Archive pour février 2010

Ton amie chômeuse a vu Gaspard Proust

Lundi 22 février 2010

gaspard

Gaspard Proust, Enfin sur scène ? au Studio des Champs-Elysées
(Requête d’Angélique, travaille avec ledit Gaspard)

Avant d’aller voir Gaspard Proust au Studio des Champs-Elysées, ton amie chômeuse a commis l’erreur du débutant : elle l’ a googlé. Il ne faut jamais googler un humoriste, surtout quand c’est son premier spectacle. On tombe sur quelques vidéos, ou pire, sur des articles où toutes ses meilleures blagues sont dûment répertoriées et quand on s’assoit dans le théâtre, et ben on n’est plus vierge. Le côté « je passais par là et tiens, voilà ce qui me vient à l’esprit au moment où je vous parle » dont Gaspard Proust joue énormément en prend un sacré coup sur le paletot, et c’est bien dommage.

Pour ne pas contribuer à dépuceler davantage le public, ton amie chômeuse ne rapportera pas les blagues de Gaspard Proust dans les lignes qui suivent. Il faut néanmoins que je dise si ça m’a plu… Ouiténon, dirais-je.

Oui :

- Voilà un humoriste qui s’exprime avec plus de 7 mots de vocabulaire et qui n’abuse pas des imitations ou des accents. On croyait que ça n’existait plus, mais Gaspard Proust est aussi à l’aise en citant le groupe Abba qu’en déclamant du Baudelaire. Il flatte son public en lui donnant le sentiment de ne pas rire trop grassement, ce qui n’est pas désagréable.

- Sa diction est claire, impeccable, mais sans être exagérée. Gaspard Proust est sobre, minimaliste même, c’est un peu l’art contemporain de l’humour. C’est-à-dire qu’on ne peut pas être aussi décomplexé que devant du Jean-Marie Bigard (quand on rit à du Jean-Marie Bigard, ou à du Frank Dubosc -qui est déjà arrivé à ton amie chômeuse-, il n’y a plus de bienséance qui tienne, on se tape sur les cuisses, on erre par-delà la honte dans les steppes jubilatoires de la beaufitude) mais on peut repenser au spectacle le lendemain sans gueule de bois.

- Ton amie chômeuse aime beaucoup l’idée que l’on puisse faire rire en endossant un personnage d’érudit antipathique dépourvu de tout sens moral. Ce qui m’amène au non.

Non :

- Gaspard Proust n’assume pas jusqu’au bout son personnage de dandy immoral qui fait rire différemment, sans grimace ni boutade facile. Quand est arrivé le chapelet de blagues misogynes et homophobes, ton amie chômeuse a été déçue. Pas parce que les blagues étaient mauvaises, mais parce qu’il semble bien qu’il soit impossible de faire un spectacle humoristique sans reprendre les topos du genre, qui sont, et c’est triste à dire : les femmes (en 1), les homos (en 2), suivis des juifs, des arabes et des prêtres pédophiles. Ton amie chômeuse trouvait ça rafraichissant de rire de l’inceste, de la province et de George Brassens. Les femmes et les homos… j’ai trouvé que ça ne collait pas avec le personnage de Proust et qu’il aurait pu aisément s’en passer.

- Hélas, il a aussi cédé à la tentation de la prise à partie du public et s’est adressé à quelques femmes qui sous l’effet du stress se mettent immanquablement à glousser deux fois plus fort. C’est agaçant à la longue, ils le font tous.

Les cinq dernières minutes du spectacle (le gromelot d’église aussi absurde que maîtrisé, la chanson du Parisien et le fuck à Brassens) laissent penser à ton amie chômeuse que Gaspard Proust possède toutes les ressources pour ne plus tomber dans ces travers-là. Le ciel m’entende.

Infos utiles :
Le site de Gaspard Proust
Du mardi au samedi à 20H45, le dimanche à 16H30
Studio des Champs-Elysées
15 av, Montaigne
75008 Paris
01 53 23 99 19

Ton amie chômeuse a reçu la visite d’S.O.S. médecins

Vendredi 19 février 2010

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(Requête de la pharyngite pultacée)
(Oui alors, c’est une nouvelle expérience de pacotille, c’est vrai, mais ton amie chômeuse est clouée au lit et s’emmerde sec)

Quand elle travaillait, ton amie chômeuse tombait très souvent malade et avait même envisagé se faire opérer des amygdales pour que ces satanées angines lui foutent la paix. Mais depuis que j’ai trouvé ma vocation, j’affiche une santé arrogante (bon, sauf les migraines… mais ça compte pas), ce qui me fait dire à l’instar de tante Yolande que la santé, c’est dans la tête.

Pourtant, aujourd’hui, choc thermique oblige (si tu suis ami lecteur, tu sais que j’étais en Terre Sainte il y a peu et que j’ai failli rester dans l’aéroport quand j’ai compris que Paris était restée coincée au mois de décembre), ton amie chômeuse a succombé. Peux pas avaler, peux pas ouvrir les yeux, peux pas sortir du lit, mal à la tête, ton amie chômeuse a appelé S.O.S. médecins à 8H00 pétantes (pas parce qu’on est malade qu’on n’est pas efficace).

Ton amie chômeuse adore appeler S.O.S. médecins. D’abord parce qu’elle en a ras-le-pompon de son médecin traitant qui habite à l’autre bout de la ville (bon, ça, c’est pas de sa faute, il est vrai que je déménage tous les ans depuis que je suis majeure) et qui me propose toujours des rendez-vous dans trois, voire quatre jours, alors que je suis MALADE nom d’un chien.

Quand on est malade, le seul fait de parler au téléphone est un calvaire : on a la voix faiblarde, pour peu qu’on ait de la fièvre on jurerait que le téléphone est en train de se transformer en limace, que la lampe au plafond n’est qu’une grosse méduse et que le sol est mouvant. C’est bien parce qu’on est grand qu’on se raisonne et qu’on explique calmement qu’on a des difficultés majeures à déglutir et qu’on se sent fébrile ; et encore, on a beau être grand, le coup de fil n°2 est invariablement destiné à Maman. Alors comment peut-on imaginer dire que « jeudi en 8, écoutez c’est parfait je viendrai après mon cours de tennis » ? S.O.S. Médecins, c’est tout de suite qu’ils se déplacent, ils sont sérieux.

Ensuite, il y a un petit côté suspense qui ajoute du piquant à la journée foutue en l’air du malade. On ne sait jamais exactement à quel moment le docteur va arriver, on guette ses pas dans l’escalier, on se dit merde il faut que je mette un soutif quand même, fausse alerte c’était le voisin, non c’est lui, vite mes chaussons. Quand la standardiste dit « restez chez vous, je vous envoie un médecin », ton amie chômeuse est aussi excitée que quand on lui annonçait l’arrivée imminente du Père Noël. Enfin, on ne sait jamais sur qui on va tomber : le S.O.S. médecin de ce matin était du genre comique raté (le patient affaibli rit beaucoup plus facilement, pas idiot comme reconversion pour les déçus de la scène).

Mais le S.O.S. médecin sait être sérieux quand il le faut, et c’est sans la plus petite hésitation qu’il a déclaré en regardant la gorge de ton amie chômeuse « ah oui, c’est une pharyngite pultacée… » (ah bah oui comment ai-je pu passer à côté de pareille évidence). J’ai trouvé que le nom de ma maladie était assez cool, et j’ai insisté pour qu’il l’écrive sur l’ordonnance, pour que j’aie un souvenir quoi. Ce à quoi il a répondu : « oui enfin c’est le nom scientifique, pultacée ça veut juste dire qu’il y a du pus ». Ton amie chômeuse aurait préféré rester dans le flou sur ce point.

Le problème d’S.O.S. médecins, on s’en doute, c’est le prix : 50€. C’est un plaisir dont on ne peut pas abuser… Mais au final, entre ce qui est remboursé par la Sécu, et ce que j’ai économisé en taxis aller-retour (ton amie chômeuse n’est quand même pas gueu-din au point de prendre le métro avec une angine pultacée), sans compter que ma condition aurait sans doute terriblement empiré pendant les quelques jours que le médecin traitant me demandait d’attendre, de pultacée on serait passés à putassière et à Dieu sait quoi… Je trouve que ça valait le coup. Et je retourne me coucher.

Liens et info utiles :
Le site
Et le numéro malin : 3624

Ton amie chômeuse a suivi une formation Premiers Secours

Mercredi 17 février 2010

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Formation Premiers Secours à la Croix Rouge Française
(Requête de Guilhomme)

Quand ton amie chômeuse était partie dans le Cantal avec une classe de CP-CE1 (je n’arrive toujours pas à m’habituer à cette phrase… et pourtant je l’ai fait, il y a des témoins), elle s’était fait la réflexion que si un enfant venait à s’étouffer, faire une crise d’épilepsie ou se coincer un tournevis dans l’oreille, elle n’aurait pas d’autre choix que celui de tomber à genoux et d’invoquer le ciel (en incitant le bambin à faire de même). Heureusement, ces enfants- là ont fait pipi sur les murs, vomi dans leur lit, lancé des cailloux sur des passants, poussé une de leurs camarades dans l’auge à bétail, foutu le bordel au musée du cuir (faut dire que c’était chiant), mais ils ont eu la gentillesse de ne jamais vraiment se mettre en danger, me faisant donc oublier mes bonnes résolutions.

C’est alors qu’un client pragmatique s’est dit qu’une glandue formée aux premiers secours était une glandue potentiellement utile (ou en tout cas, moins inutile). Ton amie chômeuse s’est donc inscrite à une formation à la Croix-Rouge et s’est rendue à 8H00 du matin dans des locaux situés rue d’Aboukir, dans le 2ème arrondissement de Paris. La plupart des candidats au PSC1 (c’est le nom du « diplôme » auquel nous prétendions) étaient là par obligation professionnelle. Ton amie chômeuse a eu toutes les peines du monde à expliquer qu’elle était là pour raisons professionnelles également, qu’elle avait reçu une requête etc.

Les candidats m’ont quand même acceptée comme l’une des leurs. Il faut dire qu’on finit par tisser des liens, à force de simuler une hémorragie (ton amie chômeuse y a mis tout son cœur d’actrice ratée), ou à essayer de réanimer avec passion un mannequin qui n’ouvrira jamais les yeux. C’est la dimension ludique de la formation, on joue avec du faux sang, on teste ses camarades (« Il a oublié d’éloigner le fer-à-repasser-source-de-danger, pfff le naze… »), on partage les remèdes de grand-mère inefficaces (il semblerait qu’il soit inutile d’appliquer une patate coupée en deux sur une brûlure, en dépit de ce que répétait Tata Yolande).

Pour être parfaitement honnête, le premier objectif de la formation, c’est d’apprendre à composer le 15. Invariablement, le geste qui sauve, c’est d’appeler des gens compétents, et non de s’imaginer dans Alerte à Malibu. Les techniques enseignées (la position latérale de sécurité, le fait d’éloigner les relous quand il y a eu un accident et d’empêcher qu’on ne déplace la victime, etc.) ne servent qu’à éviter une aggravation de la situation. Du propre aveu du formateur, si on assiste à un arrêt cardiaque, on est dans la merde. On peut toujours se mettre à pratiquer massage et bouche à bouche, le bénéfice sera, au mieux, de conserver les organes vitaux en état de marche pour pouvoir en faire don à quelqu’un d’autre.

La formation est aussi l’occasion de tester sa capacité à réagir de façon calme et raisonnée. Quand on voit à quel point on a tendance à paniquer et à tout oublier alors même qu’on est dans une salle de formation (sauf à avoir un vrai problème de mémoire, on sait bien que la personne qui simule un malaise va très bien en vrai), et bien on se dit qu’on ne serait peut-être pas exactement l’homme/la femme de la situation dans un contexte de danger bien réel.

Au final, la formation premier secours a le mérite de défendre des idées claires et simples : en cas d’hémorragie, on applique une compresse sans se lancer dans un garrot, et on appelle les secours. En cas d’étouffement, si la victime ne peut plus respirer, on lui administre de grandes claques dans le dos ; si elle peut respirer, on appelle les secours. En cas de « j’ai ripé et me suis planté le couteau dans l’abdomen », on appelle les secours sans risquer les grandes eaux de Versailles en retirant le couteau soi-même.

En somme, on se fait tatouer « 15 » sur l’avant-bras, c’est vraiment la seule chose à ne jamais oublier. C’est bête à dire, mais on aurait eu tôt fait d’appeler le 17, ou pire, le 118 218, la faute aux publicités qui nous polluent la tête à grand renfort de chanson débile. Et là, ben, c’est la tuile.

Lien utile :
Liste des dates et lieux de formation PSC1 sur le site de la Croix Rouge