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Ton amie chômeuse découvre le monde

Lundi 15 août 2011

petanque01

Leçon n°1 : le monde est misogyne

Quand elle était au chômage, ton amie en a un peu chié, si l’on veut, sur le plan financier. Elle a aussi du avaler quelques difficiles révélations métaphysiques (la vie n’a pas de sens, je ne suis qu’une coquille vide, d’ailleurs, je n’existe pas vraiment). Mais, pendant ces deux ans, elle a aussi été extrêmement préservée de la bêtise et de la méchanceté (de l’avantage de rester enfermée chez soi).

Depuis que je sors, je m’étonne de beaucoup de choses (ami lecteur/ermite : le léopard est revenu à la mode), et notamment de la persistance de certains à vouloir me faire remarquer que je suis une femme. Ça ne m’avait pas échappé, voyez-vous, rapport aux deux énormes protubérances sur mon buste (j’exagère à peine). Mais certains s’évertuent à souligner ma féminité et à en faire la cause des maux les plus variés.

Par exemple : bloquée par un camion de déménagement, ton amie plus vraiment chômeuse manœuvrait une voiture en marche arrière. Pourquoi diable le propriétaire du camion s’est-il senti obligé de se lancer à mon secours pour me guider, faisant de grands moulinets avec ses bras pour m’indiquer que la voie était libre, levant ses pouces devant ma dextérité… Bizarre. A la fin de l’aventure, il s’est adressé à mon voisin (un mâle), pour dire : « Ah, ça ! Les femmes au volant, je vous jure ! ». J’aurais pu répondre que mon voisin, tout testostéroné qu’il est, n’a pas son permis, mais j’ai préféré m’en tenir là.

Par exemple bis : ton amie plus vraiment chômeuse a deux passions : le ping-pong et la pétanque. Quand, un soir d’été, le grand-père de M. le béni est venu proposer une ptite partie, j’ai bondi sur mes pieds en hurlant « moi moi moi moi ! », comme de bien entendu. André et Gérard, les voisins, étaient déjà sur le terrain. Apparemment, je n’étais pas la personne qu’ils attendaient.

J’ai bien grillé quelques regards gênés au moment de déterminer les équipes, mais je n’ai pas voulu céder à la paranoïa. Finalement, André n’a pas eu à se plaindre de ma performance. Mais Gérard, lui, attribuait tous mes bons coups aux grâces de la Vierge Marie : « c’est incroyable, elle ne vise même pas, et elle tombe sur le cochonnet ! ». Pour Gérard, c’était clair, je lançais mes boules au hasard. Pourquoi ? Parce que je suis une femme.

Par exemple encore : En rendez-vous professionnel, j’ai fait la connaissance de Robert. Je ne sais pas si je dois m’en flatter ou m’en inquiéter, mais après une heure d’entretien, Robert avait visiblement oublié qu’il avait affaire à un membre du sexe faible. Si bien qu’à la fin, quand j’ai proposé de rassembler les tasses de café vides sur le plateau, Robert a répondu avec un naturel confondant : « Non non, laissez, j’me suis pas marié pour rien quand même, elle va le faire ». Elle, c’était sa femme. Et moi qui me demandais pourquoi elle n’avait pas été invitée à se joindre à nous.

Amis lecteurs, attention (souviens-toi que tu as lu ce scoop sur www.monamiechomeuse.com) : la misogynie existe encore. Si. Je sais. Ca te la coupe. Moi non plus au début je n’y ai pas cru. I know.