Ton amie chômeuse fait la paix avec les pigeons

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(Requête de M., bizarre comme gars finalement)

C’est chose connue, les trahisons viennent toujours des plus proches, de cet enfoiré de Brutus tu quoque fili, jusqu’à M., qui a demandé à ton amie chômeuse de se mettre dans la peau d’un pigeon. Bon. J’aurais pu ignorer sa requête, mais c’était m’exposer à des représailles faciles, comme le kidnapping de Mitchoum le lapin ou la dissimulation du tube de dentifrice.

Je prends le risque de ne pas respecter la requête à la lettre (ton amie chômeuse est une gueu-din), et refuse de me mettre « dans la peau » d’un pigeon, pour la bonne raison que j’aurais fait preuve d’un anthropomorphisme sauvage et méchant qui aurait nui à mon karma (karma dont je prends grand soin, ça ne t’aura pas échappé, ami lecteur). Après 10 minutes d’observation dans un parc, mes réflexions se seraient limitées à : « Je suis un animal dégueulasse qui se nourrit des déchets que produit la ville, mon activité mentale se réduit à ‘tiens je vais aller à droite, non plutôt à gauche, et puis à droite finalement’. »

J’accepte néanmoins de prendre cette occasion pour m’interroger sur la répugnance que m’inspire cet oiseau, car c’est bien d’un oiseau qu’il s’agit, une créature du bon Dieu comme vouzémoi. Quand ton amie chômeuse pense « pigeon », voici ce qui lui vient en tête :

1/ Évocations négatives :
- Ma mère qui les appelait « les rats volants » et qui m’expliquait que chaque battement d’aile diffuse dans l’air toutes les saloperies et maladies que les pigeons cachent dans leurs plumes,
- la vieille dame du coin de la rue qui leur donnait à manger et qui a incendié ma copine Aurélie pour avoir piqué un sprint dans le tas de pigeons (ton amie chômeuse, respectueuse des consignes maternelles, était restée à bonne distance),
- la première fiente qui s’est écrasée sur mon bras alors que je prenais un café avec un garçon que je connaissais à peine (première d’une longue série d’attaques injustes),
- la place Saint-Marc à Venise, encore plus angoissante que la place Jemaa-el-Fna à Marrakech (avec ce monsieur sadique qui voulait absolument me mettre son serpent sur les épaules),
- les moqueries des passants quand ton amie chômeuse plonge sur le côté pour éviter une collision avec l’animal sans pitié.

2/ Évocations positives :
- le poème de Benoit Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous,
- le pseudo d’une amie blogueuse qui ne m’a jamais chié dessus, elle.

On le voit, le point d’équilibre n’est pas atteint. L’expérience d’observation sur le terrain n’ayant servi à rien, je me suis lancée dans une recherche sur Internet pour m’encourager à aimer mon frère pigeon. Je suis tombée sur un site qui nous livre une enquête exclusive sur la couleur des pigeons parisiens (cliquer sur Découvrez ici les premiers résultats...). On apprend qu’ils sont majoritairement gris foncés, noirs ou gris tout court, ce qui est somme toute moyennement surprenant.

Après quelques sites qui détaillent les techniques d’élevage (la destination finale étant souvent la cocotte minute), ton amie chômeuse est finalement tombée sur le nœud du problème : les pigeons prolifèrent parce que les hommes les nourrissent, et les municipalités sont obligées d’organiser des rafles qui scandalisent les amis des animaux.

J’ai beau ne pas être fan de ces oiseaux (la faute à ma mère), toute idée d’abattage en masse me dérange. Et c’est bien l’abondance des pigeons qui est problématique : s’ils étaient en nombre raisonnable, ton amie chômeuse les aurait rangé dans la catégorie « oiseau », animal volant sympathique, et ne connaîtrait même pas leur nom. Ce qui nous amène à la question suivante : qui nourrit les pigeons ? Et à la réponse évidente : les vielles dames esseulées qui terrorisent les enfants.

Ton amie chômeuse n’est pas un monstre, et sais bien qu’il n’est pas raisonnable d’imaginer une police des vieux qui surveillerait les bancs et squares où ils sévissent. Si les vieux n’étaient pas si seuls, ils ne se dessècheraient pas en période de chaleur, ils ne pourriraient pas dans leur appart en attendant que quelqu’un s’aperçoive qu’ils ne paient plus leur abonnement à Télé7Jours, et ils n’essaieraient pas de se faire potes avec des pigeons. Après cette démonstration scientifiquement appuyée, ton amie chômeuse conclue qu’il faut prendre soin de ses vieux. Pour que la paix avec les pigeons devienne une réalité, enfin.

Info utile :
Le pigeon d’illustration est coiffé par Franck Provost
Merci à son agence, Pigeons France.

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11 commentaires sur “Ton amie chômeuse fait la paix avec les pigeons”

  1. Chris dit :

    Je voudrais soulever une question existentielle : avez-vous déjà vu un bébé pigeon ?

    Pendant toute mon enfance, j’ai cru que les moineaux étaient des bébés pigeons, ce qui les rendait sympathique (et en même temps me faisait peur car si en vieillissant, un moineau devient pigeon, moi aussi allais-je aussi mal vieillir ??)

    Le jour où j’ai compris qu’il s’agissait de 2 espèces différentes, le pigeon m’est apparu comme l’espèce la plus louche sur la planète : toute une espèce, aussi nombreux qu’ils soient, ne peut cacher ses bébés aussi bien… moi je dis qu’il y a baleine sous cailloux la !

    Vous verrez, bientôt, ils vont nous pigeonner ! (pardon, je sors…)

  2. admin dit :

    C’est comme les chats : c’est les bébés des tigres. Tu savais pas ?

  3. admin dit :

    Les vers de terre sont les bébés des serpents, etc, etc.

  4. M. dit :

    Hahahaa. Trop mignonne ton histoire Chris!

  5. Noémie dit :

    Faute de te mettre dans la peau d’un pigeon tu pourrais mettre un pigeon dans toi en mangeant un grosse pastilla a côté de la place jama el fna.
    Je t’emmenerai goûter ce plat exquis qui te fera aimer tes ennemis jurés. Moi je les vois pas pareil depuis que je sais que la pastilla (un de mes plats préférés) c’est du pigeon.
    d’ailleurs on devrait donner un sens à cette expression: “c’est du pigeon”.
    Exemple: expression courante, qui signifie, ça n’a pas l’air, mais cuisiné c’est délicieux. Au sens large, se dit de quelque chose qui est bien meilleur qu’il n’en a l’air. ex: “il paraît que 2012, c’est du pigeon.”

  6. admin dit :

    @Noémie : Le jour où tu me feras bouffer du pigeon, c’est vraiment que j’aurais perdu l’envie de vivre. Par contre je vais aller voir 2012 pour voir si c’est vraiment du Pigeon (tu parlais bien du film ? )

  7. Agathe dit :

    Non mais Chris je suis complètement solidaire sur l’histoire des bébés pigeons. J’ai découvert aussi très tardivement que les moineaux n’avaient rien à voir, après avoir posé la question à mon jules en me disant qu’il ne me jugerait pas, lui. J’avais tort, il ne m’a pas appelé pendant 2 semaines. Mais au moins je suis fixée !
    Pour information il existe un groupe sur facebook qui recense tous les gens qui cherchent les bébés pigeons. We are not alone.

  8. Jay See les a vus dit :

    A la campagne, mon père élevait pour le plaisir des yeux et de la bouche des pigeons quand j’étais petit, il a même failli en faire son métier. Ca peut être beau un pigeon, il y a plein de tailles, de couleurs : de la gracile colombe au semi-poulet hyper musclé. Et puis c’est vraiment bon le pigeon : chaire fine et délicate, pas seulement qu’en pastilla. De là à dire que les pigeons parisiens sont magnifiques et qu’on pourrait partir à la chasse au “Luco” (clin d’oeil) pour en faire son quatre-heure… Conclusion : la vie est plus belle à la campagne! Mais ça on le savait déjà…

  9. Angélique L. dit :

    L’épilation du maillot intégral à la cire ^^

  10. admin dit :

    @Angélique : l’épilation du maillot des pigeons ?

  11. sears discount codes…

    Ton amie chômeuse fait la paix avec les pigeons «…

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