Archive pour juillet 2010

Ton amie chômeuse a vu Venise (et peut mourir)

Mercredi 28 juillet 2010

venise

(Requête de Delphine)

Quand il s’agit d’urbanisme, ton amie chômeuse aime dire qu’elle privilégie la force d’une atmosphère à la beauté d’un endroit (oui, ton amie chômeuse dit des trucs comme ça parfois).

À Paris, je préfère cent fois habiter au métro Stalingrad plutôt que dans le 7ème arrondissement (ça tombe bien, c’est davantage dans mes cordes). À Berlin, loin d’être rebutée par les grandes avenues désertes et mal éclairées, j’ai tout de suite souhaité me faire tatouer, ne plus jamais me coucher, et pourquoi pas, devenir lesbienne, tant j’ai été captivée par l’ambiance de la ville.

Sur le podium de la stricte beauté, Amsterdam m’a beaucoup plu, Séville aussi, Florence canon, Rome yougotit, mais aucune de ces villes ne m’a procuré la vague d’émotion qui me parcourt à chaque fois que je traverse un pont parisien. Aucune avant VENISE.

Venise. Ami lecteur, voilà ce que s’est dit ton amie chômeuse : mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de gens qui vivent sans voiture, au milieu des canaux, dans un cadre où le moindre pavé est à tomber à la renverse, comment ça se fait que ça existe, et que nous on soit là, comme des cons, à trouver qu’il règne une atmosphère « si particulière » à Stalingrad (je parle surtout pour moi là) alors qu’il y a des gens qui vont bosser en BATEAU, qui ouvrent leur petit portail et hop, dans la gondole (je les ai vus), qui accouchent tranquillou bilou dans une maternité qui est plus dingue que le Louvre, et qui, quand ils en ont ras la touffette de toute cette beauté, prennent un putain de vaporetto pour aller à la plage, et pas la plage qui longe les quais parisiens, rien à voir j’t'explique, une plage avec une vraie mer et du vrai sable ?! Qu’est-ce que c’est que cette espèce d’énorme escroquerie ?!

Mon amie D., qui m’a invitée, nuance la situation : c’est vrai, c’est un truc de gueu-din, mais il n’y a que très peu d’enfoirés qui en profitent tous les jours. Dans la vitrine d’une pharmacie, on trouve en effet un écran qui fait le décompte de la population vénitienne : 140 000 au 18ème siècle, 59 680 aujourd’hui.

Et ce chiffre ne cesse de décroitre, à mesure que Venise se tapisse des petites affichettes qui annoncent les décès (sorte de rubrique nécrologique étalée sur tous les murs de la ville, curieuse pratique). D. m’explique qu’il y a beaucoup de vieux (d’où les affichettes), beaucoup d’étudiants, énormément de touristes, mais peu d’actifs. Car à Venise, il n’y a pas de travail en dehors des secteurs culturel et touristique (non pas que ça gêne ton amie chômeuse, mais je comprends que ça puisse être un problème).

Il n’empêche. Quel choc : à Venise, je me suis sentie privilégiée de simplement être là, de marcher dans ces ruelles, de lever la tête sur une scène chaque fois plus magique ; je me suis sentie honorée d’appartenir à l’espèce humaine qui avait su produire un tel bijou, un tel miracle de délicatesse et de goût.

Aller acheter un poulpe au marché, boire un Spritz, se réfugier dans un café quand l’orage tonne, le moindre geste est contaminé par la beauté ambiante. Chaque recoin de la ville recèle sa parcelle d’histoire, petite (”ici, une française a décidé qu’elle ne quitterait plus jamais Venise ; elle a épousé le luthier de la ville, ils sont amoureux fous”) ou grande (”ici, on proclamait les exécutions, et là, ben, on exécutait” ).

Ton amie chômeuse a passé trois jours dans un état de totale exaltation, et même Pat Metheny avec sa coupe à la Yvette Horner et ses solos de guitare interminables m’a tiré les larmes quand je l’ai entendu jouer Piazza San Marco.

Aller, sans regret, Stalingrad, c’est bien aussi.

Infos utiles :
Billets d’avion à partir de 70 euros, la vie de ma mère c’est vrai, sur Easy Jet
Les concerts sur la Piazza San Marco (que ça pourrait être les 2B3 ce serait quand même chanmé) sont organisés dans le cadre de Veneto Jazz, jusqu’au 1er août donc il faut se dépêcher.

Ton amie chômeuse a testé le petit dej chez Angelina

Mardi 20 juillet 2010

angelina-paris

Salon de thé Angelina, rue de Rivoli à Paris
(Requête de Fanny, trop bookée pour utiliser sa smartbox, c’est moche)

Forte de son expérience à l’aquagym, ton amie chômeuse était déterminée à faire copain-copain avec “les autres oisifs” (les retraités). La requête de F. tombait donc à pic, puisqu’il s’agissait d’aller prendre un petit-déjeuner dans un véritable repaire à petits vieux : le salon de thé Angelina rue de Rivoli.

Autant annoncer la couleur : chez Angelina, c’est que de la gueule. En apparence, du luxe et du bonjour madame. Mais la déférence disparaît sitôt la smartbox sortie du sac à main pour laisser la place à du « Ah. Solange ! J’ai une smartbox là. ». Je ne suis pas une smartbox, je suis un être humain, mais je laisse courir.

Pour le décor, même constat. Un hall d’entrée luxueux, mais les choses se dégradent quand on arrive dans la salle principale : la moquette est miteuse, les prises d’électricité sont de vrais dangers publics et le mobilier a un pied dans la tombe. Ton amie chômeuse était prête à en conclure qu’Angelina pariait sur la mauvaise vue de ses clients, c’est dégueulasse, qu’elle se disait.

Je me suis néanmoins bien vite rendue compte de ma méprise : le cœur de la clientèle du salon de thé, ce ne sont pas les vieux, mais les touristes, d’authentiques Suédois avec gros sacs et tapis de sol qui dépassent. À bien y regarder, même la petite dame qui s’étouffait avec son croissant depuis plus d’une heure (on n’est pas passés loin du drame) était sans aucun doute canadienne (rapport à son pantalon et à son maquillage).

Heeeeeeein, voilà l’explication, s’est dit ton amie chômeuse. Angelina sait bien que ses clients reprendront l’avion d’ici quelques jours pour ne jamais revenir, inutile de s’emmerder à soigner le cadre et le service.

Un peu plus tard, Solange nous explique : « Notre spécialité c’est le chocolat chaud… » (les yeux mouillés de larmes, ton amie chômeuse rebondit en disant que c’est vrai, elle se rappelle que sa maman l’emmenait boire un chocolat chez Angelina quand elle s’était montrée particulièrement balèze à l’école, mais Solange n’est pas émue et je dois abréger mon anecdote) « … et si vous voulez un jus d’orange, ce sera en supplément. » (et ben alors tu te le carres où je pense, t’avais qu’à écouter ma séquence souvenirs d’enfance, vieille teigne).

Ton amie chômeuse a déjà dit tout le mal qu’elle pensait de la smartbox et du piètre accueil qui l’accompagne dans 90% des cas. Chez Angelina, vous aurez droit à un chocolat chaud (toujours au top, il faut l’admettre) et à deux mini-viennoiseries avec du beurre fondu. C’est quand même chouette, d’autant plus que c’est gratos, mais enfin on se dit que celui qui vous avait offert la box imaginait quelque chose de plus grandiose. Mais le mieux, c’est encore le serveur qui a couru après ton amie chômeuse dans la rue :

« - EXCUSEZ-MOI !
- Oui ?
- Je peux vous demander auprès de qui vous avez PAYÉ ?
- Oui, allez-y.
- … (air pincé, bras croisés)?
- J’avais une smartbox. Tu la ramènes moins hein ? Ah t’es cassé… » (bon je n’ai pas dit les deux dernières phrases mais j’aurais pu).

Info utile :
Angelina
226 Rue de Rivoli 75001 Paris - 01 42 60 82 00