Archive pour janvier 2011

Ton amie chômeuse sort du coltard

Mercredi 19 janvier 2011

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(Requête de mon instinct de survie)

Triste constat : ton amie chômeuse est une adulte. Comment expliquer sinon l’effet qu’ont eu les fêtes de fin d’année sur moi ? Il n’y a pas si longtemps, j’étais effarée d’entendre les sarcasmes des grands qui semblaient trouver ces réunions familiales plutôt pénibles et qui râlaient sur la « société de consommation » pour les plus sauvages d’entre eux. Ton amie pas encore chômeuse était authentiquement euphorique à l’idée de bouffer du foie gras, d’appeler sa copine à 00H02 pour comparer ses cadeaux, d’entendre tonton-grosse-voix faire de grosses blagues : sans voir le rapport avec « Jésus » (qui n’était pour moi que le prénom du coiffeur de ma mère), j’adorais Noël.

Cette année, ton amie chômeuse était particulièrement morose pour des raisons que sa pudeur légendaire l’empêche de développer ici. La mélasse que j’avais dans la tête a donné aux festivités une tout autre tonalité : de havre fourmillant de bonheur et d’enfants aux rires clairs, la maison est devenue un cloître exigu et surpeuplé. Impossible de faire un pas sans croiser un vieil homme qui râle (et pète à chaque mouvement brutal), un ado mâle avec un écouteur vissé dans l’oreille comme s’il attendait perpétuellement des consignes de sa régie, ou un quinqua qui déclame de la poésie cheapos. Quand on a découvert que l’ado femelle était infestée de poux, ton amie chômeuse a pris ses clics, ses claques et ses cadeaux pour repartir à la capitale. Et la magie, bordel ?

Pour le Nouvel An, que ton amie chômeuse avait prévu de fêter en chialant dans son lit à partir de 22H, deux âmes charitables m’ont recueillie et traînée au cinéma. Nous avons, bien sûr, débattu pour savoir si le fait d’être dans une salle obscure un 31 décembre faisait de nous des losers. Nos voisins de rangée, rebelles ou infortunés, nous ont lancé quelques blagues moyennes qui nous ont amené à la conclusion que eux, c’étaient des losers, mais pas nous. Le lendemain, mon couple de bienfaiteurs a proposé un début d’année sous le signe de l’érudition. Nous sommes allés à la Conciergerie voir l’exposition sur les monuments de Paris au cinéma. Ton amie chômeuse a tôt fait de perdre ses acolytes, coincée qu’elle est restée devant un extrait de la Belle et la Bête de Cocteau. Angoisse, impression d’avoir de la fièvre, comme quand surgit le très moche derrière le diner dans Mulholland Drive.

Mes sauveteurs ne sont pas des gens qui déconnent : après la Conciergerie, il s’agissait d’aller voir l’expo Arman à Pompidou. Comme la vie est une pute, c’est le moment qu’elle a choisi pour mettre dans la queue du musée l’ex de ton amie chômeuse, le premier garçon qu’elle ait aimé, accompagné de sa copine que je voyais pour la première fois. Ici, il faut faire un zoom arrière sur mon look : je porte un manteau 5 fois trop grand pour moi, qui peut être stylé quand l’ensemble de la silhouette a été savamment réfléchi ; aujourd’hui, je sais bien qu’on dirait que je l’ai trouvé dans une poubelle. Mes cheveux ne sont pas lavés, et ma frange rebique sur le front. Bien entendu, je n’ai pas cherché à masquer mes cernes par du maquillage. Marie-Anne Chazel dans les Visiteurs. Il a fallu mobiliser tout ce que je compte de dignité pour aller les saluer sans pleurer.

Fin d’année 2010 parfaitement merdique, donc, début 2011 pas mieux, et je suis aujourd’hui très heureuse de pouvoir me présenter devant vous la tête haute et (presque) débarrassée de ses brumes hivernales.

Pour finir, il me faut cependant partager une nouvelle que j’ai longtemps hésité à dévoiler : ton amie chômeuse travaille. A plein temps et même plus. Je sais, c’est un peu comme si Oui-Oui se mettait à dire Non-Non, c’est complètement absurde, c’est dénué de sens. MAC j’étais et MAC je reste, je le sens quand j’entends parler en réunion de cette « valeur travail » que je récuse de toutes mes forces. Inutile de trop s’alarmer néanmoins, il s’agit d’un CDD. Il est donc parfaitement possible que mon costume MAC n’ait pas le temps de prendre l’odeur de la naphtaline dans le placard où il est aujourd’hui remisé.

Concrètement, cela signifie que le principe des requêtes, qui reposait largement sur le fait que je glande, est suspendu. J’accepte néanmoins toute suggestion pour les samedis et dimanches, les vacances et autres RTT dont je ne vais pas savoir quoi foutre. Que mes clients travailleurs et mes camarades chômeurs acceptent mes excuses pour ce triste détour sur la voie traditionnelle. Bonne année à eux.