Ton amie chômeuse redécouvre le blues du dimanche soir

dimanche

Au final, ton amie n’est pas si mécontente de son statut de « plus vraiment chômeuse ». Il faut le reconnaître, le fait de travailler présente des avantages. D’abord, mes employeurs philanthropes ont eu soin de m’éviter une transition trop brutale en faisant de moi une travailleuse précaire (CDD et salaire minimum). Sympa.

Ensuite, je n’ai plus à réfléchir à la manière dont je souhaite occuper ma journée. Quiconque s’est déjà réveillé en se disant « Quelle chance de pouvoir disposer de mon temps, de ma liberté, que dis-je, de ma vie ! » pour finir vautré devant Gossip Girl saura de quoi je parle. Pour moi, le temps de la déception est révolu. Je n’ai plus l’occasion de me désespérer de mon apathie ou de mon manque d’intérêt pour le monde qui m’entoure. Loin des interrogations métaphysiques matinales, je me lève, je vais bosser. Simple. Authentiquement reposant.

Il y a une chose en revanche que j’avais complètement oubliée. Un état qui est remonté des tréfonds du temps, un sentiment de spleen tout droit revenu de l’époque où il fallait faire son cartable, préparer ses vêtements, relire une dernière fois sa poésie pour « dormir dessus ». Cette chose terrible, c’est le blues du dimanche soir.

Quand on est au chômage, les conventions calendaires n’existent plus, ou si peu, juste pour conserver une vague conscience de l’emploi du temps des autres. Le dimanche est un jour comme les autres, ni plus ni moins déprimant. Plutôt moins d’ailleurs, puisqu’il permet de regarder de loin les travailleurs qui rentrent chez eux la tête basse, à une heure qui se veut raisonnable, parce qu’hélas « demain, il y a école ».

Quelle saloperie que le blues du dimanche soir. Bien sûr, il est le contrepoint direct du repos de l’esprit que j’évoquais plus haut, de cet éternel recommencement qui interdit toute question un peu sensible (ex : « mais qu’est-ce qu’on fout là ? »).

Le dimanche, la routine rassurante de la semaine se transforme en insondable angoisse. Il suffit de la briser pendant deux petits jours, et paf, la voilà qui se retourne brutalement pour montrer son affreuse trombine. Le fait de savoir que le week-end reviendra la semaine prochaine n’est en aucun cas une consolation. Le dimanche, on est inconsolable. On se dit « Vais-je passer mes semaines à attendre le retour du week-end ? Combien de temps ce cirque va-t-il durer ? ». Le dimanche sonne le retour des questions sensibles, qui ne savent éclore qu’en dehors des périodes de travail.

J’ai essayé toutes les parades. La grasse matinée du dimanche, le petit-déjeuner qu’on fait durer jusqu’à 16H, le cinéma du dimanche… J’ai même tenté de maquiller le dimanche en samedi (il faut pour cela aller se promener dans le Marais, où les boutiques sont ouvertes, ce qui donne l’illusion du samedi -pour un temps). Depuis que j’ai la télé, je suis allée jusqu’à risquer l’émission du dimanche soir (oserais-je l’avouer ?),  Zone Interdite. Rien à faire. Le blues du dimanche résiste à toutes les combines. Dès 14H, il s’insinue comme un gaz perfide dans les emplois du temps les mieux rodés.

Conclusion : le travail, c’est bien, mais il ne faut surtout pas s’arrêter. Pas de week-ends, pas de vacances. Voilà la solution. Ah ça, il ne fallait pas attendre de conclusion heureuse, ami lecteur. Tu sais quel jour on est ? Ben voilà.

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4 commentaires sur “Ton amie chômeuse redécouvre le blues du dimanche soir”

  1. Bleaker dit :

    contre le blues du dimanche : faudrait diminuer les vacances (la perte de la routine est un certain handicap à la ré-adaptation) et passer au calendrier républicain (3 décades de 10 jours sur 12 mois + 5 jours de fêtes de fin d’année, donc 36 “dimanches” au lieu de 52 actuellement), tout en abaissant le temps de travail pour réduire le stress au travail et en même temps donner de l’emploi à tous (donc moins de compétition entre les gens, donc plus de solidarité et lien social, donc un sentiment d’apaisement) ; t’en penses quoi ?!

  2. amie cdd dit :

    salut,

    Je connais parfaitement ce problème, je dois dire que ce sentiment existe réellement depuis un an pour moi, car auparavant je me contentais très bien de mon statut de “fausse fonctionnaire” embauchée en cdd depuis 5 ans, à signer 3 contrats tous les 6 mois pour cumuler un temps de travail raisonnable sans avoir de congés payé du coup, en croyant foooort qu’a un moment donné mon travail sera reconnu et que j’obtiendrais cette titularisation! mais non.

    Mais au moins on profite vraiment plus de la vie quand on attends de pouvoir en profiter pendant une semaine.

    En relisant cette phrase je me rend compte à quel point c’est triste! heureusement que j’ai des loisirs dans la vie !

    En tous cas j’adore ton oeuvre! bravo!

  3. A. dit :

    Très juste, l’analyse du trop plein de temps. Quand on est chômeur, on est face à la douloureuse expérience de la liberté et son corollaire, la prise de conscience de sa médiocrité…

    Finalement, n’est-il pas préférable de souffrir une après-midi par semaine plutôt que de passer une existence entière à se poser des questions devant Gossip Girl?

  4. Ton amie nouvelle chomeuse dit :

    Grâce à mon ex (pas mari mais patron), qui a eu l’amaible attention de me virer après 11 années que j’ai passé à trimer dans sa belle société, je viens de m’apercevoir que je n’ai plus le blues du dimanche soir.

    En revanche, j’ai des quantités de questions qui me viennent à l’esprit pour tenter d’occuper mes journées.
    Shopping ? non pas raisonnable dans ma situation.
    Ménage ? Pas trop envie, mais un peu quand même.
    Télé ? Pas envie de dormir devant un télefilm américain.
    Brico déco ? Oui pourquoi pas, ça m’empêche de penser.

    Il faut juste que je m’habitue à attendre les réponses que je n’aurais pas suite à des candidatures, à être seule toute la journée et à attendre que mes enfants et mon mari rentrent pour ne rien avoir à leur raconter de ma journée.

    Il y aura des jours meilleurs, j’espère !

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