chômeuse, et que le créneau en milieu parisien est une opération qui peut prendre quelques minutes. Le maquillage me coulait dans les yeux pendant que je manœuvrais l’engin, c’était particulièrement pénible, d’autant plus que ni la comédienne ni moi ne parvenions à identifier la provenance d’un rire sardonique épouvantable. À l’évidence, quelqu’un se foutait de ma gueule, et nous ne savions pas où il était. Ce n’est qu’en sortant de la voiture que j’ai enfin repéré un homme gras penché à sa fenêtre : à la vue de ma tête enfarinée et de mon regard noir, il s’est tu de lui-même.

Arrivée dans le parc, je me suis installée sur mon piédestal de fortune. Une minute ne s’était pas écoulée qu’une trentaine de gamins s’était massée autour de moi, échangeant des commentaires, appelant frères, sœurs, cousins et amis pour assister au spectacle. Manquait plus que ça, me disais-je. Les spéculations allaient bon train sur mon identité : étais-je un mime, un clown, ou la terrifiante Dame Blanche ? N’y tenant plus, je suis sortie de mon mutisme pour dire : « Une statue bon sang ! Vous voyez pas que je suis une statue ?! ». On eût pu penser que cela les eût fait fuir : point du tout.

Les nerfs de ton amie chômeuse ont commencé à flancher quand les nounous sont arrivées avec leur poussette et leurs appareils photo. Cet engouement m’a laissée complètement ahurie ; à l’ère des jeux en réseau, qui veut avoir sa photo avec l’Homme-Statue ? Et bien tous. Ils voulaient tous leur photo avec l’Homme-Satue, ou la Dame Blanche pour certains irréductibles.

« Je veux bien qu’on tourne là… ». Je crois que j’ai eu peur que l’un d’entre eux se mette à me jeter des cailloux, puisque c’est un comportement que j’attire dans les parcs, mais non, ces enfants étaient mignons, j’ai même entendu une petite fille dire à sa voisine que j’étais « trop belle », ce qui a failli me faire pleurer (rapport aux dents jaunes, aux yeux noirs et à toute ma condition de statue).

Si je n’arrive jamais à me reconvertir, je sais aujourd’hui que je peux toujours faire Homme-Statue/ Dame Blanche dans le parc près de chez moi. J’ai déjà un public, et c’est un début.

Ton amie chômeuse a assisté à une conférence

Lundi 19 octobre 2009

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(Initiative personnelle, un jour de grande solitude)


Parmi les endroits où l’on peut rentrer sans que personne ne vous demande rien, il y a : les vernissages de galeries, où on peut boire du champagne et manger à l’œil, les projections presse de films (mais il faut être rencardé sur l’endroit où ça se passe), et les conférences. Tu serais étonné, ami lecteur, de la facilité avec laquelle on s’inscrit à des conférences sur tout et n’importe quoi.

Ton amie chômeuse s’est dit que c’était un bon moyen d’apprendre à peu de frais, et s’est inscrite à une conférence sur la biodiversité se déroulant au Muséum National d’Histoire Naturelle, en plein Jardin des Plantes. J’avais également repéré que c’était Hubert Reeves qui concluait le cycle de conférences, et me délectais déjà de l’effet que ça produirait en soirée (« Oui, c’est comme la dernière fois, j’étais à une conférence, et Hubert disait quelque chose de très intéressant… Hubert Reeves, j’veux dire… ») (quand on est au chômage, tous les moyens sont bons pour éviter de répondre au fatidique « Et toi, tu fais quoi ? » ; si tu cites Hubert Reeves d’entrée, personne ne te demande rien, ça emmerde tout le monde de parler d’astrophysique en picolant).

Je m’étais donc déguisée en fille pressée et suis arrivée avec mon téléphone vissé sur l’oreille, m’interrompant juste à temps pour donner mon nom à l’hôtesse d’accueil qui m’a remis un petit dossier, comme aux vrais gens qui travaillent. Mais comme je ne suis pas une vraie gen qui travaille, je n’avais pas imprimé le plan avant de partir (je n’ai pas d’imprimante), je me suis perdue, et la conférence avait déjà commencé quand je me suis glissée sur les banquettes en bois de l’amphithéâtre.

Je jure sur la tête d’Hubert Reeves que je n’exagère pas : dans les trois dernières rangées, une personne sur trois dormait profondément. Soit que les gens se soient instantanément remis dans leur peau d’étudiant (les pollards qui prennent des notes devant, les fêtards derrière qui complètent leur nuit), soit que la vie professionnelle les ait complètement déshabitué à ne rien faire d’autre qu’écouter : mystère. Ton amie chômeuse s’est plongée avec ravissement dans la contemplation de ces gens en costume, le blackberry encore dans une main et le stylo dans l’autre, figés par une vague de sommeil, comme à Pompéi.

J’ai vite saisi pourquoi la conférence était réservée aux professionnels de l’environnement, ne comprenant pas un mot de ce qui se disait sur l’estrade (au point que je suis incapable d’en relater le plus petit bout, pardonne-moi, ami lecteur). Je crois qu’il y avait une histoire de moustiques, de marais et de gens qui pètent les plombs et veulent éradiquer l’espèce, mais je ne saurais pas en dire davantage.

Au bout d’une quinzaine de minutes, les mots se sont transformés en une douce musique de fond, j’ai senti que ma tête se faisait lourde, me disant que catastrophe, j’étais moi-même gagnée par les vapeurs somnifères de la biodiversité. J’ai regardé ma montre : il était 15H, Hubert ne devait intervenir qu’à 18H30 ; ça allait être dur.

Ton amie chômeuse a un passé très agité de somnambule, dont il lui reste quelques séquelles : lorsque je m’endors, j’émets des cris et gémissements très brefs, mais assez forts pour être entendus de tout le monde, à commencer par moi-même. Ça m’a déjà causé des ennuis en cours de Pilates au moment de la relaxation finale, et voilà que ça me reprenait en pleine conférence sur la biodiversité. J’ai réussi à déguiser le premier petit cri en raclement de gorge, mais au second, j’ai préféré ne pas prendre le risque d’attirer l’attention sur mes camarades dormeurs et suis sortie en catimini. C’était râpé pour Hubert, mais pendant quelques minutes, travailleurs et chômeur(s) étions unis dans une même torpeur, et j’ai trouvé que ça valait le coup.

Je recommande chaleureusement cette activité à mes camarades chômeurs : c’est un excellent remède contre la solitude, moins sinistre que les groupes thérapeutiques à la Fight Club et qui a le mérite de raviver de délicieux parfums d’années étudiantes.

Ton amie chômeuse a passé deux jours sur un tournage

Mercredi 14 octobre 2009

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(Requête de mon amie chômeuse, c’est à dire moi-même)

« Tu connais la différence entre Dieu et un chef op’ ? Au moins Dieu, il se prend par pour un chef op’ ». Si tu n’as jamais mis les pieds sur un tournage ami lecteur, cette blague t’échappera, comme elle a échappé à ton amie chômeuse. Déjà, je ne savais pas ce qu’était un chef op’. Quand je l’ai vu à l’œuvre, ma première réaction a été de me demander « mais si c’est elle qui fait ça, qu’est-ce-qu’il glande le réalisateur », et la seconde a été de relancer le débat sur Dieu, car il me semblait très clair que c’était le réalisateur et personne d’autre qui avait des velléités d’hubris (oui, ton amie chômeuse aime bien placer des mots en grec de temps en temps).

Ce qui est très étonnant sur un tournage, c’est qu’on a un peu l’impression d’être à un goûter d’anniversaire. J’ai lu un début de panique dans le regard du réalisateur quand nous sommes venus à bout des fraises tagada : si la « table régie » n’est pas bien achalandée, même Dieu ne répond plus de rien. J’ai dû envoyer M. racheter de l’Oasis, du Coca et des langues qui piquent. Au point que j’ai été tentée de répondre « laisse, j’y vais » à la chef op’ qui disait qu’elle allait « chercher de l’inser », mais c’était un piège.

La chef op’ a pour mission de composer l’image la plus esthétique possible : elle place la caméra, décale un rideau, bouge un filtre bleu de 3mm, et demande validation au réalisateur. Balèze, elle a non seulement su donner l’impression que la scène se déroulait dans un cadre agréable (alors qu’il pleuvait des cordes et que la nuit était tombée à 14H), mais elle a aussi su répondre à la question-mystère de Dieu, à savoir : « Tu peux régler le problème avec une patate en étal ? ». Vu le nombre d’inconnus dans la phrase, ton amie chômeuse n’a même pas essayé d’obtenir un éclaircissement, et s’en est remis aux mains de ces gens qui à l’évidence ont accès à un monde inconnu.

Sache également, ami lecteur, que « HMC » signifie habillage-maquillage-coiffure et que la personne qui s’en charge a développé un 6ème sens pour déceler le moindre excès de sébum sur une aile de nez, la plus petite mèche de travers ou peluche sur un pull (même à plusieurs mètres), le tout en disputant des parties de poker en réseau sur son téléphone portable. Ces longues attentes pendant les prises ont permis à la maquilleuse de développer des trésors de patience : elle m’a proposé son scooter pour aller chercher en vitesse le costume de figurante que j’avais oublié, et ne s’est pas démontée quand je suis revenue 10 minutes après, bredouille mais avec son topcase dans les bras (je n’avais pas réussi à l’ouvrir, et avais été incapable de le remettre quand il s’était décroché pour une raison inconnue).

Ami lecteur je n’ignore pas que tu dois t’interroger sur les raisons qui m’ont amené sur un tournage, et je t’annonce que ton amie chômeuse a trouvé la meilleure occasion de retomber en enfance en mettant en scène ses propres aventures, comme ça, pour rigoler. C’est exactement comme quand on avait 7 ans (« Et là, on dirait qu’elle serait tellement fâchée qu’elle casserait la guitare ! » « Oh ouais ! Attends, viens, on lui fait des couettes ! ») sauf qu’il y a une vraie équipe de professionnels pro de la profession cinématographique qui donnent corps à ces phantasmes, et que parfois le réalisateur dis « T’occupe, retourne à ta place et arrête de rentrer dans le champ ».

C’est une vraie comédienne qui incarne ton amie chômeuse, et ça aussi, c’est vraiment le pied : c’est comme si j’avais créé un avatar, une sorte de version améliorée de moi-même (en plus d’avoir su camper une chômeuse plus vraie que nature, elle n’est pas blonde, elle est super bonnasse, et elle est beaucoup plus drôle que je n’aurais pu l’être face à une caméra).

Quand au réalisateur, si c’est vraiment lui Dieu, je veux bien mettre mon destin entre ses mains. Et d’ailleurs, à bien des égards, j’ai déjà commencé (sache ami lecteur, que le blog Mon amie chômeuse est né d’une discussion avec lui et que si ça continue je ne vais plus savoir comment lui témoigner ma gratitude ; je vais peut-être lui proposer de restaurer la dîme).

Je profite de l’occasion pour leur dire un grand merci très ému à tous les quatre. Vous pourrez voir le résultat de l’association entre une équipe de professionnels et une glandue dans les semaines qui viennent, si Dieu le veut.

Aucun lien utile pour l’instant, mais bientôt.

Ton amie chômeuse is Heidi, pitite fille de la coulline

Lundi 5 octobre 2009

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(Invitation de Guillaume, mon oncle expatrié)

Ton amie chômeuse rentre d’un long week-end en Suisse et a l’impression d’avoir passé trois jours dans un dessin animé. Mes petites cousines m’ont fait replonger dans des programmes télé qui étaient enfouis très loin dans ma mémoire, ce qui peut être un élément d’explication. Mais pas seulement.

Première découverte : les votations. En Suisse, les citoyens sont invités à se prononcer par referendum sur tout ce qui concerne leur vie quotidienne (la construction d’un bâtiment, la réhabilitation d’une zone, la plantation d’un bégonia dans le parc…), ce qui donne lieu à des dizaines de « panneaux de votation » alignés le long des rues, sur lesquels on lit OUI NON NON OUI, etc. Ton amie chômeuse s’est dit que c’était chouette pour les graphistes de la région qui peuvent exercer leur talent à chaque occasion.

Déterminée à faire une promenade typique, j’ai marché le long du Rhône, ou plutôt, le long des banques, et après une halte dans une horlogerie, je me suis rendue au célèbre lac. Seconde découverte : la flotte navale de Genève. Bien que, comme son nom l’indique, le lac de Genève soit un lac (à Genève), on y voit naviguer des bateaux de taille très impressionnante. L’oncle de ton amie chômeuse n’a pas su répondre à la question :  « mais ils se font pas un peu chier au bout d’un moment, avec leurs gros bateaux, sur un lac ? ».  Ou peut-être que, comme dans un dessin animé, on dirait que ce serait l’océan et qu’on ferait le tour du monde.

La suite du week-end s’est déroulée à la montagne, où ton amie chômeuse n’était pas allée depuis belle lurette, et jamais en dehors des vacances d’hiver. L’endroit n’a rien des usines à ski en béton dont j’avais l’habitude jadis, et malgré un léger parfum de village fantôme, les chalets s’intègrent joliment dans un paysage de type « petite maison dans la prairie ». On y croise Yvon et Jocelyne entrain de retaper leur toit, Raymond l’éleveur de truites, puis son fils qui exploite une mine d’ardoises un peu plus haut ; tout le monde est agréable et souriant, et on doit faire face à une surenchère de propositions d’apéro, du simple verre de rosé à la tarte aux épinards cuisinée tout spécialement.

Transformée en pitite fille de la coulline pour l’occasion, ton amie chômeuse s’est laissée rouler dans l’herbe jusqu’à chez Raymond l’éleveur de truite (j’exagère un peu, mais pas tant que ça). Échaudée par la visite de la porcherie qui a fait de moi une végétarienne, j’espérais que l’élevage de truites n’allait pas me dégoûter du poisson (sans quoi, je vais crever, comme expliqué ici). Comme les cochons, les poissons changent de bassin à mesure qu’ils grandissent, et comme eux, ils n’ont aucune chance d’échapper à un moment ou à un autre à l’épuisette de Raymond et aux 220V qu’il balance pour les tuer.

Mais contrairement aux cochons, les truites se collent plein les branchies d’une eau parfaitement claire, et quand elles se mettent sur le dos (et elles le font, j’ai tout vu), elles jouissent d’une vue imprenable sur d’immenses montagnes : j’ai estimé que leur sort n’était pas si désolant, et je ne veux pas entendre que les yeux des poissons ne sont pas placés de sorte qu’ils voient le ciel quand ils nagent sur le dos, c’est un détail.

Pourtant, si Raymond avait voulu me traumatiser, il ne s’y serait pas mieux pris : après m’avoir invitée à m’approcher quand il dépeçait la truite fraîchement électrocutée, il en a extrait le cœur en disant gaiement « Et tu vois, il bat encore ! ». Et en effet, le petit organe sautillait sur la table pendant que ton amie chômeuse s’efforçait de prendre un air amusé.

Pour finir, ton amie chômeuse de la coulline a fait une randonnée, avec bâtons de marche, sacs à dos et veste polaire, et sans broncher (réalisant bien vite que ce serait la honte de réclamer une halte alors qu’Iris, 7 ans, ne voyait aucun inconvénient à cette marche en pente raide).

En somme, ton amie chômeuse n’a décelé aucune panique à l’idée d’une possible rénovation du capitalisme, et n’a rencontré que des gens heureux dans leur bulle à l’abri du monde. Sauf Roman Polanski, évidemment, mais comme j’ai pris le train, on ne s’est pas croisés.

Ton amie chômeuse s’en est pris plein la gueule

Vendredi 2 octobre 2009

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(Après l’intervention de commentateurs très en verve)

Il était une fois, une fille qui avait quitté son travail dans une grande entreprise de cosmétiques-chut-chut-pas-de-marque pour s’orienter dans un univers plus cher à son cœur. La fille, qui avait le nez creux, prit sa décision quelques mois avant qu’une crise dont vous avez peut-être entendu parler ne s’abatte sur le monde.

Après une longue période de recherches infructueuses et éprouvantes moralement (« Et toi, tu fais quoi ? » « Je mange un bâton de céleri ? » « Non mais je veux dire : dans la vie ? » « Bah rien. Voilà. Rien du tout. »), elle eut l’idée d’un blog qu’elle appellerait Mon amie chômeuse. Le blog en question devait remplir trois fonctions :
1- rendre service à ses amis qui travaillent et manquent de temps, et ainsi conférer à la fille une utilité sociale,
2- afficher ses goûts pour le cinéma, la littérature et l’écriture, dans l’espoir qu’elle puisse un jour en faire une activité rémunératrice,
3- donner une autre image des chômeurs, et défendre l’idée qu’un individu ne se définit pas seulement par son activité professionnelle.

Une fois le site en ligne, celle qui était devenue ton amie chômeuse fut émerveillée d’être si bien accueillie, et souvent émue par les messages d’encouragement qu’elle recevait. Elle suscita même l’intérêt d’un rédacteur en chef de renom qui lui proposa de publier ses billets.

C’est alors que ton amie chômeuse réalisa que vraisemblablement, certaines personnes ne voulaient pas être amies avec elle. Accusée de snobisme et de parisianisme parce qu’elle avait écrit en anglais et qu’elle avait eu la goujaterie de naître à Paris, Anathème (qui porte bien son nom), lui dédia même une ode en ces termes :

« Avec de tels propos ne t’étonne pas de rester chômeuse encore longtemps…. Luco, comment oser affirmer ce diminutif abject et idiot que n’utilise que les gens de ton espèce, ne te plains pas de n’attirer personne, tu ne fais pas partie du paysage, les gens comme toi on n’en veut pas… laisse nous cet espace de bon goût… ».

La fable s’arrête donc ici. Je ne vais pas prétendre que ces injures n’ont produit aucun effet. J’ai voulu me préparer à manger quelques minutes après en avoir fait la lecture, et je me suis retrouvée à ranger la mozza sous l’évier, à allumer la bouilloire pour me faire un œuf au plat, enfin j’ai réalisé une heure après que je n’avais pas éteint le gaz : de toute évidence, j’étais perturbée.

Les personnes qui se permettent de tels propos sur Internet se rendent-elles compte de ce qu’elles font ? Si Anathème m’avait croisé dans la rue, il (ou elle) m’aurait-il craché au visage ? Cette méchanceté m’étonne, comme toujours, et me rend profondément triste. Est-ce que le fait que je m’auto-qualifie de glandeuse justifie qu’on dise que je « ne fais pas partie du paysage » ? Anathème ne connaît-il pas le sens des mots humour et dérision ?

Je salue néanmoins l’audace de se revendiquer d’un certain « bon goût » tout en usant de formules telles que « les gens de ton espèce » et plus loin « les gens comme toi ». Je conseille à Anathème la lecture de Chômeurs Academy, de Joachim Zelter, où il aura la satisfaction de voir ses fantasmes réalisés (les gens de mon espèce y sont enfin parqués dans des camps de rééducation, c’est tout à fait jouissif).

Citons enfin le dénommé Popey, qui en réaction au même article s’exclame (je copie-colle) : « Anatheme a tout dit,la glande le pied de beaucoup de chomistes surtout ne cherche pas tu seras de te lever le matin. !!! ». Une centaine de traducteurs sont actuellement à pied d’œuvre pour essayer de déchiffrer ce message, ton amie chômeuse ne manquera pas de te tenir au courant de leurs trouvailles.

J’ai bon espoir qu’à l’avenir, ce genre d’attaques me laisse de marbre (il paraît qu’on s’habitue à tout), et que je ne ressente plus le besoin de consacrer un si long texte à de si viles personnes. Il ne faudrait quand même pas que tout ça me détourne de mon nouveau métier, qui consiste, rappelons-le, à  glander pour le compte des autres.

Liens et infos utiles :
Le texte sur le Luco sur le site de Marianne2, suivi des messages d’amour et d’amitié sus-cités,
Le texte sur Fish Tank, également connu sous le nom de “l’injure aux polyglottes”,
Enfin, le texte sur la galerie Magnum, pas encore trop vigoureusement insulté, mais on ne perd pas espoir.
NB : la rédaction de Marianne se réserve le droit de changer les titres des billets, ainsi que d’y ajouter un “chapo”. L’expression “Luco”, qui m’aurait envoyée directement brûler en enfer, n’est donc pas de moi.

Ton amie chômeuse a assisté à l’avant-première très people du film de Nicolas Hulot

Jeudi 1 octobre 2009

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Le syndrome du Titanic, de Jean-Albert Lièvre et Nicolas Hulot
(Requête de Steph, bosse dans le ciné, ne peut pas aller à toutes les avant-premières sous peine de ne faire plus que ça)

En arrivant au cinéma, mon carton d’invitation déjà brandi pour couper court aux discussions potentielles avec le « videur », j’ai quand même été un peu surprise par le nombre de photographes postés devant l’entrée. Pendant quelques secondes, j’ai regretté ma tenue. Par essence, ton amie chômeuse n’a pas de collègues, et peu de chances de croiser les mêmes personnes deux jours de suite. Du coup, je pratique volontiers le « une tenue par semaine » (il m’est arrivé de devoir ignorer un copain croisé par hasard un lendemain d’apéro pour ne pas être grillée), mais il faut avouer qu’après deux jours, j’ai moins d’allure. Evidemment mes craintes étaient vaines puisque la meute ne m’a même pas remarqué et s’est précipitée sur une présentatrice blonde (ton amie chômeuse, authentique troglodyte des temps modernes, n’a pas la télé).

Un peu plus tard, au bas des marches du cinéma, même cérémonial : Hippolyte Girardot était mitraillé sur un fond aux couleurs du film, et les photographes n’arrêtaient pas de gueuler « Hippolyte! Hippolyte ! », des fois qu’il ait des doutes sur son prénom. La salle était pleine à craquer, ce qui n’est jamais un problème pour moi qui préfère de toutes les manières m’asseoir au premier rang. Ca m’a permis en plus de remarquer Cécile de France derrière moi, Gilles de Robien (moins bien coiffé) et deux sièges vides au nom de Pascal Obispo et Luc Besson (dommage, j’aurais adoré). Pour faire honneur à ma cliente, je me suis retournée pour ignorer ces people avec la classe due à mon rang de chômeuse (on ne devait pas être nombreux dans la salle).

C’est alors que M. est revenu des toilettes, et a dit : « Tiens, y a Jacques ». J’ai beau être favorable aux amitiés transgénérationnelles, je suis sûre de ne pas avoir de Jacques dans mon cercle proche. Je me suis retournée, il s’agissait de Jacques Chirac. M. n’est pas vraiment impressionnable comme garçon. Pour ceux qui auraient manqué cette honorable présence présidentielle, pas de problème : Nicolas Hulot, son co-réalisateur et son producteur ont tous les trois commencé leur discours par « Monsieur le Président, Monsieur le ministre d’Etat… » et après « on va tous crever » avec des périphrases plus ou moins explicites.

Passons au film, c’est quand même pour ça que Jacques s’est déplacé. Ton amie chômeuse est sensible au message de Nicolas, et l’a toujours bien aimé avec sa coupe de cheveux « j’ai porté un casque de moto pendant 40 ans et je l’ai retiré hier ». Il propose de réduire nos excès, car « c’est l’excès qui est toxique », de nous imposer des limites, quitte à abandonner nos velléités de pouvoir et de domination. Il prêche de façon juste et touchante pour une prise de conscience que « je » fais partie du tout. Je suis convaincue que c’est la seule solution, non seulement pour éviter Les derniers jours du monde, mais aussi pour donner une chance aux hommes de vivre sans frustrations inutiles, et sereins.

Vraiment, je pense que c’est un message positif, et qui vaut la peine d’être diffusé et entendu. Le problème, c’est que le film va à l’encontre de toutes les règles de l’honnêteté intellectuelle et va se ranger aux côtés de tous les autres outils de propagande. C’est une succession d’images anonymes, commentées par un Nicolas Hulot qui se laisse volontiers aller au pathos. Comme chez Walt Disney, il y a de la musique qui fait pleurer, des gros bruits qui font peur, des phrases choc en pagaille… On dirait un (très, très) long clip politique, souvent ennuyeux. Je pense que les détracteurs de Hulot vont s’en donner à cœur joie, et je trouve ça dommage parce que sa démarche est sincère. Par ailleurs, elle me paraît juste à moi, mais c’est un avis parfaitement subjectif, comme son film.

Lien utile :
Site officiel du film