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Ton amie chômeuse n’assure pas une cacahuète avec l’ANPE

Lundi 27 juillet 2009

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(Requête du Pôle Emploi)

Il ne t’aura pas échappé, ami lecteur, que le nombre de chômeurs a sensiblement augmenté depuis cette histoire de crise dont tu as certainement entendu parler. Pour faire face à la situation, l’ANPE et les ASSEDIC ont décidé de joindre leurs forces en une sorte de méta-service appelé Pôle Emploi, ce qui a eu pour effet de parachever le bordel sans nom qui régnait dans ces administrations. Ton amie chômeuse a largement bénéficié de cette situation chaotique.

À mon premier entretien, j’ai été reçue par un sosie de Loana, une femme qui cache dans ses seins de quoi changer tous les joints des salles de bain de Paris. J’étais captivée par cet incroyable défi aux lois de la gravité, elle avait une voix douce et un joli visage, je l’aurais suivie au bout du monde des formations de retour à l’emploi.

Loana m’a appris que d’après ses statistiques et compte-tenu de mon expérience professionnelle dans l’univers des cosmétiques, j’allais retrouver un emploi relativement facilement. Quand je lui ai annoncé mon intention de ne plus jamais avoir affaire à un tube de crème, et de m’occuper exclusivement d’art et de culture, elle en a presque perdu ses prothèses. Aucun code ROM (ce sont les codes utilisés pour trier les annonces, ami travailleur) ne correspondait à mon cas, d’ailleurs aucune annonce n’offrait de poste dans la culture, d’ailleurs c’était perdu d’avance, et Loana avait une mine de six pieds de long, pire que quand Jean-Edouard l’a snobée le lendemain de la piscine, cette ordure. Elle m’a proposé d’aller me faire voir et de me débrouiller toute seule, ce que j’ai accepté avec joie.

Neuf mois se sont écoulés sans que je ne reçoive de nouvelles du Pôle Emploi, ce qui m’a laissé le temps d’affiner mon projet professionnel, qui consiste, tu t’en doutes ami lecteur, à ne pas en avoir. Aucune ambition carriériste, aucune envie particulière, aucun objectif matériel qui pourrait venir pallier ce manque de motivation, un désintérêt intersidéral pour le monde du travail dans son ensemble, et aucune intention de faire quoi que ce soit pour changer cet état de fait.

Ca n’a l’air de rien, mais c’est déjà énorme de le savoir (1) et de l’admettre (2). Je trouve que ça méritait bien une gestation de neuf mois, et j’ai suffisamment contribué quand j’œuvrais pour l’industrie cosmétique pour avoir le droit d’être rétribuée pendant que j’accouchais de ces belles révélations. Mais comment expliquer ça au Pôle Emploi ?

Je n’ai pas eu le temps de me poser la question longtemps, j’ai été prise de court par une convocation qui avait échappé à ma vigilance postale. Je suis arrivée à mon second entretien en catastrophe, sans avoir eu le temps de préparer mon argumentation. Loana avait laissé la place à une femme tout aussi avenante, mais aux proportions plus conventionnelles. Ai-je modifié mon CV comme l’avait suggéré sa collègue ? Pas vraiment. Ai-je postulé à des offres ? C’est à dire que non, pas tellement. Ma conseillère est ennuyée, d’autant qu’elle vient de remarquer mon tee-shirt « Jesus Saves » et ma montre à l’effigie de la Vierge Marie (erreur vestimentaire évidente de ma part, j’essaie de croiser les bras sur ma poitrine, mais c’est trop tard, ma conseillère me prend pour une allumée).

C’est alors que j’ai décidé de lui ouvrir mon cœur. Je lui ai dit que je ne voulais plus faire de marketing, que j’étais fatiguée d’entendre les institutions culturelles me dire que mon CV était absolument stupéfiant mais que non merci, et que j’avais décidé d’inventer mon propre métier, et de devenir chômeuse professionnelle. Elle ne m’a pas prise au sérieux, le tee-shirt Jésus sans doute.

Être au chômage ne signifie pas (nécessairement) faire corps avec son canapé, continués-je, c’est aussi la meilleure période pour initier de grands chantiers existentiels et voir émerger des idées nouvelles. En attendant que je sache comment je m’appelle et comment je souhaite aménager ma niche, je propose de me rendre utile en racontant ce que je fais à ceux qui n’ont pas le temps de ne rien faire. Je l’ai perdue, elle ne comprend plus rien, peut-être même qu’elle pense que je me drogue.

J’ai été renvoyée dans mes pénates avec une liste assez aride de choses à faire avant mon prochain entretien. Mais je sais très bien comment m’y prendre pour que la dame du Pôle Emploi redevienne mon amie.

Il me suffirait de remettre le masque des conventions sociales, de m’inventer une ambition, de faire tout ce que je peux pour y croire moi-même, de surjouer le dynamisme et la volonté, de laisser entendre que La Win est chez moi une seconde nature, que je suis de bonne famille moi madame, et que j’ai l’intention d’élever mes enfants dans des beaux quartiers.

La dame du Pôle Emploi n’est pas là pour repenser le fonctionnement de notre société, inutile d’essayer de lancer un débat avec elle (« Mais au fond, qu’est-ce que c’est que cette histoire de travail, là ? Qui a dit que c’était une valeur universelle? »). Elle est là pour faire descendre la courbe du chômage et pour me faire comprendre qu’à trop réfléchir, je vais finir par vivre dans un carton. Elle a raison. Moi aussi, à ma façon. C’est comme chez Jacques Martin, tout le monde a gagné. Ou pas.


Lien utile :

www.pole-emploi.fr