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Ton amie chômeuse a testé le diagnostic de cheveux (1)

Dimanche 22 janvier 2012

classification_femme

A Noël, une vieille trouille s’est réveillée chez ton amie plus vraiment chômeuse : celle de la calvitie. Tout a commencé par une photo. Dessus, il y avait moi, mais surtout il y avait mon crâne, à qui personne n’avait pourtant demandé de faire sa star. A partir de là, j’ai pleuré dans la salle de bain (1) et j’ai passé les vacances à scruter le scalp de toutes les femmes qui ont croisé ma route (2), à commencer par mes cousines qui après quelques jours de chalet commun ont commencé à s’éloigner de moi imperceptiblement pour échapper à mes pratiques.

Une fois rentrée à Paris, j’ai tapé « diagnostic de cheveux » sur Google. Je voulais savoir. Suis-je complètement allumée, comme l’ensemble de ma famille semble le soupçonner, ou vais-je rejoindre le sombre cortège des femmes qui ont un cheveu par centimètre carré ? Car oui, maintenant je les vois, toutes ces malheureuses. Je les repère surtout dans le métro. Assises, vulnérables et résignées. Ami lecteur, elles sont légion : il y a complètement de quoi flipper sa race.

Je suis tombée sur le site de l’institut Clauderer, qui m’a paru parfaitement amateur dans sa mise en page et farfelu dans ses propositions : j’ai téléphoné tout de suite. Ils n’avaient pas de place avant 10 jours, ce qui m’a semblé être un gage de qualité suffisant (oui mais perdre ses cheveux ça rend con). J’y suis allée deux semaines plus tard, pas lavée du crâne depuis 3 jours (c’est une recommandation du Centre), dans un état de self satisfaction plutôt ras-les-paquerettes.

La fille de l’accueil affiche une crinière insolente, genre pub pour Head&Shoulders ; l’espace de 10 minutes, elle a cristallisé toute ma haine. Ton amie plus vraiment chômeuse, qui d’ordinaire est une fille vraiment sympa (je te jure), s’est trouvée à lui dire d’un ton aigre : « Et je vais attendre combien de temps comme ça ?! ». Alors que j’étais moi-même arrivée avec 10 minutes de retard.

Ensuite, une dame avec des yeux bicolores (pas vairons, bicolores, c’est à dire que chaque œil est moitié bleu moitié marron, c’est dingue) m’a tendue la main en disant « Bonjour, je vais m’occuper de vos cheveux ». Cette heureuse prédiction ajoutée à sa couleur d’yeux complètement démente m’ont donné envie de me jeter à ses genoux en pleurant de reconnaissance. Dans un petit bureau, elle a commencé à me caresser la tête en me posant plein de questions sur mes habitudes de toilette, ma pilule et tutti quanti. C’était super agréable, et je me suis demandée s’il y avait beaucoup de pervers du cuir chevelu qui venaient faire établir des diagnostics juste pour le kif du contact de ces mains expertes.

Au fond de mon cœur j’espérais un peu que la dame aux yeux bioniques me dirait : « Mais vous avez des cheveux magnifiques, il n’y a aucun problème », suivi, peut-être, de « déshabillez-vous ». En fait de ça, elle a dit : « Vous avez bien fait de venir ». Elle m’a expliqué que mon follicule pileux tirait grave la tronche, que ce serait sans doute de pire en pire, que chaque cheveu qui tombe serait remplacé par un cheveu plus faible. Un genre de Darwin à l’envers, avec ma tête pour théâtre. Elle m’a montré mon cheveu au microscope, on aurait dit un ver de terre fatigué implorant qu’on le laisse mourir.

A ce stade, j’attendais avec impatience la suite : « Mais heureusement Clauderer a la solution ! ». Elle m’aurait proposé un fertilisant pour plantes vertes, je l’aurais accepté avec gratitude. A peu de choses près, c’est ce qu’elle a fait. Sauf qu’elle a pris la peine de dire, en plus, que les résultats étaient loin d’être garantis.

Ami lecteur, mes cheveux sont pourris, j’avais raison. Pourtant, il n’est pas certain que j’aie prouvé à la face du monde que je n’étais pas folle, si l’on considère que j’ai du échelonner sur trois mois le paiement d’un traitement à base d’huiles essentielles qui puent à 10 000 mètres. Si on ajoute que chaque shampoing sera désormais précédé d’un auto-massage du cuir chevelu suivi d’une pause d’au moins 30 minutes de la mixture qui pue, je crois que malheureusement, je rate ma chance d’être adoubée par les gens sains d’esprit.

A l’heure où j’écris ces lignes ami lecteur, j’ai la tête qui sent le suppo, et je me sens triste. Je ne veux pas être chauve, j’ai encore trop de nattes, de chignons, de couleurs ratées et de queues de cheval à vivre. En plus on est dimanche soir.