Archive pour le mot-clef ‘Paris’

Ton amie chômeuse cherche un vrai café parisien nom de dieu

Dimanche 5 décembre 2010

cafe

(Requête de Roberta, se dit qu’à 1,60 euros le Spritz sur une placette trop mignonne à Venise, elle n’est pas prête de revenir à Paris)

Je ne voudrais pas avoir l’air d’être une grosse réac (quoique), je ne voudrais pas donner l’impression que je suis obsédée par la bouffe et l’alcool (bien que ce soit le cas), mais là vraiment, tout se perd. Après les saisons et les bonnes manières : les cafés parisiens. Je prends l’exemple du café de l’Industrie, dans le 11ème arrondissement de Paris, que je m’en vais pourrir sans vergogne pour m’avoir accueillie comme une malpropre non pas une, mais deux fois d’affilée.

Au moins chez Cojean, on sait tout de suite qu’on nous prend pour des cons ; au café de l’Industrie, c’est beaucoup plus sournois. En arrivant, on se dit « mais quelle ambiance sympathique, cet éclairage tamisé, ces tapis douillets, ces statuts et masques exotiques qui font voyager le cœur ! ». Un instant plus tard, on réalise que les serveuses ont été recrutées sur des critères esthétiques très sélectifs, tant elles sont unanimement jeunes, fashion et bien proportionnées. De mieux en mieux. Sauf qu’après un « bonjour » de gardienne de prison, le rêve commence à se fissurer.

On n’est pas du genre à se laisser désarmer pour si peu ; après tout, ton amie chômeuse aussi peut être un peu sèche quand elle est de mauvaise humeur, et « American Apparel » a le droit de passer une mauvaise journée. Mais AA persiste en essuyant la table avec mauvaise humeur, collant au passage une volée de miettes sur les genoux de ton amie chômeuse.

Ami lecteur, tu apprendras à tes dépens qu’au café de l’Industrie, il y a des règles :

- On ne sert pas de pinte, mais des demis. M. le béni demande s’ils font face à une pénurie de verres, AA n’est pas sensible à la plaisanterie.

- On n’a pas honte de qualifier de “brunch” un petit tas d’œufs brouillés accompagné d’une tranche de saumon, et d’apporter un récipient qui tient davantage du dé à coudre que du bol quand on réclame le fromage blanc à la ciboulette promis dans le menu. 17 euros, ton amie chômeuse n’avait pas vu foutage de gueule aussi manifeste depuis belle lurette.

- On ne peut pas traîner tranquillement comme il est si agréable de le faire un dimanche après-midi : à 19H, il faut dégager, c’est l’heure du dîner pour les gens qui ne se sont pas levés à 14H, eux.

Que de la gueule. Un service tout pourri, une cuisine mesquine et sans saveur : mais où sont passés les vrais cafés ? Ceux où ça sent le tabac froid, où le serveur est laconique mais pas désagréable, où on peut rester 7 heures armé d’un seul bouquin et d’un café, ceux où le chien dort derrière le comptoir, lui qui a les poils collés par les giclées de bière qui s’échappent du fût (et que personne n’a pris le temps d’essuyer, pauvre bête) ? Pffff. Entre ça et le chinois qui tient le bureau de tabac du coin et qui exige un montant minimum de 30 EUROS pour faire une carte bleue, ton amie chômeuse est à deux doigts de vouloir sortir de l’Europe (aucun rapport, je sais).

Ton amie chômeuse a testé la Terrasse Petit Bain

Dimanche 5 septembre 2010

petitbain

Terrasse Petit Bain, en face de la piscine Joséphine Baker, 75013 Paris, Métro Bibliothèque François Mitterrand
(Requête de Delphine)

On a eu peur dis-donc, on a cru qu’on n’aurait pas vraiment d’été et qu’il faudrait retourner au turbin (enfin, surtout toi ami lecteur, parce que ton amie chômeuse ne va nulle part) sans avoir eu le plaisir de traîner sur une terrasse ensoleillée. Heureusement, nous sommes début septembre, il fait beau, et peut-être que ça va durer au moins deux jours, ce qui serait dingue, les Islandais et les Suédois seraient verts de jalousie.

Ton amie chômeuse, qui n’a pas attendu le beau temps pour faire des trucs de glandue, a testé la terrasse Petit Bain, sur les quais de la Seine. En face de la piscine Joséphine Baker (que ton amie chômeuse était censée tester aussi, mais à l’époque, Djizeuss il faisait trop froid pour imaginer y glisser un orteil), une terrasse éphémère s’est installée pour proposer à boire, à manger, et même plus puisqu’on peut aussi assister à des concerts, participer à des bals et même à des ateliers cuisine.

On s’étale donc dans un transat, face à la mer (un peu d’imagination merde), entouré de plantes aquatiques qui poussent dans les baignoires disposées autour de la terrasse. On commande un mojito (on demande une 2ème dose d’alcool parce qu’on a l’impression que la 1ère est passée à la trappe malgré ce que prétend la serveuse), et on y est.

Le jour où je suis allée faire l’expérience Petit Bain, on y proposait un atelier de cuisine. Houmous à la fleur de lotus, rien que ça, ton amie chômeuse s’est dit qu’elle aurait trop la classe lors de son prochain dîner chez elle (prévu d’ici quinze ans). Grâce à la prof Camille, j’ai appris que les carottes peuvent être blanches (si), qu’on peut se soigner au sirop de radis noir, et qu’il existe sur cette terre un légume appelé le panais (je te jure).

Prochain événement Petit Bain : une soirée tango le 25 septembre (flyer en illustration). Et le mojito devant la mer, c’est tous les jours.

Lien utile :
Le site

Ton amie chômeuse dans un café à Montmartre

Mardi 17 août 2010

sacre-coeur
(Remède anti-cafard de M.A.C.)

Aujourd’hui, ton amie chômeuse a décidé de se prendre par la peau du ciré jaune et d’aller s’échouer dans un café avec son ordinateur, comme ça, pour regarder des touristes et avoir l’impression de voyager.

Je me suis postée à un carrefour hautement stratégique, en plein 18ème arrondissement, entre la place des Abbesses et le Sacré-Cœur, un endroit où passe le pittoresque petit train de Montmartre. Dans ce café, l’accueil est aux normes parisiennes, c’est à dire sympa, mais rugueux. Pas de quoi décourager ton amie chômeuse qui a immédiatement branché son ordi sur le secteur et occupé les deux tables qui échoient à sa tâche de glandue.

Dans la rue passent des gens aux visages très rouges et aux sourcils très blonds, des petits garçons avec des casquettes, des jeunes filles qui sauront bientôt qu’on ne peut pas aller en paix à Paris en portant des jupes si courtes, des gens qui pointent les immeubles du doigt, des photographes expérimentés, des fans de bananes Sergio Tacchini.

Tous ont en commun d’avoir un guide PARIS-PARIGI-PARISCUS (langue inconnue, possible que j’aie mal lu) pendu à la main, et une mine réjouie. C’est ce qui me permet de repérer tout de suite la seule parisienne qui passe, chargée de gros sacs bleus de chez Ikea (elle revient de la laverie, se dit ton amie chômeuse, ce qui explique sa mine contrite, à moins que ça ne soit la pluie).

Ici, le coca coûte 3,5 euros et il est servi directement dans un verre (si tu veux la cannette entière il faudra payer plus cher), les penne au fromage sont d’immondes paquets de graisse collés les uns aux autres par des morceaux de chèvre auxquels on a laissé la croûte, le barman jure comme un charretier en essuyant les verres, et pendant que j’écris ces lignes, un labrador me regarde droit dans les yeux en déposant une grosse pêche sur le trottoir. Je me sens revigorée, et prête à aimer ma ville comme les amis touristes.

Info utile :
Le progrès
7 rue des trois frères
75018 Paris

Ton amie chômeuse a vu Venise (et peut mourir)

Mercredi 28 juillet 2010

venise

(Requête de Delphine)

Quand il s’agit d’urbanisme, ton amie chômeuse aime dire qu’elle privilégie la force d’une atmosphère à la beauté d’un endroit (oui, ton amie chômeuse dit des trucs comme ça parfois).

À Paris, je préfère cent fois habiter au métro Stalingrad plutôt que dans le 7ème arrondissement (ça tombe bien, c’est davantage dans mes cordes). À Berlin, loin d’être rebutée par les grandes avenues désertes et mal éclairées, j’ai tout de suite souhaité me faire tatouer, ne plus jamais me coucher, et pourquoi pas, devenir lesbienne, tant j’ai été captivée par l’ambiance de la ville.

Sur le podium de la stricte beauté, Amsterdam m’a beaucoup plu, Séville aussi, Florence canon, Rome yougotit, mais aucune de ces villes ne m’a procuré la vague d’émotion qui me parcourt à chaque fois que je traverse un pont parisien. Aucune avant VENISE.

Venise. Ami lecteur, voilà ce que s’est dit ton amie chômeuse : mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de gens qui vivent sans voiture, au milieu des canaux, dans un cadre où le moindre pavé est à tomber à la renverse, comment ça se fait que ça existe, et que nous on soit là, comme des cons, à trouver qu’il règne une atmosphère « si particulière » à Stalingrad (je parle surtout pour moi là) alors qu’il y a des gens qui vont bosser en BATEAU, qui ouvrent leur petit portail et hop, dans la gondole (je les ai vus), qui accouchent tranquillou bilou dans une maternité qui est plus dingue que le Louvre, et qui, quand ils en ont ras la touffette de toute cette beauté, prennent un putain de vaporetto pour aller à la plage, et pas la plage qui longe les quais parisiens, rien à voir j’t'explique, une plage avec une vraie mer et du vrai sable ?! Qu’est-ce que c’est que cette espèce d’énorme escroquerie ?!

Mon amie D., qui m’a invitée, nuance la situation : c’est vrai, c’est un truc de gueu-din, mais il n’y a que très peu d’enfoirés qui en profitent tous les jours. Dans la vitrine d’une pharmacie, on trouve en effet un écran qui fait le décompte de la population vénitienne : 140 000 au 18ème siècle, 59 680 aujourd’hui.

Et ce chiffre ne cesse de décroitre, à mesure que Venise se tapisse des petites affichettes qui annoncent les décès (sorte de rubrique nécrologique étalée sur tous les murs de la ville, curieuse pratique). D. m’explique qu’il y a beaucoup de vieux (d’où les affichettes), beaucoup d’étudiants, énormément de touristes, mais peu d’actifs. Car à Venise, il n’y a pas de travail en dehors des secteurs culturel et touristique (non pas que ça gêne ton amie chômeuse, mais je comprends que ça puisse être un problème).

Il n’empêche. Quel choc : à Venise, je me suis sentie privilégiée de simplement être là, de marcher dans ces ruelles, de lever la tête sur une scène chaque fois plus magique ; je me suis sentie honorée d’appartenir à l’espèce humaine qui avait su produire un tel bijou, un tel miracle de délicatesse et de goût.

Aller acheter un poulpe au marché, boire un Spritz, se réfugier dans un café quand l’orage tonne, le moindre geste est contaminé par la beauté ambiante. Chaque recoin de la ville recèle sa parcelle d’histoire, petite (”ici, une française a décidé qu’elle ne quitterait plus jamais Venise ; elle a épousé le luthier de la ville, ils sont amoureux fous”) ou grande (”ici, on proclamait les exécutions, et là, ben, on exécutait” ).

Ton amie chômeuse a passé trois jours dans un état de totale exaltation, et même Pat Metheny avec sa coupe à la Yvette Horner et ses solos de guitare interminables m’a tiré les larmes quand je l’ai entendu jouer Piazza San Marco.

Aller, sans regret, Stalingrad, c’est bien aussi.

Infos utiles :
Billets d’avion à partir de 70 euros, la vie de ma mère c’est vrai, sur Easy Jet
Les concerts sur la Piazza San Marco (que ça pourrait être les 2B3 ce serait quand même chanmé) sont organisés dans le cadre de Veneto Jazz, jusqu’au 1er août donc il faut se dépêcher.