Archive pour le mot-clef ‘école’

Ton amie instit’ balance les perles de ses élèves

Lundi 9 mai 2011

ecole_des_champions

Billet d’invité(e)

Ami lecteur, voici donc le billet de mon amie M., institutrice de son état et presque glandue par nature. J’aime tellement ses “status” sur Facebook que je lui ai proposé de nous en faire un florilège. (Perso, je rêve toujours de faire une balayette laser à quelqu’un depuis que je sais que ça existe.)

….

Je suis professeur des écoles et n’appartient donc ni à la catégorie « chômeur », ni à celle « d’intermittent » MAIS j’ai environ 15 semaines de vacances par an et touche un maigre salaire… Ma présence sur le blog de MAC n’est donc pas complètement saugrenue!

J’enseigne dans le 19e depuis 3 ans avec des classes de CM1/CM2, mes élèves ont donc à peu près 9/10 ans…

Les enfants sont comme vous et moi, mais en plus petits.

Ils se posent des questions existentielles :
« Maîtresse, moi je ne comprends pas pourquoi ma grande soeur se maquille, se parfume, se fait belle….tout ça pour rester à la maison…? »

Ils essaient de gérer leurs conflits :
« Ben ouais maîtresse, je l’ai péfra parce que lui m’avait péfra avant. Dans ma maison, c’est ça la règle: tu me péfra, j’te péfra! »

Ils apprennent à communiquer :
« Elle pleure parce qu’elle était sur notre terrain de foot alors je l’ai poussée, je l’ai insultée et après je lui ai fait une balayette laser »

Ils tentent de sauver notre planète :
« Maîtresse, hier avec mes copines on a crée une association et on a fait plein d’affiches et aussi on vous a fait un badge « SOS PD! »…ca veut dire « Au secours Planète en Danger »! »

Ils se font mal :
« Aie maîtresse!! Je me suis enfoncée ma pointe de compas dans l’oreille, ca fait mal !!!! »

Ils cherchent des informations sur internet et sont parfois surpris des résultats :
« Maîtresse, pour notre exposé sur l’évolution des moyens de transport, on a tapé « ticket de métro » sur google images et ben….heu..hihihihi…en fait, on a pas trouvé des tickets de métro…hihihi »

Ils s’efforcent de trouver des solutions pour se simplifier la vie :
« Maîtresse, quand je lis la mythologie grecque, le prénoms sont trop durs alors je les change dans ma tête. Par exemple, Agamemnon, je l’appelle Jean-Pierre ! »

Parfois, ils pensent avoir compris alors qu’en fait ce n’est pas le cas :
« Maîtresse, avant on utilisait « point » à la place de « pas », c’est ça ?
Alors, pour dire « papa », avant on disait « pointpoint »?
»

Ils commettent des erreurs :
« Ben, je suis entré dans la classe pendant la récréation, j’ai pris la boite avec l’argent dedans, je l’ai cachée et après on s’est partagé tout ce qu’il y avait dedans…. mais maintenant j’ai plus les 250 euros… j’ai tout dépensé… j’ai acheté des vêtements. »

Ils ne maîtrisent pas certaines expressions de la langue française :
« Les enfants, vos parents seront les invités de marque de notre petite exposition photo »
« Maîtresse, c’est qui Marc ?
»


Voilà en quelques lignes un aperçu de mon quotidien d’instit !
Et je terminerai en reprenant les paroles de feu Jacques Martin: « les enfants sont formidables ! ».

Ton amie chômeuse redécouvre le blues du dimanche soir

Dimanche 27 mars 2011

dimanche

Au final, ton amie n’est pas si mécontente de son statut de « plus vraiment chômeuse ». Il faut le reconnaître, le fait de travailler présente des avantages. D’abord, mes employeurs philanthropes ont eu soin de m’éviter une transition trop brutale en faisant de moi une travailleuse précaire (CDD et salaire minimum). Sympa.

Ensuite, je n’ai plus à réfléchir à la manière dont je souhaite occuper ma journée. Quiconque s’est déjà réveillé en se disant « Quelle chance de pouvoir disposer de mon temps, de ma liberté, que dis-je, de ma vie ! » pour finir vautré devant Gossip Girl saura de quoi je parle. Pour moi, le temps de la déception est révolu. Je n’ai plus l’occasion de me désespérer de mon apathie ou de mon manque d’intérêt pour le monde qui m’entoure. Loin des interrogations métaphysiques matinales, je me lève, je vais bosser. Simple. Authentiquement reposant.

Il y a une chose en revanche que j’avais complètement oubliée. Un état qui est remonté des tréfonds du temps, un sentiment de spleen tout droit revenu de l’époque où il fallait faire son cartable, préparer ses vêtements, relire une dernière fois sa poésie pour « dormir dessus ». Cette chose terrible, c’est le blues du dimanche soir.

Quand on est au chômage, les conventions calendaires n’existent plus, ou si peu, juste pour conserver une vague conscience de l’emploi du temps des autres. Le dimanche est un jour comme les autres, ni plus ni moins déprimant. Plutôt moins d’ailleurs, puisqu’il permet de regarder de loin les travailleurs qui rentrent chez eux la tête basse, à une heure qui se veut raisonnable, parce qu’hélas « demain, il y a école ».

Quelle saloperie que le blues du dimanche soir. Bien sûr, il est le contrepoint direct du repos de l’esprit que j’évoquais plus haut, de cet éternel recommencement qui interdit toute question un peu sensible (ex : « mais qu’est-ce qu’on fout là ? »).

Le dimanche, la routine rassurante de la semaine se transforme en insondable angoisse. Il suffit de la briser pendant deux petits jours, et paf, la voilà qui se retourne brutalement pour montrer son affreuse trombine. Le fait de savoir que le week-end reviendra la semaine prochaine n’est en aucun cas une consolation. Le dimanche, on est inconsolable. On se dit « Vais-je passer mes semaines à attendre le retour du week-end ? Combien de temps ce cirque va-t-il durer ? ». Le dimanche sonne le retour des questions sensibles, qui ne savent éclore qu’en dehors des périodes de travail.

J’ai essayé toutes les parades. La grasse matinée du dimanche, le petit-déjeuner qu’on fait durer jusqu’à 16H, le cinéma du dimanche… J’ai même tenté de maquiller le dimanche en samedi (il faut pour cela aller se promener dans le Marais, où les boutiques sont ouvertes, ce qui donne l’illusion du samedi -pour un temps). Depuis que j’ai la télé, je suis allée jusqu’à risquer l’émission du dimanche soir (oserais-je l’avouer ?),  Zone Interdite. Rien à faire. Le blues du dimanche résiste à toutes les combines. Dès 14H, il s’insinue comme un gaz perfide dans les emplois du temps les mieux rodés.

Conclusion : le travail, c’est bien, mais il ne faut surtout pas s’arrêter. Pas de week-ends, pas de vacances. Voilà la solution. Ah ça, il ne fallait pas attendre de conclusion heureuse, ami lecteur. Tu sais quel jour on est ? Ben voilà.