Ton amie chômeuse a failli être accro aux séries, c’était moins une.

GOSSIP GIRL

(Ce qui explique ma légère réticence à répondre à la requête de Delphine : regarder tout Twin Peaks en une semaine)

On a beau être une chômeuse motivée et enthousiaste, on a quand même passé pas mal de temps à regarder des séries pas toujours au top de l’intellectualité. « Bon, il est 11H45 : petit déj. Le temps de prendre ma douche il sera 14H00, après c’est le déjeuner, ça va m’amener à 16H… Comme j’ai rendez-vous pour l’apéro à 19H, je n’ai que 3 heures de libres aujourd’hui. C’est fou comme le temps passe. ». Et c’est ainsi qu’on se dit que ce n’est pas en 3 heures qu’on va faire quelque chose de constructif (type trouver un boulot), autant remettre ça à demain et regarder quelques séries en attendant.

Dieu merci thanks God, ton amie chômeuse n’a pas la télévision. C’est grâce à Nip/Tuck que je sais ce qu’il serait advenu de moi si cela avait été le cas : je serais restée assise tellement longtemps que j’aurais physiquement fusionné avec mon canapé, et on aurait été obligé d’abattre un mur pour nous extraire de chez nous, mon canapé et moi (comme “Big Momma”, saison 3, épisode 1). L’absence de télévision, en m’obligeant à faire usage de mon cerveau pour trouver les séries sur Internet, a peut-être sauvé quelques neurones d’un engourdissement fatal (peut-être).

J’ai commencé par regarder l’intégralité de Quartelife, l’histoire d’un groupe de six jeunes adultes à travers les yeux de Dylan, une gentille hystérique qui veut devenir écrivain et qui raconte la vie de ses amis sur son blog (ami lecteur, sois gentil de ne pas faire de rapprochements hâtifs avec ton amie chômeuse). Le contenu ne présente pas la moindre originalité, c’est mal joué, pas particulièrement drôle, même pas sexy. Mais tout ça importe peu car Quartelife présente l’énorme avantage d’être une série uniquement diffusée sur le web, ce qui en fait un passe-temps tout-à-fait avouable. Au cours d’un dîner, on peut camoufler les journées de glande derrière un intérêt profond pour la toile et toutes les nouvelles possibilités médiatiques qu’elle offre je veux dire, c’est complètement un secteur en plein boom, et on peut même enchaîner sur les podcasts et les programmes courts formatés pour le téléphone portable. Et bim, on passe directement du statut de chômeuse à celui de geek, beaucoup plus valorisé en société. Le problème de Quartelife, c’est qu’en une après-midi c’est bouclé, curieusement il n’y a pas eu de saison 2.

Je suis ensuite passée à Nip/Tuck. Cette série a provoqué chez moi quelques effets secondaires :
- des cauchemars avec des burins, des cloisons nasales qui craquent, et de la graisse humaine
- des interrogations qui jusque-là ne m’avaient pas effleurée (« Et si je me faisais refaire les seins après tout ? »)
-  une traque au sourcil épilé chez tous les hommes de mon entourage (cette coquetterie m’a rendu le Dr Troy insupportable).
Tout ça n’est pas très stimulant, aucun moyen de déguiser Nip/Tuck en érudition d’aucune sorte : ton amie chômeuse était bel et bien sur la pente glissante.

Et c’est là qu’a surgi l’accident bête : Gossip Girl. Gossip Girl ou les frasques d’une bande de richissimes gamins à New-York : à ce stade, il est moralement répréhensible de regarder une série. Tous les jours, j’allais sur mon site de vidéos online, attendant fiévreusement qu’un gentil camarade américain veuille bien partager ce dont son beau pays lui réservait la primeur : le dernier épisode de Gossip Girl. Comme je sortais peu de chez moi, les upper-east-siders (c’est comme ça qu’on appelle les gosses de riches) étaient devenus mes référents, et il pouvait m’arriver de dire (à haute voix) : « C’est comme Chuck, il est vraiment malheureux en fait… Comme quoi l’argent ne fait pas le bonheur », c’est à dire qu’il n’y avait plus grand chose à sauver chez moi.

Heureusement, j’ai pu compter sur mon entourage pour me remettre sur un chemin plus radieux… Je suis progressivement passée à Curb your ethousiasm, une série écrite et jouée par Larry David (à l’affiche dans le dernier Woody Allen), qui n’était autre que le co-producteur de Seinfield, la série la plus drôle du monde (selon moi). En transformant des situations banales en moments de pur bonheur, Larry m’a redonné envie d’éprouver le quotidien. Il a tout de même fallu que mon site dealer de séries commence à déconner sévère, voire à ne plus marcher du tout, pour que je me décide à arrêter complètement.

Aujourd’hui je regarde une série de temps en temps, et jamais plus de deux 24H d’affilée, on peut dire que je suis sevrée. Je suis prête à témoigner dans les écoles et antennes ANPE si besoin, car on ne met pas suffisamment les chômeurs en garde contre ce fléau.

Liens utiles :
Quarterlife
Site de vidéos online (pas très utile, voir plus haut, mais fonctionne de temps en temps)

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8 commentaires sur “Ton amie chômeuse a failli être accro aux séries, c’était moins une.”

  1. gilbert dit :

    Moi je me suis fait Twin Peaks en un week-end. J’en garde vraiment un bon souvenir, mais putain, qu’est-ce qu’il m’a manqué Cooper après! C’est ça le pb, la période de sevrage est vraiment hyper hard dans certains cas. Alors j’ai enchaîné sur The Wire que je te recommande vivement. Les 4 1ères saisons en 2 mois, un truc comme ça, dans ma tête j’étais intimement persuadé que je bossais à la crime de baltimore et que je buvais des heineken le long des voies férrées. Mais depuis un an et demi, plus rien, je crois qu’en fait c’est pas trop mon truc les séries.

  2. admin dit :

    Oui, c’est comme quand on dit “Copy that” pour dire qu’on a compris, c’est qu’on est allé trop loin…
    C’est intéressant les séries et cet impact qu’elles ont sur le quotidien… Si j’avais le courage je réfléchirais un peu à ça, tiens.

  3. Blanchette et Momol dit :

    Depuis le mois de Juin, plus de upper east side pour nous, nous vivons dans un désarroi profond, comme séparées de nos meilleurs amis. Spotted, Chuck kissing Blair and forgetting forever his two besf fans, Blanchette & Momol.
    Ce fléau ne s’en prend pas qu’aux chomeurs, il va plus loin, il attaque la nuit en douce, allumant comme par magie notre PC…

    Amie chômeuse, vivement Septembre !

    Xoxo

  4. delphine dit :

    ouh comme je te comprends, de mon côté c’est ma tendance à la narcolepsie qui m’a sauvée de la dépendance (un canapé, de la pénombre, je dors dans les 37 minutes, ce qui n’est pas pratique pour regarder un dr house qui en fait 42). Ma technique c’est de me faire les épisodes un par un, ça occupe bien la pause déjeuner (je ne suis pas chômeuse mais télé-travailleuse, ce qui parfois revient au même niveau heures de déjeuner).
    Du coup je te propose le défi bien plus pervers de regarder twin peaks, mais comme au bon vieux temps de la télé toute puissante : un par semaine, avec interdiction d’en regarder un autre avant… (oui tu en as pour 6 mois avec ce défi)
    je file j’ai un soprano qui m’attend…

  5. admin dit :

    Quand je serai grande, je veux faire du télé-travail…

  6. Jay See les a vus dit :

    Moi, j’ai déjà fait 18 épisodes de Ugly Betty sur American Airlines lors d’un aller-retour Paris-Dallas. BOU-LI-MIQUE !!! A ricaner tout seul sous mon casque audio, j’ai juste soulé tout mon voisinnage qui essayait de dormir bercé par le ronron des moteurs dans la pénombre de la nef du Boeing. A l’arrivée j’étais défoncé, mais c’était trop bon…

  7. winga dit :

    Je n’arrive pas à trouver votre flux RSS ? Ou est il ?

  8. sears coupon dit :

    sears coupon…

    Ton amie chômeuse a failli être accro aux séries, c’était moins une. «…

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