Ton amie chômeuse a testé la méditation

5 octobre 2011

meditation-6


Requête de M.

En guise de préambule, permets-moi, ami lecteur, de te raconter une anecdote perso. Un jour, ton amie plus vraiment chômeuse était en week-end à la campagne : alors que je donnais une leçon de Badmington à un ami, me vint l’idée que la raclée serait d’autant plus spectaculaire si je changeais de chaussures. Courant dans la maison, je gravis les escaliers à toute allure et ouvris la porte de notre chambre… pour tomber sur une vision qui me laissa interdite. M. le béni était assis en tailleur sur le lit, les yeux clos. Comme Siddhârta. « Oh pardon », dis-je en refermant la porte à la hâte. Allons bon, me dis-je. Je n’aurais jamais dû le laisser jouer avec les livres de mon père (S’aimer soi-même et aimer les autres, Sur le chemin de la paix, et tutti quanti).

Une conversation plus tard, M. le béni réussissait à convaincre ton amie plus vraiment chômeuse de tenter l’expérience avec lui. Quitte à avoir un Bouddha de compagnie à la maison, autant en profiter ; j’ai accepté. La première séance eut lieu sur le champ, et les autres se déroulèrent tout au long des vacances d’été qui viennent de s’achever (je suis partie en septembre) (c’est moins cher) (et il fait encore beau) (c’est mieux quoi).

Ami lecteur, méditer n’est pas synonyme de réfléchir, ni même de piquer un somme, ce que j’ai longtemps cru (la faute à mon beau-père qui annonçait qu’il allait méditer chaque fois qu’il partait faire sa sieste). Méditer, c’est être éveillé, mais sans rien faire. Et idéalement, sans penser non plus. Être là, simplement. Comme une plante. Et ce qui est dingue ami lecteur, c’est que quand on n’est pas entrainé, et ben on ne sait pas le faire.

Moins d’une minute après le début de l’immobilité (en lotus, le dos droit, les mains posées sur les genoux), on a envie de bouger. On pense à P. qui est entrain de progresser en Badmington dans le jardin, on pense au lave-vaisselle qu’il faut vider, on pense à toutes les choses merveilleuses à côté desquelles on est entrain de passer en étant assis là comme un con. Simultanément, débarque la douleur physique. Les fourmis dans les jambes, le mal de dos… Il n’en a pas fallu plus à ton amie plus vraiment chômeuse pour déclarer que « c’est pourri ton truc ». M. a regardé sa montre : 2 minutes 20.

La deuxième fois, il m’a suggéré d’observer mon envie frénétique de bouger, ainsi que les pensées qui m’amenaient à la conclusion que je ne pouvais pas rester là. Parce que la méditation, c’est arriver à ne pas se laisser distraire (ce qui explique que c’est une pratique plus facile à entreprendre dans une grotte qu’en boîte de nuit, par exemple).

J’ai donc essayé d’être attentive à ce qui se passait dans ma tête. Et là, il faut admettre que c’est plutôt marrant. On devient le spectateur de ses pensées, et dans mon cas, l’auditeur impuissant des chansons qui me passent par la tête. Ton amie plus vraiment chômeuse s’est aperçue qu’elle était un véritable juke box, connecté 24H/24 sur radio Nostalgie. Des textes romantiques surgissent dans ma tête, sans raison aucune. Des musiques que je pensais avoir oubliées refont surface, du Natalie Imbruglia, du TLC, mais surtout beaucoup de Maxime Leforestier, Charles Trenet, et Jo Dassin, autant d’artistes auxquels je ne pense strictement jamais mais qui constituent, apparemment, la bande originale de mon cerveau. Consternée, je note mentalement tous ces airs qui viennent me polluer aux moments les plus inattendus. Il y en a beaucoup (j’en ferai la liste un jour).

Pendant les méditations suivantes, je suis devenue un peu meilleure au jeu de l’observation de la naissance des idées. Une fois que j’avais remarqué que la radio était allumée non-stop dans ma tête, j’ai réussi à couper le son, pour me concentrer sur les pensées, sans nécessairement chercher à les suivre. Là aussi, c’est assez rigolo. Je remarque un détail, qui me rappelle un extrait de film (comme dans la série Dream On que je regardais sur Canal Jimmy quand j’étais ado), qui s’enchaîne sur un souvenir, qui se transforme rapidement en angoisse. Et ainsi de suite, jusqu’à épuisement des ressources, et surtout jusqu’à aboutir à une conclusion absurde (« Ce sont les flageolets qui conduisent le monde à sa perte ») dont on ne sait même plus comment elle est arrivée là.

Même constat qu’avec la radio : une fois que j’ai identifié le processus, il s’est ralenti de lui-même, et sont apparues des plages plus ou moins longues de vide, de “calme mental”. Surprise, le vide n’est pas angoissant, il est même plutôt reposant. Haaaaaaaaaaaan, je commence à comprendre le délire. A ce stade, j’étais euphorique : ayé les gars, je suis un putain de yogi, j’arrive à arrêter le flux de mes pensées, dans 2 jours je marche sur des braises et je multiplie les pains.

C’était il y a déjà plusieurs semaines, et hélas,  je n’ai pas encore d’auréole au-dessus de la tête. D’autres états, moins fun, sont apparus pendant la méditation. Des angoisses hallucinantes suivies de crises de larmes comme ma psy elle-même n’a pas réussi à en déclencher. Des sensations cauchemardesques venues straight from childhood sont réapparues intactes, me faisant revivre des moments douloureux (comme en 1985 quand Mitchoum le lapin est tombé du lit, que personne n’a répondu à mes appels désespérés,  et que moi je ne pouvais pas l’atteindre à travers les barreaux… je m’arrête là c’est trop pénible).

Alors là, j’ai commencé à ne plus trouver ça drôle du tout la méditation, et j’ai voulu arrêter. Mais il paraît que c’est une connerie. Qu’il faut persévérer. Une sombre histoire de découverte de la vraie nature de toute chose… Alors je continue, bon an mal an, le week-end, ou le soir quand je ne rentre pas trop tard. Et je raconterai la suite quand j’aurai de nouvelles découvertes à faire partager, ce billet est déjà beaucoup, beaucoup trop long.

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse a testé le restau gastronomique en Bourgogne

11 juillet 2011

restaurant_gastronomique_normandie

Ami lecteur, je te vois d’ici froncer le sourcil en te demandant quel genre de job ton amie chômeuse a trouvé qui lui permette d’aller se faire péter le bide dans des restaurants étoilés. Penses-tu ! Ton amie plus vraiment chômeuse applique une recette vieille comme le monde : coucher avec plus riche que soi. Maintenant que tu es rassuré sur le caractère intact de ma moralité, je m’en vais te raconter mon expérience gastronomique en Bourgogne.

Le restau gastronomique se reconnaît au fait qu’en son sein, tout se la pète. La musique se la pète lounge, les œuvres d’art affichées au mur se la pètent avant-gardistes, les clients se la pètent, le serveur se la pète, et last but not least : la bouffe se la pète.

Mise en bouche : mini-cône de glace à la moutarde. Ton amie plus vraiment chômeuse a renversé sa mini-boule, qui a roulé sur la table et qu’elle a rattrapé d’un geste inspiré au moment où elle allait chuter pour de bon. Pas 5 minutes qu’on était assis, que j’avais déjà réussi à redécorer la nappe d’une grande traînée jaune.

Plus tard, le serveur qui se la pète vient me « présenter » (car oui, c’est le mot qu’il emploie) mon entrée, à qui, blagueuse, je dis « Yo, l’entrée, bien ou bien ? », ce qui ne fait pas rire le serveur. Il termine sa présentation en disant « ... accompagné de son émulsion d’ail d’ours. Et si vous me demandez ce qu’est l’ail d’ours… », donc je l’interromps, bonne élève, et m’écrie « mais qu’est-ce donc que l’ail d’ours ? », ce qui ne l’amuse pas non plus. Il poursuit en racontant que c’est de l’ail qui pousse aux pieds des arbres, explication que je juge merdique, mais je ne le dis pas, puisqu’il faut être poli. Ami lecteur, sache qu’après l’entrée, j’ai abandonné toute tentative de complicité avec le serveur qui se la pète.

Celui qui rigolait encore moins que le serveur, c’était M. le béni, qui avait fait preuve d’audace en commandant l’entrée la plus bizarre de la carte : le tartare de bœuf à l’émulsion d’huîtres (dans le restau qui se la pète, on mange beaucoup d’« émulsions », il faut le savoir. Même la purée, c’était de l’ « émulsion » de pommes de terre). Il voulait faire bonne figure M. le béni, il a dit que c’était « intéressant », avant d’admettre qu’il venait d’avoir un flash de lui entrain de vomir. Prudente, je lui ai conseillé de ne pas terminer son assiette. Déjà que j’avais fait de la nappe un vieux PQ, si en plus il se mettait à gerber, on n’allait pas s’en sortir.

Ensuite, j’ai mangé du cabillaud et un peu de cannette, M. a mangé de l’agneau ; c’était bon, mais faut pas déconner, ça vaut pas un bon œuf coque. Ce qui est marrant en revanche, c’est ce qui se passe autour. Le serveur qui se la pète laisse dangereusement pencher une assiette pendant qu’il en dépose une autre devant un client. S’il avait été sensible à mon humour, je l’aurais prévenu que la glace allait se casser la gueule, mais là j’ai préféré regarder en ricanant. La boule a glissé, elle est allée s’écraser sur le sol dans un « ploc » très classe, digne de son rang, sans que le serveur qui se la pète ne s’en aperçoive. Il sert la seconde assiette (dénuée de boule de glace, donc) et s’en va avec son air de loup snob de Tex Avery, quand soudain, il aperçoit la boule par terre, lève un sourcil, se retourne pour regarder l’assiette de sa cliente, incrédule… Avant que ses neurones n’aient le temps de connecter, un de ses collègues s’était armé de Sopalin pour faire disparaître l’affront.

Plus loin, une dame qui dînait seule s’est livrée à des pratiques sexuelles avec son affreux petit chien. Elle l’a pris sur les genoux et s’est mise à geindre (« oui, oui, oui ») pendant qu’il lui léchait la gueule goulument. J’étais littéralement offusquée, j’avais l’impression d’être devant un film de boules zoophile, M. me disait d’arrêter de regarder bon sang, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. A une autre table, une dizaine de mâles en repas d’affaire, dont l’un s’est adressé au serveur comme s’il était une sorte de sous-homme dont la seule fonction était de lui servir le fromage. A une autre, deux femmes liftées à souhait, américaines si j’en juge par la coiffure, essayaient de faire bonne figure pendant que leurs maris s’entretenaient de sujets de la plus haute importance (hors de portée auditive, mais ils opinaient du chef avec beaucoup de gravité). Tristoune, finalement. J’imagine que montrer un peu d’enthousiasme aurait été terriblement déplacé.

Si c’est pour finir comme ça, à sentir la bave de chien séchée et à tirer la gueule alors qu’on mange des trucs de gueu-din, autant ne pas être riche.

Le site du restau en question

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse a trouvé le plus mauvais burger de Paris

6 avril 2011

burger

L’ascèse s’éloigne, hélas, l’ascèse s’éloigne….

Alors là c’est non. Je sais bien que ma récente confession intime décrédibilise potentiellement tous mes coups de gueule, mais là, ami lecteur, nous sommes très nombreux (quatre) à avoir le même avis. De quoi s’agit-il ? De la grande passion de ton amie plus vraiment chômeuse : manger, et de la résistance qu’il faut absolument opposer à tous ceux qui nous donneraient de la merde par entonnoir, pour peu que ça leur rapporte un peu de pognon.

Depuis que ton amie ne chôme plus, le déjeuner est devenu le moment phare de sa journée, le pic de son excitation quotidienne, bref, l’événement qui doit absolument être réussi. Je m’y prépare dès 11H du matin en interrompant ma consommation de biscuits, mandarines et croissants, songeant le sourire aux lèvres que dans deux heures, j’irai déjeuner (et qu’il est temps de laisser à mes sucs gastriques le loisir de faire un peu de place là-dedans). Je choisis mes camarades de déjeuner avec soin, selon un seul critère : avec qui qu’on se marre le plus ici ?

Le choix de l’endroit qui accueille cette cérémonie quotidienne est difficile, parce qu’à Paris, ami lecteur, on bouffe de plus en plus mal. Ce jour-là, mon oeil a été attiré par une nouvelle enseigne qui proposait des burgers, du cheesecake, des pancakes, et des œufs Bénédicte. Ton amie plus vraiment chômeuse a immédiatement entrepris de se rouler par terre (« Oh steuplé steuplé steuplé steuplé on va là steuplé c’est tellement bien on va là steuplé… ») pour convaincre le leader d’opinion de l’opération déjeuner. Mission accomplie, le collège des sages a décidé d’accorder une chance au nouveau venu.

C’est ici que je reprends l’incipit de ce billet, et que je répète : non. Non monsieur le restaurateur, tu ne peux pas mettre toutes tes économies dans une déco « années 50 » tape-à-l’œil (et un peu cheap : on est mal assis) et penser que ça fera bien l’affaire auprès de ces connards de bobos parisiens.

Et surtout, surtout : non tu ne peux qualifier de « burger classique » un mauvais steak entre deux buns Harry’s. Pas de tomate, pas de salade, pas de fromage, aucune trace de sauce. Un steak entre deux buns. Accompagnement : neuf frites (j’ai compté), une feuille de salade, une demi-rondelle de tomate, et roule ma poule. Prix : 10,5€. Avec une tranche de cheddar, c’est 10,90€.

Alors oui, la connasse bobo parisienne s’est faite avoir une fois. Une fois, pas deux, tu peux me croire ami lecteur, et toi aussi le vilain restaurateur.

Sans déconner, j’appelle à la résistance. Au nom de tous ceux qui se font encore un tout petit peu chier pour proposer des plats dignes d’être ingérés, et ce, malgré le prix du bail à Paris, malgré la concurrence, les chinois et les économies d’échelle.

Le fil rouge café
3 rue René Boulanger
75010 Pari
s

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse serait une râleuse

2 avril 2011

le-schtroumpf-grognon1235140671

Il paraît que ton amie chômeuse est une râleuse. Je sais ami lecteur, tu es comme moi, ça t’étonne.

Quand l’attaque m’a été adressée la semaine dernière, je n’ai même pas pris la peine de la relever. Sauf qu’après quatre ou cinq occurrences (et ce, au cours d’une période où j’étais d’une humeur banale), je me suis tournée vers quelqu’un en qui j’ai confiance : « Sans déconner, tu trouves que je râle beaucoup ? ». La personne de confiance, telle Bernardo, a opiné du chef d’un air navré.

Ton amie plus vraiment chômeuse a protesté vigoureusement, arguant que « vous êtes tous une bande de tafioles », avant de comprendre que cet argumentaire (si fin qu’il fût), ne servait pas mon propos. J’étais néanmoins convaincue de deux choses :
1- je ne râle pas
2- si d’aventure je râle (parfois) c’est bien sûr à mettre sur le compte de l’inadéquation totale entre l’être humain et le principe du travail. Je travaille, donc je râle. Rien d’autre que la plus élémentaire logique là-dedans.

Ton amie plus vraiment chômeuse aurait pu s’arrêter à ces conclusions lumineuses. Mais j’ai voulu montrer que je suis capable de grands mouvements d’introspection (si). Ainsi, sur les traces de Jean-Jacques (Rousseau) (je pense souvent à lui en ce moment) je me suis demandée avec le plus de sincérité possible si j’étais, oui ou non, une râleuse.

Après quatre minutes de réflexion, j’ai dû admettre que mon surnom au lycée (”Jean-Pierre Bacri“) devait tenir de ma tendance à pester plutôt qu’à une quelconque ressemblance physique. Honnêtement, je n’avais jamais pris ce quolibet au sérieux, et je n’en avais rien conclu d’alarmant sur ma personnalité.

Plus tard dans ma quête intérieure, je me suis souvenue de mon ami C., rencontré pendant mes études supérieures. C. était un type taciturne, avec beaucoup de poils, qui ressemblait vaguement à Jeremy Irons et avec qui j’aimais bien passer du temps. Il m’a un jour offert un disque de Nina Simone, sans raison, me disant simplement : « Écoute ça, ça te fera du bien ». Une injonction qui m’avait parue bien mystérieuse à l’époque, et que je n’ai jamais élucidée à ce jour. J’ai fouillé encore quelques minutes dans mes souvenirs avant de me rappeler que C., qui aimait bien dire des mots en anglais, me surnommait « Bad Vibes ». A ce stade, disons que l’introspection commençait à sentir un peu le roussi.

Après dix minutes et autant d’exemples dans ce goût-là, j’ai réalisé que toute ma vie, j’ai donné de moi l’image de quelqu’un qui ronchonne, qui traîne les pieds, qui râle.

Ami lecteur, tu ne peux pas savoir le choc que ça a été, et que c’est encore. Car je me considère, vois-tu, comme quelqu’un de gai, qui n’affectionne rien davantage que rire (en n°1) et manger (en n°2), qui chérit les gens par-dessus tout, et même, disons-le, qui aime la vie.

J’ai beau la traiter de pute et de carotte (la vie), je sais bien qu’elle relève du miracle, mon père (qui passe son temps à regarder les moutons et à méditer) me l’a expliqué en long en large et en travers. Si je râle, c’est juste que je trouve que le brin d’herbe a quand même vachement plus de chance de kiffer que l’être humain, parce que le brin d’herbe, et ben, il n’a pas conscience de lui-même, et il faut quand même reconnaître que c’est la méchante tuile, le fait d’avoir conscience de nous-mêmes, non ? NON ?!

Je regrette que mon goût pour l’humour noir ait masqué ma gaieté intérieure, éclipsé le fait que je chante tout le temps et que je ris toute seule à peu près 40 fois par jour. J’espère que la vie ne m’en veut pas trop de m’être foutue de sa gueule aussi souvent. C’était pour déconner, vraiment.

Alors d’accord, c’est vrai, je reconnais que je râle tout le temps. J’adorerais terminer ce billet par le serment solennel que c’en est fini, que plus jamais mes remarques ne pourront être qualifiées de « bad vibes ». Mais honnêtement, je ne sais pas si je suis capable de faire autrement. Râler, c’est ma manière à moi de ne pas prendre les choses de face. Alors, bon, tant pis, je ravale la détestation que m’inspire ce mot, et j’assume. Je suis une râleuse. (Mais ça me fait bien chier).

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse réclame moins de pression

19 mars 2011

lapins

Cette semaine, ton amie plus vraiment chômeuse a cru apprendre une bonne nouvelle en lisant Le Parisien : faire l’amour trois fois par semaine prévient certaines maladies, comme le cancer, tiens, cette vieille charogne qui a décimé les femmes de la famille MAC.

Enfin une proposition réjouissante, me dis-je, moi qui croyais que la seule issue était de boire 9 litres de thé vert par jour (ce Servan-Schreiber a plusieurs vessies pour livrer pareils conseils). Quand soudain : le doute (encore lui).

Admettons que cette recommandation fonctionne pour les personnes vivant en couple (ET ENCORE - rien de plus pénible que quelqu’un qui compte le nombre d’ébats pour vérifier que tout va bien, que sa vie sexuelle est bien dans la norme- je le sais parce que j’étais comme ça avant, la faute à Biba), admettons.

Quid des célibataires ?! Les pauvres vivent déjà avec cette terrible injonction de consommer cinq fruits et légumes par jour, alors que les célibataires, par essence, ne consomment ni fruits ni légumes, mais plutôt pizzas de la veille et pâtes à réchauffer dans des boîtes en carton. Bien souvent, ils n’osent pas dire que c’est une grosse murge à la Guinness qui a remplacé le moment gastronomique et convivial plébiscité par les couples et les familles.

Non contents de devoir remplacer les Granolas par des barquettes aux fraises pour satisfaire aux recommandations du ministère de la santé, les célibataires devraient en outre dégoter trois culs par semaine pour échapper à la maladie mortelle !

Terrible pression, qui risque de transformer nos rues en véritables lieux de débauche sanitaire. On copulera sous les porches en bouffant des brocolis, tout ça pour ne pas laisser les seuls couples jouir d’une santé arrogante.

Et ben du coup, vu comme ça, je trouve ça aussi injuste qu’angoissant. J’invite les médecins qui se sont rendus coupables de cette sortie à préciser que vingt minutes de marche à un rythme un peu soutenu produisent les mêmes bénéfices pour le cœur. Et beaucoup moins de dommages collatéraux.

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse n’est plus végétarienne

3 mars 2011

baleine1

Décidément, ton amie plus vraiment chômeuse envoie au bûcher toutes les valeurs qui étaient les siennes. Elle a commencé par corrompre son idéal de vie oisive en acceptant un salaire en l’échange de ses activités. Piteuse démonstration de sa faiblesse de caractère et de son incapacité à se nourrir de lumière (quand les plantes, elles, s’en sortent très bien). Mais ce n’est rien comparé à ma trahison du monde animal.

Il n’y a pas si longtemps que ça, et même si je n’ai jamais vraiment su l’expliquer autrement que par des phrases énigmatiques (« c’est bad karma d’ingérer autant de souffrance ») ou elliptiques (« ta gueule »), je m’étais fait une règle de ne plus manger mes amies les bêtes. Ça n’a jamais été évident, car les Français sont résolument opposés à ce principe. Mais j’ai tenu le coup pendant presque deux ans.

Qu’est-ce qui peut faire céder une végétarienne après deux ans d’abstention, me demanderas-tu, ami lecteur. Et bien tout connement un savant mélange de pression sociale et de gourmandise.

Pression sociale : invitée à passer des vacances chez un couple de personnes à qui il était préférable de faire bonne impression, ton amie chômeuse n’a pas osé préciser que si, si, la farce des tomates, ça comptait aussi. Plutôt que de prendre le risque d’être foutue dehors (il pleuvait), j’ai mangé la farce. Résultat : c’est comme la clope. Ne jamais se risquer à tirer une taffe, sinon, c’est foutu.

Gourmandise : je crois qu’après 28 ans sur cette Terre, je peux solennellement affirmer que manger est l’activité que je situe en 1ère position de l’échelle de mes préférences. Devant le sexe (car moins aléatoire dans le rythme)(et quand même moins engageant), devant le sommeil (car plus convivial), devant la lecture de Du côté de chez Swann (ouais je me la pète vite fait en passant paf pastèque). Seconde constatation, je n’ai rien découvert qui me plaise davantage que la cuisine française. Cette dernière étant irrévocablement fondée sur la consommation de viande, j’ai compris (après deux ans quand même) que j’étais niquée.

Je concentre désormais tous mes efforts à éviter le livre de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, sachant pertinemment qu’il me conduirait à me jeter à genoux en me fouettant le dos à grands coups de bambou devant la première vache venue. Je sais que dans sa grande solitude, la baleine à 52 Hz (lire sa bouleversante histoire ici) saura me comprendre, moi qui avais perdu le goût des sorties au restaurant entre amis et qui me condamnais régulièrement au Special K/lait de soja avalé en me démaquillant.

Je me limite au maximum pour pouvoir plaider la modération quand viendra l’heure de me justifier auprès de l’ours qui sera chargé de mon jugement (depuis le film Legend of the Falls, je suis convaincue que j’aurais à faire face à un ours un jour dans ma vie. Ça ne s’explique pas). Et je continue d’ignorer souverainement les plats industriels contenant de la bête. Mais honnêtement, l’œuf cocotte au foie gras, le magret de canard aux myrtilles, le tajine aux pruneaux, la tranche de jambon cru sur la tartine beurrée, sont autant de raisons pour ton amie plus vraiment chômeuse d’accepter de s’extraire de son lit chaque matin pour endurer une nouvelle journée de cette chienne de vie.

(NB : Ton amie chômeuse s’aperçoit que sa dernière phrase peut être interprétée comme l’annonce d’un suicide à venir, elle rappelle à toutes fins utiles qu’elle a une légère tendance à l’emphase pessimiste, inutile de s’alarmer donc.)

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse est retournée au ski

26 février 2011

telesiege

Tout a commencé par une série de remarques parfaitement incompréhensibles : quand j’ai annoncé autour de moi que je partais quelques jours à la montagne, personne n’a voulu croire que je savais faire du ski. Il paraît qu’on a du mal à m’imaginer en action ; les gens qui ont essayé ont même laissé échapper quelques gloussements. Ton amie pas vraiment chômeuse a très mal réagi à ces manifestations dubitatives (« je vous emmerde »).

Certes, je n’avais pas fait de ski depuis plus de 10 ans. Dois-je rappeler que le chômage s’accompagne généralement de quelques difficultés à réunir les fonds nécessaires à d’aussi onéreuses vacances ? Bon.

Mais à l’époque, ton amie pas encore chômeuse était rompue à l’exercice du séjour en montagne ! Je ne me laissais jamais prendre à l’envie de pipi en combinaison, je savais faire en sorte d’être la préférée du mono (une idylle par an, qui s’achevait systématiquement au moment où ledit moniteur retirait ses lunettes de soleil) (je n’ai jamais rencontré un prof de ski dont le sex-appeal résiste à cette funeste action), et bon sang, je savais skier !

Ton amie pas vraiment chômeuse, vexée, a donc abandonné son projet initial (qui consistait à squatter les terrasses en lisant des journaux) pour louer une paire de skis en bon uniforme dès son arrivée à la station. Je constate au passage qu’on a beau se gargariser des progrès fulgurants en matière d’équipement sportif, l’enfilage de la chaussure de ski est encore une torture qui aurait raison des plus motivés. Mais pas de moi, non madame, non monsieur.

Sans râler, ou presque, j’ai porté mes skis (vive le progrès, ça pèse toujours le poids d’un âne mort) jusqu’aux “œufs”, où j’ai fait la queue gentiment, feignant de ne pas voir la petite chose de trois ans à peine qui chutait à chaque marche (et ouais mec, moi aussi ça m’emmerde de porter mes skis, compte pas sur moi).

Alors, c’est vrai, je l’admets, je ne suis pas exactement du genre à dire « Wouhou ! y a du verglas et on n’y voit pas à 5 mètres ! On se fait la noire ?! ». S’il fait moche, je vais boire du vin chaud et bouffer de la tartiflette comme toute personne gratifiée d’un demi cerveau. Et s’il fait beau, je choisis le télésiège qui me mènera à la première chaise longue via la jolie piste qui passe à travers la forêt de sapins. C’est vrai. Mais je skie, et même, j’adore ça.

Crois-le ou non ami lecteur, j’ai passé d’excellentes vacances en famille (tu croyais que c’était un oxymore, je sais, moi aussi). J’ai ri quand la petite sœur a raté l’embranchement auquel nous l’attendions, occupée qu’elle était à hurler « je peeeeeeux pas m’arrêteeeeeeeeeeer ! », en schuss/chasse neige, bras et jambes écartées. J’ai adoré me faire coller une branlée le soir à la belotte, et disserter sur les dangers du télésiège (la preuve que j’avais raison cette semaine dans le Parisien. Je dis ça je dis rien).

Une certitude : je vais réitérer l’expérience et m’échiner à transformer la légende (« MAC ? C’est une bête de skieuse ! J’ai même du mal à l’imaginer avec des chaussures normales aux pieds. C’est te dire »).

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse a testé le Darshan

26 octobre 2010

darshan

(Requête de Fanny)

Ami lecteur, si tu es fan de Jan Kounen (personne n’est parfait) (mais ne l’ébruite pas trop quand même), tu connais peut-être son film Darshan, qui raconte la vie d’une indienne qui sort un petit peu de l’ordinaire. Considérée comme une déesse dans son pays, Amma (puisque c’est comme ça qu’on l’appelle), s’est donnée une étrange mission, qui consiste à prendre l’humanité dans ses bras. Pas un tronc d’arbre, comme certains écolos sous champi, pas deux ou trois personnes rencontrées au hasard des rues, non non, l’humanité tout entière, soit 6,7 milliards de personnes. Ça te fait peut-être bien marrer ami lecteur, mais tu rigoleras moins quand tu apprendras ce qui suit : Amma en est déjà à 30 millions.

Que ça ne donne pas des idées aux sans-amis : n’est pas Amma qui veut, et il n’est pas certain que tu reçoives le même accueil qu’elle si tu décides de t’adonner à cette pratique (avec tout le respect). Amma est une éveillée, c’est à dire quelqu’un qui a pris conscience très jeune que rien ne compte en ce bas-monde, sinon l’amour. Elle a son ashram bien sûr, mais elle contribue également à une flopée d’œuvres charitables, et surtout elle aime l’humanité tout entière et sans distinction, ce qui n’est pas ton cas ni le mien (two words : Nikos Aliagas). Quand elle vient en France, le monde de ceux qui mangent des graines germées, qui achètent leur lessive chez Biocoop et se lavent au lait d’ânesse est en effervescence, c’est un peu comme si Michael Jackson revenait pour donner un dernier concert, pour donner un élément de comparaison.

Ton amie chômeuse a beau prendre une saloperie de petit ton ironique, ça faisait des mois que j’attendais qu’elle revienne, verte que j’étais de l’avoir manquée l’année dernière. Faire la queue pour qu’une dame qui sent le curry et irradie de l’amour me fasse un câlin, je suis complètement pour, et je n’ai pas eu besoin que mon amie yogini (qui mange des graines germées) me traîne par les cheveux.

C’est ainsi que nous sommes arrivées, elle et moi, à 7H30 du matin, heureuses et motivées, dans la zone industrielle de Cergy qui devait accueillir Amma. Ton amie chômeuse a été assez surprise de constater que les gens dans la queue avaient des looks parfaitement banals, on aurait pu se croire à l’ouverture des soldes, pas de dreadlocks ni de pantalon en coton bio orange ; étonnant. Des gens de tous âges, souriants et bien lunés malgré l’heure matinale. J’ai été rassurée de voir arriver un petit groupe de fervents bouddhistes qui a commencé à faire des mouvements de bras (prières ou étirements, on ne sait pas) et dont j’ai appris qu’ils étaient « en silence », c’est à dire qu’ils avaient fait le vœu de ne pas parler pendant 3 ans 3 mois et 3 jours. Voilà qui a permis à ton amie chômeuse de ricaner un peu, ça aurait été dommage quand même.

Une fois à l’intérieur du bâtiment, des gens en pantalon de coton bio (je savais bien qu’il y en aurait) se sont précipités sur nous pour nous expliquer la marche à suivre : déposer ses chaussures et son manteau (ton amie chômeuse avait des chaussettes dépareillées, mais je sais bien qu’Amma ne juge pas pour si peu), prendre un ticket pour pouvoir participer au darshan (l’étreinte), et aller s’installer au plus vite sur l’une des centaines de chaises disposées devant la scène. Un peu plus tard, nous sommes des centaines réunis dans la salle, chantant à l’unisson « om shanti », et animés par la même envie : faire un câlin à Amma. Ca pourrait être pathétique, ça l’est sans doute un peu (triste espèce qui fait la queue pour être serrée dans des bras aimants), mais c’est surtout émouvant. Les pantalons de coton bio poussent les chaises roulantes des très vieux ou des très handicapés devant Amma, les ados retirent leurs écouteurs, les perchés ferment les yeux : c’est un moment de ferveur collective intense, et ça a quand même plus de gueule qu’un stade de foot.

Seulement il y a un problème : au lieu de nous laisser aller à aimer nos frères humains au moins deux heures dans l’année, un écran géant posté au dessus d’Amma diffuse des images (un peu propagandistes) de toutes ses bonnes œuvres. Mon amie yogini me fait remarquer la similarité entre le discours mal traduit d’Amma et celui de Miss France, et c’est vrai que je m’agace de cette litanie catastrophiste sur l’état du monde, de la pollution au manque de spiritualité en passant par les pesticides. J’aimerais me concentrer sur le fait que je suis face à la personne la plus désintéressée que j’aurai sans doute jamais l’occasion de voir, mais je n’arrive pas à détacher mes yeux de cette succession d’images mal filmées…

Quand notre numéro est appelé, nous sommes invitées à progresser tout doucement devant Amma, en procession, jusqu’à nous trouver à quelques centimètres d’elle. Ton amie chômeuse a reçu tellement d’instructions de la part des pantalons bio que j’ai failli paniquer : ne pas toucher Amma, mettre la tête sur son épaule droite, relever ses cheveux, ne pas lui marcher sur les pieds, etc. Si bien que quand la déesse m’a attirée à elle, j’ai pensé : « merde, où dois-je mettre mes mains bon sang ? ». Après une seconde j’ai essayé de me concentrer sur ce qui se passait, mais j’entendais le brouhaha des pantalons bio qui positionnaient déjà les suivants derrière moi, et l’instant d’après, c’était fini, et on m’a demandé de dégager fissa. C’est du câlin à la chaine, et mine de rien, c’est très inhabituel. Je suis restée plantée là, hagarde, les yeux un peu humides sans trop savoir pourquoi.

Je fais désormais partie de la tranche de l’humanité qu’Amma a pris dans ses bras. Qu’est-ce que ça signifie ? Ai-je été contaminée par sa bonté ? A-t-elle contribué à changer mon regard sur le monde ? Sur le chemin du retour, j’étais déjà entrain de m’époumoner contre un automobiliste qui m’a grillé la priorité à droite.

Mais je crois que je suis contente d’avoir participé à ça.
Des vidéos sur le site de Rue89

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse a testé l’Aquacycling

22 septembre 2010

aquacyclingsigne

(Requête de Lilas)

Toujours en quête du sport idéal, et forte de son expérience d’aquagym, ton amie chômeuse a testé l’activité idiote par excellence, celle qui fera de moi une star dans les dîners mondains, j’ai nommé : l’aquacycling.

Pour ceux qui connaissent le « spinning », c’est la même chose, sauf qu’on a balancé les vélos d’appartement dans une piscine. Le principe du spinning, c’est de pédaler comme un dingue au rythme d’une musique assourdissante en compagnie de 20 autres blaireaux qui obéissent comme vous aux commandements vociférés d’un coach en cycliste. Dans la version aquatique, c’est la même chose, mais tout le monde est dans l’eau.

Ton amie chômeuse est arrivée avec les 10 minutes d’avance requises (traumatisée par l’aquagym) afin que le coach en maillot de bain règle le vélo à la bonne taille. « Facile, moyen, difficile ? ». Avant que je ne comprenne qu’il s’agissait du niveau de difficulté auquel je souhaitais m’astreindre, le coach a déclaré « difficile », soulevé le vélo au-dessus de sa tête tel Fei-Long dans Street Fighter avant de le jeter dans la piscine avec un clin d’œil (l’engin est d’ailleurs passé bien près de cette pauvre dame qui était déjà en train de pédaler dans le bassin).

Une fois tout le monde bien installé sur sa monture, le coach aquatique lance la musique (« Dance Machine 1999 »), saute dans la piscine et se met illico à hurler des ordres : « En danseuse ! » « Jambe droite seulement ! » « En arrière ! ». La résistance de l’eau rend l’exercice encore plus épuisant qu’à l’air libre. Le mieux, c’est quand on doit s’accroupir, et qu’on boit la tasse à cause des remous occasionnés par les efforts frénétiques des « cyclistes ».

Le coach aquatique a admis que c’était dur, mais il a aussi juré que personne ne souffrirait de courbatures le lendemain. C’était presque vrai, et rien que pour ça, ton amie chômeuse est reconnaissante. Bon, soyons honnêtes, je n’y retournerai jamais, mais c’était marrant.

Bookmark and Share

Ton amie chômeuse a testé le plateau de fruits de mer en Bretagne

19 août 2010

fruitsdemer

(Requête de Martin)
(Après réflexion, je trouve que ça mérite de figurer dans la catégorie ascèse)

En Bretagne ami lecteur, il se passe un drôle de phénomène : le mois de novembre dure toute l’année. Encore plus étrange, les bretons font comme s’ils n’avaient rien remarqué. C’est ainsi que, de façon très naturelle, ils vous proposent une petite promenade digestive après le dîner, comme si un odieux crachin à vous glacer les os n’était pas en train de tomber du ciel (« Mais c’est rien du tout ça… » « Ah je regrette, on appelle ça de la pluie » « Non ma fille, la pluie ici, ce n’est pas ça. »)

Parfois, le soleil fait une brève apparition : on saute de joie, on enfile un maillot, on déterre sa bouée canard et ses lunettes de soleil et on s’élance à la plage, oubliant presque que la mer est à 16°. Les bretons s’étonnent de ce remue-ménage, eux qui se baignent toute l’année ; heureusement, la pluie reprend ses droits après 24 heures maximum.

L’idée de génie des bretons pour occuper les longs après-midis humides, c’est : le plateau de fruits de mer. Le seul déjeuner qui vous mobilise jusqu’au dîner, l’activité méticuleuse qui vous dispense de toute conversation avec vos voisins, le repas idéal des partisans de l’effort juste (« j’en ai chié pour venir à bout de cette araignée de mer, et c’était bon »).

Pour ton amie chômeuse, c’était la première fois. J’avais bien mangé quelques huîtres un 31 décembre et quelques moules par-ci par-là, mais le full monty, jamais. Mon erreur a été de ne pas annoncer tout de suite que j’étais débutante.

Je me suis rendue compte que j’avais les idées assez confuses sur la différence entre araignée et crabe, bigorneau et bulot, langoustines et drôles de petites bêtes qui leur ressemblent et dont j’ai oublié le nom. Je n’ai rien dit. Il y avait quelques huîtres : faciles à identifier, faciles à manger, j’ai concentré mes exclamations sur elles.

Personne n’a remarqué que j’ai défoncé mon premier bulot avec le casse-noix (mauvais choix d’outil) et que j’ai failli me crever un œil en me débattant avec le crabe. Impeccable. Ami lecteur, attention, car lorsqu’il s’agit de plateaux de fruits de mer, c’est à la fin du repas que réside le danger.

Car après les deux heures quarante cinq que dure le repas, chacun relève la tête et regarde dans la poubelle de table de son voisin pour voir ce qu’il a laissé. Et là, c’est l’humiliation. Et vas-y que j’attrape la pince de la bestiole pour montrer l’étendu du gâchis à toute l’assemblée, et vas-y que je vais fourrager dans les bulots pour prouver qu’ils étaient bien là et que c’est juste que t’es une bille.

OUI ET BEN, C’EST PAS FACILE, que j’ai répondu. Trop tard, le verdict est tombé : ton amie chômeuse n’est pas, et ne sera jamais, bretonne.

M’en fous j’aime pas la pluie.

Bookmark and Share