Archive pour décembre 2009

Ton amie chômeuse au chômage du chômage jusqu’à janvier

Jeudi 24 décembre 2009

conte

Parce que les chômeurs aussi ont droit à des vacances, je laisse mon ordi à Paris et pars avec de quoi lire 7 heures par jour pendant 10 jours. De quoi t’assommer avec plein de billets littéraires chiants à la rentrée, ami lecteur !

Ton amie chômeuse te souhaite bon courage pour les marathons familiaux de fin d’année et reviendra en pleine forme (ou à moitié morte, c’est quitte ou double avec les vacances de Noël) début janvier.

Ton amie chômeuse a assisté à une soutenance de thèse

Jeudi 17 décembre 2009

lucky_luke1

(Requête de Marine, avait besoin d’aide pour porter de quoi fêter ça)

Quand ton amie chômeuse doute d’elle-même (oh ça peut arriver… rapport au chômage, au total manque d’ambition professionnelle, au non-sens de la vie, au manque d’endurance sur la voie de l’ascèse, ton amie chômeuse trouve toujours une bonne raison d’être au fond du seau, elle est au moins constante là-dessus, c’est déjà ça), elle se rassure en se disant que si elle a des amis aussi intelligents (ça marche aussi avec courageux/ beaux/ honnêtes/ ouverts), c’est bien qu’il doit y avoir quelque chose à sauver chez elle même (sinon ils ne me fréquenteraient pas, tu me suis ami lecteur ?).

Ainsi donc, il était hors de question que je rate la soutenance de thèse de mon ami M., qui est une des personnes sur Terre avec qui il est le plus agréable de converser autour d’un Trivial Pursuit et de plusieurs bouteilles de vin. À sa soutenance de thèse, pas de vin, certes (du moins pas pendant la soutenance), mais un jeu de société qui en vaut beaucoup d’autres.

Au centre du plateau, le soutenant. Devant lui, un jury de six vieux sages qui vont lui coller des bâtons dans les roues pendant près de deux heures pour vérifier qu’il a le droit d’accéder au statut d’érudit officiel. Dans l’assistance, des adjuvants qui n’apporteront qu’un soutien moral et désespérément muet au joueur. Et enfin, quelques thésards qui sont venus voir à quelle sauce ils seront mangés quand viendra leur tour. Ton amie chômeuse en a croisé un aux toilettes : quand je lui ai adressé la parole pour l’avertir que le distributeur de savon était vide, il m’a regardé comme si je l’avais violé, vivement que le jeune homme puisse retourner dans le monde des vivants, me suis-je dit.

Avant d’avancer ses premiers pions, le joueur a replacé la table devant lui, bu une gorgée (d’eau). C’est que cette partie là signe la fin de quatre ans et demi de travail, on n’est pas là pour déconner, l’atmosphère est un peu crispée. Il se lance. Son exposé de vingt minutes est limpide, ton amie chômeuse a presque tout compris et opiné du chef aux moments opportuns, c’était impeccable, on était à deux doigts de crier wouhou avec la copine de M. Mais non. La parole était aux vieux sages.

Le vieux sage en chef, qui ne s’est pas départi de sa veste en cuir marron façon « mon cheval est garé en bas », distribue la parole aux érudits. L’un deux sort son téléphone, mais il a la courtoisie de raccrocher après la phrase d’usage (« Ouais, ça va ? Bien ou bien ? Ouais chui en soutenance là, je peux te rappeler ? »), bien élevé le gars. Un autre vieux sage partage avec l’assistance quelques souvenirs soixante-huitards sans grand lien avec la thématique mais qui sont pour lui l’occasion de replonger à l’époque bénie où les étudiants de l’école Normale étaient bourdieusiens, maoïstes ou trostkistes. Chacun se livre à une critique en deux temps que l’on pourrait résumer par « c’est drôlement bien (1), mais quand même vous êtes encore un petit scarabée qui se fourvoie à la moindre occasion (2) ».

Le vieux sage en chef reprend la parole, trois fois plus fort que ses camarades érudits pour bien attester de son statut. Silence dans le saloon, Sarah Bernhardt fait sa tirade. M. ne se laisse nullement impressionner par ce discours au charisme revendiqué prononcé d’une voix de baryton. Il répond avec calme et fermeté, comme toujours, montrant bien aux opposants qu’ils peuvent bien opposer ce qu’ils veulent, il joue déjà dans leur cour. Le verdict tombe par la voix de Sarah Bernhardt : mention très honorable avec félicitations du jury.

Mon amie P. argue que c’est pourri « très honorable » comme formule, je suis bien d’accord, mais A. nous rassure en nous disant que c’est bien la notation la plus haute que l’on peut espérer en soutenance. « C’est 20/20 ? A + ? Bonhomme qui sourit ? », oui, nous dit-elle, c’est le top du top. C’est donc de bon cœur que nous sommes allés nous saouler au buffet qui devait clore la soutenance, avec Sarah Bernhardt et tous ses potes soudainement descendus de leur piédestal pour aller s’enquiller quelques canapés. Ton amie chômeuse a trouvé que le jeu, s’il ne valait pas un bon Trivial Pursuit, n’était pas dénué d’intérêt, et s’est dit que l’incruste aux soutenances de thèses (suffit de faire semblant d’être thésard soi-même) était une bonne façon de s’instruire à peu de frais.

Ton amie chômeuse a trouvé l’antidote aux fashionistas

Vendredi 4 décembre 2009

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(Requête d’Adrien, soit il trouve un bar fumeur, soit il se met à balancer des pavés dans les vitrines)

Si tu as plus de 17 ans, et que tu as récemment fait une sortie en « boîte » , tu sauras de quoi je parle, ami lecteur. Tu as ricané dans la queue en pointant du doigt les garçons avec leur mèche collée sur le front ou les filles de 34kg qui n’ont pas jugé nécessaire de porter une jupe. Tu as commencé à te sentir mal à l’aise quand tu as réalisé que tu étais plus âgé de 10 ans au moins que tous tes camarades de sortie. Tu as carrément badé quand, sur la piste de danse, tu as compris que ce n’était pas ce soir que tu allais pouvoir faire une démonstration de Tecktonik pour déconner, car tous ces ados parfaitement lookés te regardent déjà suffisamment comme ça.

Ton amie chômeuse a trouvé l’antidote aux soirées de fashionistas : l’Utopia, café-concert. Pour accéder à l’utopie, il faut se rendre au fin fond du 14ème arrondissement de Paris, et sonner à une porte surmontée d’une enseigne discrète. On est accueilli par un monsieur un rien bougon, le cigarillo pendu aux lèvres. Pas de politesses inutiles, il faut montrer patte blanche et présenter sa carte de membre. Moyennant 10 euros pour une cotisation annuelle, on accède à un monde à part : un monde où tout le monde peut fumer en sirotant un whisky, un monde où la notion de style vestimentaire a été définitivement abolie, et où seule compte la musique.

Arrivent les musiciens, des blues men pur sang qui ont accumulé de l’expérience à mesure qu’ils prenaient des kilos. Ils chantent des reprises de George Harrison ou d’Eric Clapton pour un public déjà conquis, les blagues potaches fusent sur scène comme dans la salle. Lorsque Jacques échange sa guitare contre un harmonica, Manu Galvin (la star de l’Utopia) annonce « vous allez voir ce qu’on peut faire avec un petit instrument, demandez donc à sa femme. » On rit grassement avec ses voisins de table cinquantenaires, et ça fait du bien.

Quand les papis du blues se mettent à jouer, on est transportés ; quand Manu Galvin chante « I’ll be your baby tonight », on est à deux doigts de lui dire banco, tant ses ballades parfaitement exécutées sont envoutantes. Les deux seuls membres de l’assistance qui ont moins de 40 ans se font rabrouer comme des enfants parce qu’ils discutent pendant le concert : vengeance rafraichissante face à la domination jeuniste de la vie nocturne parisienne.

Si toi aussi, tu veux devenir vieux avant l’heure et que tes dernières soirées t’ont inspiré des pensées réactionnaires, ton amie chômeuse sera ravie de te parrainer pour te faire entrer dans le club de l’Utopia.

Liens et infos utiles :

Adresse de l’Utopia
79 Rue de l’Ouest
75014 Paris
01 43 22 79 66

Site et programme de l’Utopia

Ton amie chômeuse est fan de LoveToy

Mercredi 2 décembre 2009

love-toy-album

(Requête de Rodolphe, que si tu venais pas à ce concert, que t’étais plus vraiment un pote)

Dans ma vie de groupie, il y a eu :
En premier lieu, Michael Jackson. J’avais tous ses disques sur cassettes, j’avais les vidéos de ses concerts, je me suis imaginée entrain de bouffer les yeux de la fille qui arrive à braver les vigiles et qui se jette dans ses bras à l’un de ses concerts, j’ai harcelé mon frère quand il était bébé de sorte que son 2ème mot après Babeuh (= maman) fut Maxon (= Michael Jackson), je trouvais qu’il était beau : j’étais fan.

En second lieu, Patrick Bruel. Bon. Çavatagueuleçava. Je n’ai jamais pu aller à un concert du premier, et il paraît qu’il a annulé sa prochaine tournée. Quant au 2ème, je n’avais pas l’âge d’y aller seule, et personne ne s’est proposé pour m’accompagner. Autrement dit, je croyais ne plus jamais avoir l’occasion de vivre d’authentiques moments de groupie, comme dans Presque Célèbre, et j’en étais triste.

Et bien dimanche dernier, j’ai eu un flash. J’étais à un concert, au 1er rang, sautant comme un jeune chiot, chantant toutes les paroles par cœur, applaudissant à m’en faire sauter la peau sous les bras, et échangeant même quelques blagues avec le chanteur : ce fut la révélation, je suis fan de LOVETOY !

LoveToy, c’est un grand type de 42kg qui vit en marcel et en chapeau de cow-boy avec une guitare en poils roses collée à la poitrine, une violoncelliste qui le regarde d’un air bienveillant et un peu impassible quand il chante des horreurs misogynes, et un violoniste que je ne connais pas encore très bien parce qu’il est nouveau, mais dont ma copine F. (qui a l’oreille musicale) dit qu’il est encore meilleur que le précédent.

Le point fort de LoveToy selon moi (et ça se voit un tout petit peu quand j’assiste à leurs concerts), ce sont les textes. Je trouve que ce type n’a pas son pareil pour chanter des situations que l’on a tous vécu avec un mélange de poésie, de cynisme et d’humour qui me semble complètement inédit dans la chanson française. Dans le morceau intitulé Série Allemande (Derrick comme si vous y étiez) on trouve cette phrase que je place très haut dans le classement de mes citations favorites : « Même les jolies filles sont moches, les hommes sont vieux déjà, on dirait un pub Kinder réalisée par Kafka ».

Et en plus, je le connais bien ce type, donc si un jour il part faire une tournée aux Etats-Unis, y a grave moyen que je m’incruste dans le camping car. Je tiendrais le journal de bord de ses citations nihilistes et de leurs déboires après les concerts, un jour il me ferait monter sur scène avec une couette sur le côté et je ferais les chœurs en jetant des œillades complices à la violoncelliste…. Comme quoi, rien n’est perdu, contrairement à ce qu’il chante si bien.

Liens et informations utiles :

Dirty dancing à l’International

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