Archive pour le mot-clef ‘théâtre’

Ton amie chômeuse a vu Spamalot

Jeudi 8 avril 2010

spamalot

Spamalot, spectacle musical inspiré des Monty Python, avec Pef.
Théâtre Comedia, Paris

(Requête de Gé, trouve que ça a l’air trop drôle)

Ton amie chômeuse jure que (pour une fois) elle était dans de très bonnes dispositions, prête à se gondoler franchement devant cette adaptation des Monty Pythons (elle était même un peu bourrée pour tout avouer).

Il faut dire aussi qu’il y a de l’ambiance, au théâtre Comedia. Entre le monsieur qui crie « deeeeeeemandez le programme » comme dans un film, les voisins de gauche qui enchaînent les blagues, et la voisine de droite qui est si excitée qu’on aurait dit ton amie chômeuse quand elle est allée voir le Soulier qui vole à l’âge de 5 ans (un spectacle de Chantal Goya magnifique, ami lecteur) : la salle était tout simplement survoltée.

Ton amie chômeuse s’est volontiers laissée aller à la liesse générale et quand MATTHIEU GONET (mais oui, ami lecteur, Matthieu Gonet de la Staracadémie, lui-même, je te jure) est arrivé sur scène car c’était lui le chef d’orchestre, j’ai même fait « wouhou ».

Mais très vite, la catastrophe : je ne sais pas ce qui s’est passé (niveau d’alcool en baisse peut-être), mais malgré toute ma bonne volonté, j’ai décroché. Oui, les décors en carton sont rigolos, la voix de Pef a toujours des accents irrésistibles… Oui, mais non.

Curieusement, l’humour ras-les-pâquerettes qui a fait le succès des Robins des Bois ne fonctionne pas dans ce contexte. Les auteurs ont vraiment abusé des références aux comédies musicales à succès (Le Roi Lion, Starmania, Mozart, Cléopâtre, tout le monde y est passé), et même en version pastiche, les chansons interminables avec paroles idiotes et effets de voix, c’est difficile à supporter.

Ce n’était résolument pas l’avis de ma voisine de droite qui hurlait, littéralement, de rire, c’est à dire qu’elle commençait par un long cri complètement flippant avant que n’éclate son rire, qui n’était finalement que l’écume de ce phénomène sonore ahurissant.

Donc je ne sais pas, ami lecteur… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que ce n’était pas très fouillé, qu’on se foutait un peu de la gueule du spectateur en lui servant de la vanne facile et malhonnête (« malhonnête » pour une vanne, ça signifie qu’elle ne fait pas rire son auteur).

Ou sinon ils étaient tous drogués. Je ne sais pas.

Lien utile :
Spectacle sur Evène

Ton amie chômeuse a vu Gaspard Proust

Lundi 22 février 2010

gaspard

Gaspard Proust, Enfin sur scène ? au Studio des Champs-Elysées
(Requête d’Angélique, travaille avec ledit Gaspard)

Avant d’aller voir Gaspard Proust au Studio des Champs-Elysées, ton amie chômeuse a commis l’erreur du débutant : elle l’ a googlé. Il ne faut jamais googler un humoriste, surtout quand c’est son premier spectacle. On tombe sur quelques vidéos, ou pire, sur des articles où toutes ses meilleures blagues sont dûment répertoriées et quand on s’assoit dans le théâtre, et ben on n’est plus vierge. Le côté « je passais par là et tiens, voilà ce qui me vient à l’esprit au moment où je vous parle » dont Gaspard Proust joue énormément en prend un sacré coup sur le paletot, et c’est bien dommage.

Pour ne pas contribuer à dépuceler davantage le public, ton amie chômeuse ne rapportera pas les blagues de Gaspard Proust dans les lignes qui suivent. Il faut néanmoins que je dise si ça m’a plu… Ouiténon, dirais-je.

Oui :

- Voilà un humoriste qui s’exprime avec plus de 7 mots de vocabulaire et qui n’abuse pas des imitations ou des accents. On croyait que ça n’existait plus, mais Gaspard Proust est aussi à l’aise en citant le groupe Abba qu’en déclamant du Baudelaire. Il flatte son public en lui donnant le sentiment de ne pas rire trop grassement, ce qui n’est pas désagréable.

- Sa diction est claire, impeccable, mais sans être exagérée. Gaspard Proust est sobre, minimaliste même, c’est un peu l’art contemporain de l’humour. C’est-à-dire qu’on ne peut pas être aussi décomplexé que devant du Jean-Marie Bigard (quand on rit à du Jean-Marie Bigard, ou à du Frank Dubosc -qui est déjà arrivé à ton amie chômeuse-, il n’y a plus de bienséance qui tienne, on se tape sur les cuisses, on erre par-delà la honte dans les steppes jubilatoires de la beaufitude) mais on peut repenser au spectacle le lendemain sans gueule de bois.

- Ton amie chômeuse aime beaucoup l’idée que l’on puisse faire rire en endossant un personnage d’érudit antipathique dépourvu de tout sens moral. Ce qui m’amène au non.

Non :

- Gaspard Proust n’assume pas jusqu’au bout son personnage de dandy immoral qui fait rire différemment, sans grimace ni boutade facile. Quand est arrivé le chapelet de blagues misogynes et homophobes, ton amie chômeuse a été déçue. Pas parce que les blagues étaient mauvaises, mais parce qu’il semble bien qu’il soit impossible de faire un spectacle humoristique sans reprendre les topos du genre, qui sont, et c’est triste à dire : les femmes (en 1), les homos (en 2), suivis des juifs, des arabes et des prêtres pédophiles. Ton amie chômeuse trouvait ça rafraichissant de rire de l’inceste, de la province et de George Brassens. Les femmes et les homos… j’ai trouvé que ça ne collait pas avec le personnage de Proust et qu’il aurait pu aisément s’en passer.

- Hélas, il a aussi cédé à la tentation de la prise à partie du public et s’est adressé à quelques femmes qui sous l’effet du stress se mettent immanquablement à glousser deux fois plus fort. C’est agaçant à la longue, ils le font tous.

Les cinq dernières minutes du spectacle (le gromelot d’église aussi absurde que maîtrisé, la chanson du Parisien et le fuck à Brassens) laissent penser à ton amie chômeuse que Gaspard Proust possède toutes les ressources pour ne plus tomber dans ces travers-là. Le ciel m’entende.

Infos utiles :
Le site de Gaspard Proust
Du mardi au samedi à 20H45, le dimanche à 16H30
Studio des Champs-Elysées
15 av, Montaigne
75008 Paris
01 53 23 99 19

Ton amie chômeuse a assisté à une lecture de textes de théâtre

Lundi 8 juin 2009

tgp
(Requête d’Alo, contente de ne pas y aller toute seule, pour une fois)

Ami lecteur, ne te laisse pas rebuter par l’ennui qui s’empare de toi à l’annonce de cette nouvelle expérience. Tu te dis qu’aller écouter des auteurs pédants et auto-satisfaits lire leurs propres textes, c’est vraiment la dernière façon dont tu envisages de passer ton temps libre. Tu te dis que c’est réservé aux quelques polards qui font une thèse sur le type en question, et à quelques apprentis comédiens qui essaient de trouver du boulot par n’importe quel moyen. Tu as raison, l’assistance est en effet composée exclusivement de professionnels du théâtre et d’étudiants passionnés. Et pourtant…

Pour ma première lecture de textes de théâtre, j’ai fait confiance à mon amie spécialiste du théâtre anglais et à l’amour inconditionnel qu’elle porte à Martin Crimp. Je ne connaissais cet auteur que pour avoir vu une pièce désolante par sa mise en scène, mais dont le texte m’avait paru drôle, intelligent, bref, suffisant pour ne pas laisser tomber tout de suite. La lecture des textes de Crimp avait lieu au théâtre Gérard Philippe, à Saint-Denis. Déjà, aller au théâtre à Saint-Denis, c’est quand même moins ordinaire que d’aller au ciné à Opéra. D’autant que le TGP (c’est comme ça qu’on dit à Saint-Denis) est un grand et beau théâtre qui exhibe fièrement son nom en lettres de néons. Je me suis demandée si ça n’énervait pas la population de Saint-Denis de voir les bobos parisiens traverser leur ville sans un regard pour eux et s’engouffrer directement dans ce lieu d’intellectualité affichée.

Quand on arrive en avance, on peut aller prendre un verre dans le bar/restaurant à l’étage. La salle est immense, on s’enfonce dans des fauteuils club très confortables en regardant discrètement Sabine Azema et Alain Resnais qui prennent un verre juste à côté, et on se dit que c’est la classe. Même si on ne consomme pas (ce qui était le cas de ton amie chômeuse qui a souvent des problèmes de trésorerie), on a le droit de squatter sans avoir à entendre des remarques désobligeantes.

Vient l’heure de la lecture, nous sommes une trentaine à prendre place dans le théâtre, on nous conseille de nous mettre au plus près de la scène pour pouvoir discuter avec l’auteur quand viendra le moment des questions – réponses. Martin Crimp et son metteur en scène sont sur scène, assis derrière une table ; ils trempent les lèvres dans leurs verres d’eau, relisent leurs notes pendant que nous nous installons en silence. Cette disposition est curieuse, c’est comme si le public allait passer une audition. Et de fait, c’est un peu ça : lors d’une lecture, le public est aussi important que les personnes sur scène, car l’intérêt de la séance repose en partie sur la pertinence des interventions de l’assistance.

Martin Crimp lit ses textes avec une diction impeccable et dans un anglais tellement limpide que la traduction lue par le metteur en scène en devient superflue. L’un des textes est un extrait de « Four imaginary characters ». Crimp raconte comment il a fait la rencontre de l’ “auteur” qu’il est devenu. Tel un bernard-lhermitte, l’auteur cherche des gens qui sont vides à l’intérieur pour s’y installer et aménager l’espace à son goût. L’auteur est tyrannique, il refuse que son enveloppe regarde la télé pendant qu’il s’attèle à son « précieux travail d’écriture » ; il est grossier, cruel et vicieux, Crimp s’en méfie comme de la peste. J’ai beaucoup aimé cette idée de l’artiste « habité » par quelqu’un d’autre, et la façon dont Crimp décrit la schizophrénie de l’homme qui crée.

Ensuite, c’est à nous d’intervenir. Le micro se promène dans la salle, et chacun y va de sa petite performance, en français, et même en anglais pour les plus téméraires. Après une dizaine de minutes, l’ambiance se détend, les spectateurs /questionneurs font connaissance au gré des interventions, l’auteur est de plus en plus à l’aise. Et soudain c’est comme si nous étions dans un salon, entrain de discuter tous ensemble de Martin, notre ami habité par un bernard-lhermitte super fort. Il ne manquait plus que les Tuc et le verre de vin.

Je ne sais plus qui a dit que lire des livres, c’était comme avoir une conversation avec les esprits les plus brillants qui aient existé. Je trouve ça juste, même si c’est quand même un peu compliqué quand on est tout seul chez soi et que l’auteur en question est mort (”Non mais attends Platon, tu déconnes à plein tube, tu crois pas plutôt que…”). Mais c’est encore plus vrai quand c’est l’auteur lui-même qui vous fait la lecture. Je suis rentrée chez moi comme après une excellente soirée, quand on a ri et rencontré des gens sympas et intéressants. Et en plus c’était gratuit. La prochaine fois on fait ça chez moi les gars, vraiment, ça me ferait plaisir.

Lien très utile :
Le Théâtre Gérard Philippe, qui organise souvent des lectures. Pensez à réserver, je me serais retrouvée le bec dans l’eau si je n’avais pas été avec mon amie spécialiste du théâtre anglais qui connaît tout le monde, et je sais bien que ça court pas les rues, les amies spécialistes du théâtre anglais.