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Ton amie chômeuse regrette qu’MK2 n’ait pas vu Intouchables

Mardi 6 mars 2012

cinemas-intouchables

(Requête d’Aurélie)

Il y a quelques semaines, ton amie plus vraiment chômeuse a fait un reportage chez les éclopés. J’ai rencontré à cette occasion Aurélie, que son IMC de naissance contraint au fauteuil roulant. IMC, Indice de Masse Corporelle pour les obsédées du bourrelet, Infirmité Motrice Cérébrale pour Aurélie (qui n’en demeure pas moins aussi obsédée du bourrelet que les autres -j’ai vu une crème anti-cellulite dans ta salle de bains Aurélie, laisse tomber, tu es grillée-).

Pour cet article, ton amie plus vraiment chômeuse a suivi Aurélie dans quelques-unes de ses activités quotidiennes. Je dis quelques-unes, parce que la meuf a beau se déplacer à la force des bras, son emploi du temps te donne l’impression d’être un retraité qu’on aurait oublié devant “Des chiffres et des lettres”. Elle bosse (même le samedi, ce qui fait toujours drôle à ton amie toujours chômeuse dans l’âme), elle enchaîne les concerts, les cinés et les week-end chez les potes. Bref, j’ai choisi de la suivre chez son kiné, ça paraissait moins fatiguant. J’étais à côté de la plaque.

Se rendre à une séance de kiné à Paris quand tu es montée sur roulettes, c’est un truc qui te demande autant d’énergie et de passion que de participer à Koh Lanta (note pour plus tard : s’interroger sur cette comparaison qui m’est venue très naturellement). D’abord, il faut arriver à l’arrêt de bus, ce qui implique de donner un méchant coup de rein à chaque trottoir : même abaissés, ils restent compliqués à franchir pour Aurélie, qui doit parfois attendre qu’un bon samaritain lui donne l’impulsion. Pour peu que ce soit Sabbat et qu’un monsieur très pieu refuse de la toucher au prétexte qu’elle est une femme (true story), Aurélie peut attendre longtemps. Quand le bus arrive, il faut 1- que la rampe fonctionne, 2- que le chauffeur accepte de la sortir, 3- qu’un autre bon samaritain l’aide à passer la rampe. Le bus est blindé, elle se prend les sacs à main dans la tronche sans moufter : Aurélie, si tu veux, c’est Bouddha.

Je ne l’ai jamais vue s’énerver. Elle fait certes de l’humour un peu cynique parfois, mais elle ne crache jamais son ras-le-bol au visage de ceux qui ne font pas d’efforts pour lui rendre le quotidien plus facile. Pour te dire à quel point elle est de bonne constitution, elle ne s’est pas moquée de moi quand j’ai fait une crise d’hypoglycémie dans le bus qui nous ramenait chez elle après le kiné. Ou en tout cas, elle ne s’est pas moquée devant moi, ce qui est déjà très charitable de sa part. Et pourtant, il y avait matière (j’ai sauté hors du bus et vomi dans une poubelle) (le reporter de choc, quoi, prête à aller en Syrie).

Tout ça pour dire que quand j’ai reçu ce mail, j’ai vraiment eu envie de dire aux cinémas MK2 de se sortir les doigts du cul. Ami lecteur, je te le livre :

Je vais au cinéma MK2 quai de Loire, que j’ai choisi parce que je sais qu’il est accessible. J’arrive avec une amie quelques minutes avant le film. Le générique commence, le noir se fait. Nous ne sommes pas encore installées : les seules places libres sont au centre des rangées ; je ne peux pas y aller. Nous voyant nous dépêtrer, les gens restent de glace. Style on n’a pas entendu. Comme personne ne bouge, ma copine demande l’intervention d’une personne du ciné. On me dit que mon amie peut aller s’installer, et que moi, je n’ai qu’à rester sur mon fauteuil et aller me mettre dans le coin, près du mur (Aurélie peut se transférer seule de son fauteuil à une chaise, ndlr). Or j’ai payé ma place, j’estime avoir le droit à un vrai siège, sinon qu’est-ce qui pourrait justifier le prix exorbitant des multiplexes ? Il y  a quelques mois, on m’a dit qu’il valait mieux venir accompagnée, question de sécurité, et aujourd’hui on me propose de passer la séance seule près du mur. Après 10 secondes de réflexion la personne me dit : “On va se mettre à dos les personnes de la salle. On ne peut rien faire, allez voir le manager pour le remboursement des places”. Explication avec le manager, qui, mine de rien, nous ramène vers la sortie : il parait que je devrais arriver 20 minutes à l’avance, et que je devrais venir à des séances où il y a moins de monde (oui parce qu’il y a des séances où je suis acceptée et d’autres pas). Moralité : un remboursement des places, mais tout à fait limité. Je dois revenir pour le même film, de préférence cette semaine pour ne pas courir le risque qu’il ne soit plus à l’affiche. Et tant pis si j’avais prévu de faire autre chose… Ça faisait longtemps que je n’avais pas subi un rejet de ce style. Alors l’effet Intouchables, je n’y crois pas.”

Donner le César à Omar Sy, c’est cool. Ne pas se foutre de la gueule du monde, c’est encore mieux.