Archive pour novembre 2010

Ton amie chômeuse a été suivie par une équipe de TV

Dimanche 28 novembre 2010

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(Requête de Jérôme Sesquin)

Il y a plus de 10 ans que ton amie chômeuse n’a plus la télé. Pas vraiment par snobisme (ce n’est pas mon genre, tu me connais ami lecteur), mais plutôt parce que je crois que j’ai épuisé mon quota. De 5 à 20 ans, j’ai du la regarder entre 3 et 7 heures par jour, allant jusqu’à réviser le bac devant Roland Garros (la faute à Marat Safin qui était diablement sexy).

Aujourd’hui, j’ai bien décroché. Si bien que quand on m’a parlé d’un tournage pour l’émission Envoyé Spécial, une grande confusion s’est installée dans ma tête, imaginant un programme à mi-chemin entre Capital, Vis ma vie et Confessions Intimes. Je me voyais déjà racontant des anecdotes très personnelles avec le mascara qui coule et je me suis dit « pas question ».

Au final, j’ai pu faire accepter mon cahier des charges : pas de scènes chez moi, pas d’amis ni de famille (M. le maudit m’a clairement dit d’aller me faire voir quand je lui ai proposé d’apparaître dans le sujet, et j’ai obtenu la même réaction de la plupart de mes proches), pas de scènes de nu (j’étais prête à transiger sur ce dernier point, mais le journaliste n’a pas insisté). Banco, le tournage ayant pour louable objectif de donner une autre image du chômage a débuté dès le surlendemain.

Ce qui est marrant, c’est la consigne : « soyez aussi naturelle que possible ». Ben voyons. Moi, quand je me balade dans Paris, je suis toujours suivie par une équipe de trois personnes, dont une avec une caméra pas exactement invisible. Pour être sûr que je serai bien naturelle, le journaliste m’a parfois refait jouer jusqu’à quatre fois le moment où je dis « bonjour » en poussant la porte du bureau. Au final, le résultat est confondant de réalisme, c’est du beau boulot.

Seconde difficulté : ton amie chômeuse n’est pas habituée à se faire l’exégète d’elle-même. C’est un drôle de truc que de parler de soi ; déjà chez le psy, c’est curieux, mais devant un public potentiel de 2 millions de personnes, c’est franchement perturbant. On commence une phrase, on se dit que ça sonne vachement compliqué et tiré par les cheveux, et on termine en ayant complètement oublié de quoi on parlait il y a 15 secondes. Le tout devant un journaliste qui hoche la tête gentiment (« arrête ton char, je n’ai rien compris moi-même à ce que je venais de dire, il est plus qu’improbable que tu aies pu détecter un sens à mes paroles »).

Ami lecteur ou spectateur d’Envoyé Spécial jeudi dernier, sache que le tournage a duré deux jours, et que tu as échappé à des moments d’une intensité dramatique telle qu’ils ne pouvaient pas être diffusés à une heure de grande écoute.

1- Ton amie chômeuse effectuant une glissade spectaculaire à l’entrée du théâtre de l’Atelier (il neigeait, il y avait du verglas, c’était l’apocalypse) et se rattrapant in extremis au bras de sa pauvre mère d’1m55 et 43kg avec la même classe que Bambi faisant ses premiers pas. Un truc à flanquer une attaque cardiaque à la ménagère la plus robuste.

2- La mère de ton amie chômeuse (ils avaient fini par la coincer devant le théâtre) expliquant le plus sérieusement du monde à la caméra que j’étais tellement balèze que de toutes façons je m’en serais tirée dans n’importe quelle situation, supérieurement intelligente que je suis (et moi de me cacher le visage, de lui faire des signes très explicites pour qu’elle arrête le massacre d’absolue non objectivité, mais sans succès).

3- Ton amie chômeuse participant à une formation Premier Secours à la Croix-Rouge (l’idée était de me filmer en train de réaliser une requête d’un client), tellement investie dans ma mission que j’en ai oublié la présence de la caméra, perdant toute crédibilité en me précipitant sur mon ami Chris qui mimait (vachement bien) une crise d’épilepsie. En fait il allait bien, évidemment, il faisait semblant.

Je remercie chaleureusement les réalisateurs du reportage d’avoir coupé ces scènes au montage, j’avoue que j’aurais eu les boules. Du coup je leur pardonne d’avoir fait un gros plan sur ma dentition et d’avoir révélé à la face du monde le secret que je gardais jalousement (cette incisive plus longue que les autres).

Le reportage (enfin, la partie qui me concerne) ici

Et surtout les films réalisés par Chris Schepard :
Mon amie chômeuse décrypte les paroles de Tokio Hotel
Mon amie chômeuse n’a rien d’autre à foutre que d’aller au ciné toute la journée
Mon amie chômeuse pratique le Tai-Chi
Mon amie chômeuse espionne ses voisins
Mon amie chômeuse apprend le chinois
Mon amie chômeuse persécute l’homme-statue
Mon amie chômeuse lit tous les livres de la terre