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Ton amie chômeuse ouvre ses pages aux amis chômeurs

Jeudi 24 mars 2011

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(Requête d’Audrey)

OYEZ OYEZ amis lecteurs, ton amie chômeuse forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple etc. etc. et ouvre ses pages à d’autres amis chômeurs avides d’offrir un peu de leur temps libre à la population vivant encore sous le joug du travail !

L’idée m’a été soufflée par une lectrice, Audrey, dépitée de me voir délaisser le blog. Louée soit-elle. Le principe est simple : puisque je suis au chômage du chômage, puisque je n’ai plus le temps de soulager mes camarades travailleurs de leur propre déficit de temps, j’en appelle aujourd’hui à mes (autres) camarades chômeurs.

Quiconque aurait envie de “devenir érudit(e)”, de “devenir un(e) ascète” ou de “tenter de nouvelles expériences” peut désormais m’envoyer des propositions de billets qui seront potentiellement publiés sous son nom (évidemment) dans l’une des trois rubriques.

Le texte doit correspondre à la charte Mon amie chômeuse (consultable nulle part car n’existant que dans ma tête). C’est à dire qu’il doit répondre à une requête d’un travailleur (trouvée dans la rubrique “Poster une requête” ou non, je ne suis pas bégueule) et pouvoir être classé dans l’une des trois catégories (érudition, ascèse, ou expérience) (tu suis, ami lecteur ?).

Je me réserve le droit d’être une despote et de ne choisir les billets qui me plaisent, comme une grosse enfoirée (ben oui maintenant que je travaille…). Et bien sûr, il faut que l’auteur du billet soit au chômage, cela va sans dire. Et bien sûr, je vais continuer à écrire mes propres billets, bien que je ne sois plus au chômage (mais comme c’est mon blog je fais ce que je veux, HA).

C’est donc avec une joie non dissimulée que je vous copie-colle le billet de l’amie chômeuse Audrey.

Audrey a 25 ans, elle habite Amiens et est au chômage depuis septembre 2010. Si elle devait travailler, Dieu l’en garde, elle aimerait faire de l’humanitaire, comme elle l’a déjà fait en partant trois mois au Niger. Sa requête : assister au tournage d’une émission de télé, côté public.

Ton amie Audrey dans le public d’une émission de télé

Quand je regarde la télé, je me demande toujours pourquoi des gens se déplacent sur les plateaux, alors qu’ils pourraient être peinards chez eux, à regarder l’émission avec une clope et un bon verre de vin ? Qu’est ce qui peut bien les motiver ? Ayant du temps à tuer, je me suis dit, tiens, pourquoi ne pas essayer ? Après quelques recherches sur internet, me voilà inscrite pour une émission diffusée sur la TNT et présentée par Pierre Lescure.

Direction la capitale, pour un rendez vous fixé à 13h30 au Réservoir, une salle de spectacle dans le 11ème arrondissement. Dans la queue : des jeunes, des vieux, des filles, des gens seuls, des groupes et même des belges ! A 14H15, on nous annonce que nous allons être redirigés vers une tente pour ne pas attendre dans le froid.

Nous y sommes accueillis par des hôtesses qui vérifient nos identités (qu’est ce que cela changerait si Nadine prenait la place de Gertrude dans le public ?). Enfin arrivés dans la salle et après distribution de bouteilles d’eau gratos (pour éviter toute forme de déshydratation, étant donné qu’il faisait environ 97°c dans la salle), nous sommes placés de sorte que le public soit mixé, métissé, hétérogène… Image renvoyée à celui qui est derrière sa télé « oui tout le monde peut regarder l’émission, regardez ce merveilleux public, reflet de la société française ! »

A partir de là, notre statut de gens gentils que l’on remercie d’être venus assister à l’émission s’abaisse à celui d’enfants en bas âge à qui l’on demande de taper dans les mains bêtement… Le comble du comble a été de nous demander d’applaudir dans le vent, c’est-à-dire que le chauffeur de salle (devant une scène vide), nous a demandé d’applaudir de différentes manières, de faire de faux rire… Tout ceci est ensuite recollé au montage pour nous faire applaudir ou rire au moment où ils veulent, quand nous, vrai public n’avions pas trouvé bon de le faire.

Se sont succédés ensuite les artistes : Catherine Deneuve (qui demande une retouche maquillage au bout d’une minute d’interview), Raphaël qui colle son chewing-gum sur un poteau de la salle avant de monter sur scène, Philippe Katerine qui a interprété son tube « La banane » en live, moment le plus fun de l’après midi… L’enregistrement s’achève vers 19h.

Bilan : une découverte édifiante des dessous de la télévision (par exemple, on pose des questions à Catherine Deneuve, elle fait mine de chercher la réponse alors que celle-ci est écrite sur son prompteur, et tout le monde la félicite y compris le présentateur, et nous public qui devons faire semblant de la trouver formidablement cultivée). Mais une découverte chère payée : près de 6 heures à crever de chaud, avec interdiction de bouger (crampes et fourmis dans les jambes garanties, et vous ressortez avec le coccyx carré). Bref : un peu l’impression de retrouver ses 13 ans… ou un patron sévère !

Ton amie chômeuse a été suivie par une équipe de TV

Dimanche 28 novembre 2010

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(Requête de Jérôme Sesquin)

Il y a plus de 10 ans que ton amie chômeuse n’a plus la télé. Pas vraiment par snobisme (ce n’est pas mon genre, tu me connais ami lecteur), mais plutôt parce que je crois que j’ai épuisé mon quota. De 5 à 20 ans, j’ai du la regarder entre 3 et 7 heures par jour, allant jusqu’à réviser le bac devant Roland Garros (la faute à Marat Safin qui était diablement sexy).

Aujourd’hui, j’ai bien décroché. Si bien que quand on m’a parlé d’un tournage pour l’émission Envoyé Spécial, une grande confusion s’est installée dans ma tête, imaginant un programme à mi-chemin entre Capital, Vis ma vie et Confessions Intimes. Je me voyais déjà racontant des anecdotes très personnelles avec le mascara qui coule et je me suis dit « pas question ».

Au final, j’ai pu faire accepter mon cahier des charges : pas de scènes chez moi, pas d’amis ni de famille (M. le maudit m’a clairement dit d’aller me faire voir quand je lui ai proposé d’apparaître dans le sujet, et j’ai obtenu la même réaction de la plupart de mes proches), pas de scènes de nu (j’étais prête à transiger sur ce dernier point, mais le journaliste n’a pas insisté). Banco, le tournage ayant pour louable objectif de donner une autre image du chômage a débuté dès le surlendemain.

Ce qui est marrant, c’est la consigne : « soyez aussi naturelle que possible ». Ben voyons. Moi, quand je me balade dans Paris, je suis toujours suivie par une équipe de trois personnes, dont une avec une caméra pas exactement invisible. Pour être sûr que je serai bien naturelle, le journaliste m’a parfois refait jouer jusqu’à quatre fois le moment où je dis « bonjour » en poussant la porte du bureau. Au final, le résultat est confondant de réalisme, c’est du beau boulot.

Seconde difficulté : ton amie chômeuse n’est pas habituée à se faire l’exégète d’elle-même. C’est un drôle de truc que de parler de soi ; déjà chez le psy, c’est curieux, mais devant un public potentiel de 2 millions de personnes, c’est franchement perturbant. On commence une phrase, on se dit que ça sonne vachement compliqué et tiré par les cheveux, et on termine en ayant complètement oublié de quoi on parlait il y a 15 secondes. Le tout devant un journaliste qui hoche la tête gentiment (« arrête ton char, je n’ai rien compris moi-même à ce que je venais de dire, il est plus qu’improbable que tu aies pu détecter un sens à mes paroles »).

Ami lecteur ou spectateur d’Envoyé Spécial jeudi dernier, sache que le tournage a duré deux jours, et que tu as échappé à des moments d’une intensité dramatique telle qu’ils ne pouvaient pas être diffusés à une heure de grande écoute.

1- Ton amie chômeuse effectuant une glissade spectaculaire à l’entrée du théâtre de l’Atelier (il neigeait, il y avait du verglas, c’était l’apocalypse) et se rattrapant in extremis au bras de sa pauvre mère d’1m55 et 43kg avec la même classe que Bambi faisant ses premiers pas. Un truc à flanquer une attaque cardiaque à la ménagère la plus robuste.

2- La mère de ton amie chômeuse (ils avaient fini par la coincer devant le théâtre) expliquant le plus sérieusement du monde à la caméra que j’étais tellement balèze que de toutes façons je m’en serais tirée dans n’importe quelle situation, supérieurement intelligente que je suis (et moi de me cacher le visage, de lui faire des signes très explicites pour qu’elle arrête le massacre d’absolue non objectivité, mais sans succès).

3- Ton amie chômeuse participant à une formation Premier Secours à la Croix-Rouge (l’idée était de me filmer en train de réaliser une requête d’un client), tellement investie dans ma mission que j’en ai oublié la présence de la caméra, perdant toute crédibilité en me précipitant sur mon ami Chris qui mimait (vachement bien) une crise d’épilepsie. En fait il allait bien, évidemment, il faisait semblant.

Je remercie chaleureusement les réalisateurs du reportage d’avoir coupé ces scènes au montage, j’avoue que j’aurais eu les boules. Du coup je leur pardonne d’avoir fait un gros plan sur ma dentition et d’avoir révélé à la face du monde le secret que je gardais jalousement (cette incisive plus longue que les autres).

Le reportage (enfin, la partie qui me concerne) ici

Et surtout les films réalisés par Chris Schepard :
Mon amie chômeuse décrypte les paroles de Tokio Hotel
Mon amie chômeuse n’a rien d’autre à foutre que d’aller au ciné toute la journée
Mon amie chômeuse pratique le Tai-Chi
Mon amie chômeuse espionne ses voisins
Mon amie chômeuse apprend le chinois
Mon amie chômeuse persécute l’homme-statue
Mon amie chômeuse lit tous les livres de la terre